‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 199 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IV

la suporintendance pour sçavoir comme loul alloil. Il y a un Canon entre ceux qu'on intitule des Apostres, qui dit ainsi, Nous ordonnons que l'Evesque ait les biens de l'Eglise en sa puissance : car si les Ames des hommes, qui sont'plus précieuses, leur ont esté commises, par plus forte raison ils peuvent bien avoir le gouvernement de l'argent, afin que le tout se distribue en leur authorité par les Prestres et Diacres, avec crainte et solicitude^ Et au Concile d'Anlioche, il fut décrété qu'on corrigeast les Evesques qui prenoyent le maniement des biens de l'Eglise, sans avoir les Prestres et Diacres comme adjoincts. Mais de cela il n'en faut jà disputer plus outre, veu qu'il appert par plusieurs épistres (te sainct Grégoire, que de son temps mesmes, auquel toulesfois tout l'ordre de l'Eglise estoit fort corrompu, cest usage duroit encores, que les Diacres fussent dispensateurs des biens de l'Eglise sous l'auihorité des Evesques. Il est vray-seniblable que les Sousdiacres leur ont esté adjoincts du commencement , pour les aider à servir aux povres : maisceste différence a esté petit à petit confondue. On commença de créer les Archediacres, quand le bien fut augmenté : et pour ceste cause la charge estoit plus grande, et requéroit une façon de gouvernement plus exquise. Combien que sainct Hiérosme récite (ju'ilyen avoit desjà de son temps ^. Or ils avoyent entre mains tant les possessions et revenus, que les utensiles et les aumosnes quotidiennes. Pourtant sainct Grégoire escrit à l'Archediacre de Salonite, que si rien périt du bien de l'Eglise par négligence ou par fraude, qu'il en sera tenu\ Ce qu'on les ordonnoll à lire lEvangile et exhorter le peuple à prier, item à donner le calice au peuple en la Cène pour boire, cela se faisoit pour honorer leur estât alin qu'ils s'acquittassent de leurdevoir avec plus grande crainte de Dieu : d'autant qu'ils estoyent admonestez par telles cérémonies, qu'ils n'estoyent point en une recepte profane , mais en une charge spirituelle et dédiée à Dieu.

6 De là il est facile de juger quel a

1) Chap. XXXV. 3) Episl. X, lib. I.

4) Epiti. ad Nepolianum.

esté l'usage des biens ecclésiastiques, et quelle en a esté la dispensation. Il est souvent dit tant aux Canons que par les anciens Docteurs, que tout ce que l'Eglise possède, ou en terre ou en argent, est le patrimoine des povres. Et pourtant ceste leçon est là souventesfois répétée aux Evesques et aux Diacres, que les richesses qu'ils manient ne sont point à eux, mais destinées à la nécessité des povres : et qu'ils seront coulpables de meurtre, s'ils les dissipent meschamnient, ou s'ils les retienent à eux. Et sont admonestez de distribuer ce qui leur est commis, à ceux aus(iuels il est deu, avec grand'crainte et révérence, comme devant Dieu, sans acception de personnes. De là vienenl les protestations que font sainct Chrysostome, sainct Ambroise, et sainct Augustin et les autres, pour rendre tesmoignage au peuple de leur intégrité. Or d'autant que c'est chose équitable, et que Dieu l'a aussi ordonné en la Loy, que ceux qui s'enij loyent du tout au service de l'Eglise, soyent entretenus du public ; et mesmes qu'il y avoit de ce temps-là beaucoup de Prestres qui faisoyent oblation à Dieu de leurs patrimoines, se faisans povres volontaires : la distribution estoit telle , qu'on prouvoyoit à la nourriture des minisires, et qu'on ne laissoit point les povres en arrière. Combien que ce pendant il y avoit bon ordre, à ce que les ministres qui doyvent estre exemple aux autres de sobriété et tempérance, n'eussent gages excessifs pour en abuser à somptuosité et délices, mais seulement pour s'entretenir en petit estât. Pour ceste cause sainct Hiérosme dit, que si les Clercs qui se peuvent entretenir du bien de leur maison, prenent du bien des povres, ils commettent sacrilège, et mangent leur condamnation *.

