GH. XXII. »E LA MILICE
Les forces consistent principalement aux hommes .et aux places. Les hommes sont naturels ou étrangers/ La milice françoise est encore de deux sortes; car il y a celle qui est réglée, et qui consiste aux corps ordinairement entretenus, qu'on appelle régiments, et il y a la milice extraordinaire, comme l'arrière-ban. Les régiments, qui sont la vraie milice françoise, sont, ou vieux corps entretenus depuis longtemps par le roi, qui portent le nom des provinces où ils ont été levés la première fois, comme Picardie, Navarre, Champagne, Piémont, Normandie (le plus ancien de tous est Picardie); ou petits-vieux établis depuis les vieux, et toujours entretenus par le roi, comme Rambures, Poitou; ou nouveaux corps, par des seigneurs particuliers à qui le roi a permis de les lever, et qui portent le nom de celui qui les commande.
Chaque régiment doit être composé de vingt, trente compagnies, et chaque compagnie de cinquante, cent hommes, ou environ, savoir : un capitaine, un lieutenant, un sous-lieutenant, un enseigne, un sous-enseigne, [deux] sergents, [un] fourrier, [trois] caporaux, [cinq] anspessades, [seize] mousquetaires, [seize] piquiers. La première compagnie du régiment s'appelle colonelle, et celui qui en est le capitaine, lieutenantcolonel. Les officiers de tout le régiment sont : le mestre de camp, qui, dans les nouveaux corps, est celui qui entretient le régiment et qui lui donne son nom ; il a pour lieutenant le colonel; et le sergent-major, qui a [sous lui des] aides-major, qui ne sont d aucune compagnie particulière.
Il y a peu de régiments complets, surtout en temps
de paix, où, bien souvent, il ne reste que douze ou quinze compagnies entretenues qui en conservent le nom ; encore sont-elles la plupart peu remplies, et composées de plus d'officiers à proportion que de soldats.
Les régiments de cavalerie sont tous semblables à ceux d'infanterie, hormis qu'il y a quelque différence pour les officiers, car ce qu'est renseigne aux uns est le cornette aux autres. Les uns ont des tambours et les autres des trompettes.
Nous ne parlons point ici du régime n t des garde, des chevau-légers, des mousquetaires, ni des autres gardes du roi, quoique ce soit la plus belle milice de France, parce qu'il vaut mieux les compter entre les officieïs de sa maison.
Plusieurs régiments ensemble font un corps d'armée qui a encore d'autres officiers.
Le connétable, quand il y en a, a la souveraine administration de tout ce qui regarde la guerre, et représente le roi en cette partie du droit public, comme le chancelier dans la première. Néanmoins les charges d'amiral, de général des galères et de grand-maître de l'artillerie semblent avoir diminué son pouvoir ; mais il a toujours eu, sans contestation, le commandement absolu dans les armées, et la puissance souveraine de tout ce qui est nécessaire pour faire subsister les troupes et les entretenir dans le devoir.
Les maréchaux de France sont aussi officiers et font serment entre les mains du roi et au Parlement. Ils représentent le connétable, et pour ce qui est de la police et de la justice militaire, et pour le commandement; autrement il ne peut être exercé que parle roi