‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 144 sur 346 · LIVRE m, CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XXI

sont déclieus de leur adoption par leur propre vice et coulpe, veu qu'il y avoil condition apposée de garder de leur costc fidèlement l'alliance de Dieu, laquelle ils ont desloyaument violée : toutesfois c'a esté un bénéfice singulier de Dieu, en ce qu'il les a daigné préférer à tout le reste du monde : comme il est dit au Pseaume, Qu'il n'a pas ainsi fait à toutes nations et ne leur a point manifesté ses statuts '. Or je n'ay pas dit sans cause qu'il nous faut yci noter deux degrez : car desjà en l'élection de tout le peuple d'Israël, il n'est astreint à nulle loy quand il use de sa pure libéralité, tellement que de le vouloir obliger à en user également envers tous: c'est par trop usurper sur luy, veu que l'inéqualité démonstre que sa bonté est vrayement gratuite. Parquoy Malachie voulant aggraver l'ingratitude d'Israël, leur reproche que non-seulement ils ont esté esleus d'entre tout le genre humain, mais estans en la maison sacrée d'Abraham, encores ont-ils esté choisis à part : et ce pendant ont vilenemenl mesprisé Dieu qui leur estoit Père si libéral. Esaû, dit-il, n'estoit-il pas frère de Jacob? Or j'ay aimé Jacob, et ay hay Esati'^ Dieu prend là pour tout résolu, que comme ainsi soit que tous les deux frères fussent engendrés d'Isnac, et par conséquent héritiers de l'alliance céleste, brief, rameaux de la saiiicle racine : en cela les enfans de Jacob luy estoyent desjà obligez tant et plus, estans eslevez en telle dignité, mais puis qu'en rejettant Esaû le premier-nay, il avoit fait leur père Jacob seul héritier, combien qu'il fust inférieur selon l'ordre de nature, il les condamne de double ingratitude, en se plaignant qu'ils n'ont peu estre retenus en sa sujétion par ces deux liens.

7 Combien que nous ayons desjà assez liquidé, que Dieu eslit en son conseil secret ceux que bon luy semble, en rejettant les autres, toutesfois son élection gratuite n'a encores esté exposée qu'à demi, jusques à ce que nous venions aux personnes singulières, ausquelles Dieu non-seulement offie salut, mais au^^si leur en assigne telle certitude, que l'elTeci

1) Ps. XLVll, 20.

Malacli. l,î, S.

n'en peut estre suspens ni en doute- Ceux-ci sont réputez sous la semence unique de laquelle sainct Paul fait mention. Car combien que l'adoption ait esté commise à Abraham comme en dépost, tant pour luy que pour sa lignée, toutesfois pource que plusieurs de ses successeurs ont esté retranche^ comme membres pourris : pour avoir la plene fermeté et efficace de l'élection, il est recjuis de monter au chef, par lequel le Père céleste a conjoinct ses esleus à soy, et les a aussi alliez ensemble d'un nœud indissoluble.

Par ainsi en l'adoption de la lignée d'Abraham, la faveur libérale de Dieu qu'il a desniée à tous autres, est bien apparue : mais la grâce qui est faite aux membres de Jésus-Christ, a bien autre prééminence de dignité : pource qu'estans unis avec leur chef : ils ne sont jamais retranchez de leur salut. Sainct Paul doncques argue prudemment par le lieu de Malachie n'aguères allégué, que Dieu en conviant quelque peuple à- soy, et en luy faisant promesse de la vie éternelle : a encores une façon plus spéciale d'eslire une partie d'iceluy : en sorte que tous ne sont point esleus effecluellemenl d'une grâce éguale. Ce qui est dit, J'ay aimé Jacob, appartient à toute la postérité du sainct Patriarche, laquelle ]>la!a( hie oppose aux enfans et successeurs d'Esaii * : mais cela n'emi)esche point que Dieu en la personne d'un homme ne nous ait proposé un miroir de l'élection, qui ne peut escouler qu'elle ne parviene à son plein elfect. Sainct Paul non sans cause note, que tels qui appartienent au corps de Jésus-Christ, sont nommez reli(iues, veu que l'expérience monstre que de la grande multitude qui s'intitule l'Eglise, plusieurs s'escartent et s'es\anouissent, tellement qu'il n'y en demeure qu'une petite portion. Si on demande pounjuoy l'élection générale du peuple n'est pas tousjours ferme ny effectuelle : la raison est claire, c'est que Dieu ne donne point l'esprit de régénération à tous ceux ausquels il offre sa Parole pour s'allier avec eux. Ainsi combien qu'ils soyent conviez extérieurement, ils n'ont point la vertu de per-

1) Eom. IX, 13.