7 Du commencement l'administration estoit à volonté, d'autant qu'on se pouvoit fier à la bonne conscience des Evesques et Diacres, et que leur innocence leur estoit pour loy. Depuis par succession de temps la convoitise d'aucuns et mauvaiseadministraiion, dont il sortoilde grans scandales, ont esté cause qu'on

1) Rt'fert. cap. Clericos, I, II.

feit certains canons, lesquels ont distribué le revenu de l'Eglise en quatre parties : as^ignant la première au Clergé : la seconde aux povres : la troisième à la réparation des Eglises et autres semblables despenses : la quatrième aux estrangers et povres survenans. Car ce que les autres Canons assignent ceste partie à l'Evesque, cela ne répugne point à la division que je vien de réciter : car ils n'entendent point qu'elle luy soit propre, ou à ce qu'il la dévore luy seul, ou qu'il l'esparde là où bon luy semblera : mais afin qu'il ait de quoy exercer libéralité envers les survenans, selon que sainct Paul commande K El ainsi l'interprètent Gélasius et sainct Grégoire. Car Gélasius n'ameine point d'autre raison pourquoy l'Evesque se puisse rien attribuer sinon à ce qu'il ait de quoy pour eslargir aux estrangers et aux captifs. Et sainct Grégoire parle encores plus clairement : La façon, dit- il, du siège apostolique est de commander à un Evesque, quand il est institué, qu'il se face quatre portions de tout le revenu de l'Eglise: dont l'une soit à l'Evesque et à sa famille, à ce qu'il puisse recevoir les estrangers et survenans, et leur bienfaire: la seconde au Clergé: la troisième aux povres : la quatrième à la réparation des Eglises^. Il n'est oit doncques licite à l'Evesque de rien prendre, sinon autant qu'il luy estoit mesiier pour sobrement vivre et se vestir sans aucune somptuosité. Que si quelqu'un commençoit d'excéder mesure, et se monstrer en somptuosité ou en pompe, il estoit incontinent admonesté par les autres Evesques voisins : s'il ne se cliastioit, il estoit déposé.

8 Ce qui s'appliquoil aux ornemens des temples , estoit du commencement bien petit : mesmes après que l'Eglise fut devenue plus riche, si ne laissoyent-ils point de garder médiocrité en cest endroict, et néantmoins tout ce qui estoit là employé d'argent, demeuroit en réserve pour les povres, au cas qu'il surveinst grande nécessité. En ceste manière Cyrillus Eves(iue de Jérusalem, pource qu'il ne pbuvoit autrement subvenir à l'indi-

gence des povres , en temps de famine vendit tous les vaisseaux et autres ornemens pour en faire des aumosnes*. Serablablement Acatius, Evesque d'Amide, voyant une grande multitude de Persiens en grosse nécessité, appela son Clergé : et après avoir fait une belle remonstrance, que nostre Dieu n'a que faire de plats ne de calices, puis qu'il ne boit ne mange, feit argent de tout pour la rédemption et nourriture des povres *. Et sainct Hiérosme en reprenant la superfluité qui estoit desjà de son temps à orner les temples, loue Exupérius Evesque de Tholouse, vivant pour lors, lequel administroii le Sacrement du corps de nostre Seigneur en un petit panier d'ozière, et le sacrement du sang en un verre, donnant ordre ce pendant que nul povre n'eust faim*. Ce que j'ay n'aguères allégué d'Acatius, sainct Ambroise le raconte aussi de soy-mesme.

Car pource que les Arriens le blasmoyent qu'il avoit rompu tous les vaisseaux sacrez, afin d'en payer la rançon des prisonniers, qui estoyent prins des infidèles, il use de ceste belle excuse et digne de mémoire. Celuy qui a envoyé ses Apostres sans or, a aussi congrégé ses Eglises sans or. L'Eglise a de l'or, non point pour le garder, mais pour le distribuer, et en subvenir en la nécessité. Que faut-il garder ce qui ne sert de rien? Ne sçavons-nouspas combien les Assyriens ont ravi d'or et d'argent du temple du Seigneur? Ne vaut-il pas mieux que le Pasteur en face argent pour aider à nourrir les povres, qu'un sacrilège et brigand le transporte? Dieu ne dira-il point, Pourquoy as-tu souffert tant de povres mourir de faim, puis que tu avois de l'or pour leur acheter nourriture? Pourquoy as-tu laissé mener en captivité tant de povres gens sans les racheter? Pourquoy en as-tu laissé tuer d'aucuns? Il valoit bien mieux garder les vaisseaux des créatures vivantes, que des métaux morts. Que pourroit-on respondre à cela ? car si on dit. Je craignoye qu'il n'y eust plus d'ornemens au temple : Dieu respondra, Les Sacremens ne demandent point d'or : et comme on ne les achète point à l'or, aussi

0 1 Tim. III, 2.

2) rap. Prœsulum, XVI, quœst. est, XII, qiijest. XII.

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