‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 201 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IV

que tnnt de testes s'accordent bien pour mener un affaire à fin. Et ce proverljc est quasi tousjours vray, que le vulgaire, selon (lu'il est volage, se Isende en affections contraires. Mais il y avoit un trèsbon remède pour obvier à ce mal. Car de premier" entrée le Clergé seul eslisoit : puis il offroil eeluy qu'il avoit esleu aux seigneurset gouverneurs. leeuxayansdélibéré ensemble, ratitioyent l'élection si elle leur sembloit bonne : autrement ils en eslisoyent un autre. Après cela ou venoit au peuple, lequel, combien qu'il ne fusi point lié à recevoir l'élection jà laite, toutesfois il ii'avoii pas occasion de tumulluer : ou si on commençoit parle peuple, cela se faisoit pour entendre lèiiuel il désiroit plus d'avoir : et ainsi ayant entendu l'affection du peuple, le Clergé eslisoit. Par ce moyen il n'estoil point en la liberté du Clergé de choisir à leur plaisir : et toutesfois il n'estoit pas sujet à complaire à l'appétit désordonné du peuple. Cest ordre nous est récité par Léon en un autre passage, quand il dit, Il faut avoir les voix des bourgeois, les tesmoignages du peuple, l'auihoriié des gouverneurs, l'élection du Clergé. Item, Qu'on ait le tesmoignage des gouverneurs, la subscription du Clergé, le consentement du Sénat et du peuple. La raison ne veut pas qu'il se face autrement ^ Et de faict, le sens du Canon de Laodicée que nous avons allégué, n'est pas autre. Car il n'entend autre chose , sinon que les gouverneurs et les Clercs ne se doyvent point laisser transporter par le populaire, qui est inconsidéré, mais plustost réprimer par leur gravité et irudence la folle cupidité d'iceluy, quand il en est mestier.

i 3 Ceste façon d'eslire s'observoit encores du temps de sainct Grégoire : et est vray-semblable qu'elle a duré encores longuement depuis. Il y a beaucoup d'Epistres en son registre, qui rendent suffisant tesmoignage de cela. Car toutes fois et quantes qu'il est question d'ordonner quelque part un Evesque, il a accouslumé d'escrire au Clergé, et Conseil, et au populaire, aucunesfois au seigneur : selon qu'est le gouvernement de

1) Epist. LXXXVII.

la ville iï laquelle il escrit. Et quand à cause de quel(|ue trouble ou différent, il dorme à un Evesque voisin la superintendance sur une élection, il requiert tous- Jours néanlnioins qu'il y ait décret solennel confermé par subscriptions de tous.

Wesmes pource que quelquesfois on avoit esleu un Eves(|ue à !\1ilan, et qu'à cause des guerresplusieurs Milannoiss'esloyent relirez à Gênes : il ne veut point que l'élection soit tenue pour légitime, jusques à tant qu'iceux eslans assemblez en un, y aient consentit Qui plus est, il n'y a pas encores cinq cens ans, qu'un Pape nommé Nicolas feit ceste ordonnance touchant l'élection du Pape, que les Cardinaux fussent les premiers, puis qu'ils appelassent avec eux tout le reste du Clergé, linalement que l'élection fust confermée par le consentement du peuple. Et en la tin il allègue le décret de Léon, que j'ay n'aguères amené, voulant qu'il soit observé pour l'advenir^. Que si les meschans faisoyenl une telle brigue, que le Clergé fust contraint de sortir de la ville pour faire droicie élection, si commande-il en tel cas qu'aucuns du peuple s'y trouvent pour approuver. Le consentement de l'Empereur esloit requis seulement en deux villes, selon que nous pouvons conjecturer, asçavoir à Rome et à Constantinoble, d'autant que c'estoyent les deux sièges de l'Empire. Car ce que sainct Ambi'oise fut envoyé à Milan par Valentinierr Empereur, alinde présidera l'élection de i'Evesque comme lieutenant impérial, £eia se t'eit extraordinair"ement, à cause des grosses brigues qui esloyent entre les bourgeois. A Rome, l'authorité de l'Empereur avoit anciennement telle importance en la création de I'Evesque, que sainct Gi'égoire escrit à Maurice Empereur, qu'il a esté ordonné par son commandement, jà soit qu'il eust esté requis solennellement par le peuple. Or la coustume estoil, que si tost que quelqu'un estoit esleu Evesque de Rome par le Clergé, et par le Sénat, et le peuple, iceluy le signilioit à l'Empereur, lequel approuvoit l'élection, ou la rescindoit.