INSTITUTION CHHESTIENNE.

sévérer jusques à la (in. Ainsi telle vocation exierne sans l'efficace secrette du sainct Esprit , est comme une grâce moyenne entre la réjeclion du genre humain et l'élection des fidèles, qui vrayement sont enfans de Dieu. Tout le peuple d'Israël a esté appelé l'héritage de Dieu : el loutesfois il y en a eu beaucoup d'estranges : mais pource que Dieu n'avoit point promis frustratoirement de leur estre Père et Rédempteur, il a plustost eu esgard en leur donnant ce tiltre, à sa faveur gratuite, qu'à la vilene desloyauté des apostats qui se révoltent, par lesquels aussi sa vérité n'a pas esté abolie : car en se gardant quelque résidu, il est apparu que sa vocation estoil sans repentance : car en ce qu'il a tousjours ramassé son Eglise des enfans d'Abraham, plusiost que des nations profanes, il a eu esgard à son alliance. Et combien qu'il l'ail restreinte à peu de gens, pource que la plus grand'part à cause de son incrédulité n'en esloit point capable, tant y a qu'il a prouveu qu'elle ne défaillist point. Brlef l'adoption commune de la lignée d'Abraham a esté comme une image visible d'un plus grand bien et plus excellent, qui a esté propre et particulier aux vrais esleus. C'est la raison pour laiiuclle sainct Paul discerne tant songneusement les enfans d'Abraham selon la chair, d'avec les spirituels qui ont esté appelez à l'exemi>le d'Is;iac^ Non pas que c'ait esté simplement une chose vaine et inutile d'estre enfans d'Abraham (ce qui ne se peut dire sans faire injure à l'alliance de salut, de laquelle ils estoyent héritiers quant à la promesse) mais pource que le conseil immuable de Dieu, par lequel il prédestine ceux que bon luy senible , a desployé sa vertu pour le salut de ceux

qui sont nommez spirituels. Or je prie et exhorte les lecteurs de ne se point préoccuper d'une opinion ou d'autre, jusques à ce qu'ayans ouy les tesmoignages de l'Escriture que je produiray, ils cognoissent ce qu'ils en devront tenir. Nous disons doncques, comme l'Escriture le monstre évidemment, que Dieu a une fois décrété par son conseil éternel et immuable, lesquels il vouloir prendre à salut, et lesquels il vouloit dévouer à perdition. Nous disons que ce conseil, quant aux esleus, est fonde en sa miséricorde sans aucun regard de dignité humaine.

Au contraire, que l'entrée de vie est forclose à tous ceux qu'il veut livrer en damnation : et que cela se fait par son jugement occulte et incompréhensible, combien qu'il soit juste et équitable.

D'avantage, nous enseignons que la vocation des esleus est comme une monstre et tesmoignage de leur élection. Pareillement, que leur justification en est une autre marque et enseigne, jusques à ce qu'ils vienent en la gloire en laquelle gisi l'accomplissement d'icelle. Or comme le Seigneur marque ceux qu'il a esleus, en les appelant et justiliaiit : aussi au contraire, en privant les réprouvez de la cognoissance de sa Parole, ou de la sanctification de son Espril, il démonstre par tel signe quelle sera leur fin, et quel jugement leur est préparé. Je laisseray yci beaucoup de resverles que plusieurs fols ont forgées pour renverser la prédestination : jem'arresteray seulement à considérer les raisons lesijuelles ont lieu entre gens sçavans , ou peuvent engendrer quelque scrupule entre les simples : ou bien ont quelque apparence pour faire à croire que Dieu n'est point juste, s'il est ainsi que nous tenons.

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