Et à ceste coutume ne contrevienent point

)) Id quoque episl. compluribus ; lib. U, epist. LXIX. I 2 Dist. XXni, cap. In iiomini;.

liNSTITUTION CHRESTIENNE.

les décrets qu'assemble Gratien : qui ne disent autre chose, sinon qu'il ne faut nullement souffrir que l'élection canonique soit ostée, et que le Roy constitue à son plaisir des Evesques : et que les Métropolitains ne doy vent point consacrer celuy qui aura esté ainsi pronieu par force. Car c'est autre chose de priver l'Eglise de son droict, à ce qu'un homme seul face tout à sa poste : et autre chose de faire cest honneur au Roy ou à l'Empereur, qu'il conferme par son authoriié une élection légitime.

4 4 II reste d'exposer par quelle cérémonie on ordonnoit les ministres de l'Eglise ancienne après les avoir esleus. Les Latins ont appelé cela Ordination ou Consécration. Les Grecs l'ont appelé de deux mots, qui signifient Imposition des mains. Or il y a un décret du Concile de Nice, lequel commande que le Métropolitain avec tous les Evesques de la province, s'assemblent pour ordonner celuy qui sera esleu. Si quelques-uns sont empeschez par maladie ou par la difficulté du chemin, que pour le moins il y en viene trois, et que ceux qui sont absens déclairent par letres qu'ils y consentent. Et pource que ce Canon à la longue ne s'observoit plus, il a esté renouvelé depuis en plusieurs Conciles. Or il estoit commandé à tous, ou pour le moins à ceux qui n'auroyent point d'excuse, de s'y trouver afin que l'examen, tant de la doctrine que des mœurs, se feist avec plus grande gravité. Car on ne faisoit point la consécration sans tel examen.

Mesmes il appert par les épistres de sainct Cyprien, que du commencement on n'appeloit point les Evesques après l'élection : mais qu'ils estoyent présens sur le lieu quand le peuple devoit eslire, afin qu'ils fussent là comme superinlendans à ce que rien ne se feist en trouble par la multitude. Car après qu'il a dit que le peuple a puissance ou d'eslire ceux qu'il cognoist esire dignes, ou de refuser ceux qu'il cognoist estre indignes, il adjouste. Pourtant il nous faut diligemment tenir et garder ce qui nous a esté laissé du Seigneur et de ses Apostres, et ce qui s'observe entre nous et quasi par toutes les provinces : c'est que tous les Eves-

ques voisins s'assemblent au lieu où il faut eslire un Evesque, et qu'il soit esleu en la présence du peuple ^ Mais pource que qut'lquesfois une telle assemblée se faisoit bien tard, et ce pendant les ambitieux avoyent loisir et opportunité de mener mauvaises pratliques, on advisa qu'il suffisoit si après l'élection faite, les Evesques s'assembloyent pour consacrer celuy qui estoit esleu, après l'avoir examiné.

'15 Cela se faisoit par tout sans exception. Depuis une façon toute diverse fut introduite, que celuy qui estoit esleu venoit en la ville métropolitaine pour estre conferme : ce qui a esté fait par ambition et corruplèle, plustost que par bonne raison. Quelque temps après, depuis que l'authorité du siège romain fut accreue, il y survint une façon encores beaucoup pire, c'est que tous les Evesques d'Italie venoyent là pour estre consacrez. Ce qu'on peut veoir par les épistres de sainct Grégoire ^. Seulement il y eut quelque peu de villes, lesquelles reteindrent leur droict ancien, d'autant qu'elles ne voulurent point facilement céder : comme Milan, selon qu'on en voit l'exemple en une épistre. Possible que les seules villes métropolitaines demeurèrent en ce privilège. Car la coustume ancienne estoit, que tous les Evesques de la provint^e s'assemblassent là pour consacrer leur Métropolitain. Au reste, la cérémonie estoit l'imposition des mains. Car je n'ay point leu qu'il y en ait eu d'aiures, sinon que les Evesques avoyent quelques accousiremens pour estre discernez d'entre les autres Preslres. Semblablement ils ordonnoyent les Prestres et les Diacres par la seule imposition des mains. Mais chascun Evesque ordonnoit les Prestres de son diocèse avec le conseil des autres Prestres. Or combien que cela se faisoit de tous en commun, nèantmoins pource que l'Evesque présidoit, t-t que la chose se faisoit comme par sa conduite, l'authoriié est appelée siene. Et pourtant il est souvent dit es anciens Docteurs, qu'un Prestre ne diffère en rien d'un Evesque, sinon entant qu'il n'a point la puissance d'ordoimer.

1) Epist. IV, lib. I. 2) Lib. II, episl. LXIX, LXXVI.

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