LIVRE IV, CHAPITRE VIII
séquemment, Car il vous suggérera loutes les choses que je vous ay enseignées *. Il dénonce doncques qu'il ne faut rien d'avanlage altendre de son Esprit, sinon qu'en illuminant nos enlendemens, il nous face recevoir la vérilé de sa doctrine. Pourtant la sentence de Clirysostonie est notable : Plusieurs, dit-il, se vantent de l'Esprit : mais ceux (|ui apportent du leur, le prétendent faussement. Comme Christ testilioit qu'il ne parloit point de soy-mesme, d'autant que sa doctrine estoil prinse de la Loy et des Prophètes : en telle manière, si on nous apporte sous letiltre de l'Esprit, quelque chose qui ne soit contenue en l'Evangile, ne la croyons pas. Car comme Christ est l'accomplissement de la Loy et des Prophètes : aussi est l'Esprit, de l'Evangile^. Voylà les paroles de sainci Chrysostome. Maintenant il est facile de veoir combien nos adversaires s'esgarent du droict chemin, (juand ils n'allèguent que le sainct Esprit, et ne le mettent en avant à autre fin, que pour conserver, sous ombre d'iceluy, des doctrines estranges et diverses de la Parole de Dieu : comme ainsi soit qu'il vueille estre conjoinct avec icelle Parole, comme d'un lien indissoluble : et (|ue Jésus-Christ proteste cela de luy. en le promi'tlant à ses Apostres. Et de faict, il est ainsi. Car telle sobriété que Dieu a une fois recommandée à son Eglise, il veut qu'elle soit gardée jusques en la lin. Or il luy a défendu de ne rien adjousler à sa Parole, ny en rien diminuer. Voylà un décret inviolable de Dieu et de son Esprit, lequel nos adversaires veulent casser, quand ils feignent que l'Eglise est gouvernée par le sainc;t Esprit, sans la Parole de Dieu.
14 Derechef ils cavillent, qu'il a falu que l'Eglise ail adjousté aux escrils des Apostres : ou bien qu'eux-mesmes ayent ordonné plusieurs choses par vive voix, pour suppléer à leurs escrits, ausquels ils n'avoyent point clairement tout exposé. Pour prouver cela, ils allèguent ce que Jésus-Christ leur dit, J'ay beaucoup lie choses à vous dire, lesquelles vous ne
Jean XVI, (3.
Seim. De suncio et ,
idorando Spirilui Jean XII, V9;
pouvez encore porter'. Ils exposent donc- (|ues, que ces choses-là sont les ordonnances les(|uelles ont esté receues par usage sans Escriture. Mais quelle est cesie impudence? Je confesse que les Apostres estoyent encores rudes et grossiers, quand nostre Seigneur disoit cela. !\Iais ceste ignorance estoit-elle encores en eux quand ils ont réduit leur doctrine par escrit : en sorte qu'il ait falu après suppléer de vive voix ce qu'ils avoyenl oublié, ou laissé arrière par faute d'intelligence? Mais au contraire, puis que noussçavons qu'ils estoyent desjà menez par l'Esprit en toute vérité, quand ils ont composé ce que nous avons de leurs escrits, qu'est-ce qui a empesché qu'ils n'ayenl là comprins une parfaite cognoissance de la doctrine évangélique? Mais encores donnons-leur ce qu'ils demandent, que les Apostres ayent laissé par vive voix à l'Eglise plus qu'ils n'ont point escrit : je demande maintenant qu'ils m'en facent le dénombrement. S'ils osent attenter cela, je répliqueray à rencontre par la bouche de sainct Augustin, Puis que le Seigneur n'a point exprimé quelles estoyent ces choses, qui sera celuy de nous qui dira, Ce sont celles-ci, ou celles-là? ou s'il l'ose dire, comment le prouverail ^'1 Toutesfois c'est folie à moy de plus débatre d'une chose superflue : car les pelis enfans mesmes sçavent bien, que ce que nostre Seigneur promit de révéler aux Apostres les choses qu'ils ne pouvoyent adoncques porter, cela a esté accomply quand il leur a envoyé le sainct Esprit, et que nous en avons le fruit en leurs Escrilures.
15 Quoy doncques? disent-ils, Jésus- Christ n'a-il point mis hors de doute tout ce que l'Eglise enseigne et décrète, quand il a voulu estre tenu pour Publicain et Payen celuy qui y contreviendroit'? Premièrement, il n'est point là fait mention de la doctrine, mais Jésus- Christ veut que les censures qui se font pour corriger les vices, ayent plene authorité : atin que ceux qui seront admonestez et corrigez , ne se rebecqueni point à rencontre. Mais laissant cela ,
I) Jean XVI, 12.
3) Maltli. XVIU, n.
2) Homil.in Joan.,\Cyi.
INSTITUTIOiN CHRESTIENNE.
c'est merveille comment ces trompeurs sont si effrontez, qu'ils s'osent glorifier de ce tesmoignage. Car que peuvent-ils conclurre de ce, sinon qu'il n'est pas licite de contemner le consentement de l'Eglise, laquelle n'accorde jamais sinon en la vérité de Dieu? 11 faut escouter l'Eglise, disent-ils. Qui le nie, d'autant qu'elle ne prononce rien, sinon de la Parole de Dieu? S'ils demandent quelque chose d'avanlage, qu'ils entendent que ces paroles de Christ ne leur favorisent en rien. Et ne faut qu'on m'estime trop contentieux , de ce que j'insiste si fort sur ce point, qu'il n'est licite à l'Eglise de forger aucune doctrine nouvelle .:
c'est-à-dire .de plus enseigner que Dieu n'a révélé par sa Parole. Car tout homme de sens rassis voit bienquel danger il s'en ensuyvroit, si on donnoit une fois aux hommes tant de puissance. On voit comment la fenestre seroit ouverte à tous blasphémateurs pour se mocquer de la Chrestienté, si on disoit que les Chrestiens deussent tenir comme article de foy ce que les hommes auroyent déterminé.
Il y a aussi ce point à noter, que Jésus - Christ selon l'ordre accoustumé on son temps donne ce nom-là au consistoire qui estoit estably entre les Juifs: voulant par ceste similitude induire ses disciples à porter révérence aux superintendans , de l'Eglise. Or si on veut croire nos adversaires , il s'ensuyvroit que chacune ville et village auroit pareille authorité à forger des articles de foy.
16 Ces exemples dont ils se veulent servir, ne font rien à leur propos. Ils disent que le Baptesme des pelis enfans est fondé plus sur le décret de l'Eglise , que sur quelque commandement exprès de l'Escriture. Mais ce seroit un trèspovre et malheureux refuge, si pour défendre le Baptesme des petis enfans, nous estions contraints de recourir à la pure et simple authorité de l'Eglise; mais il apparoistra en un autre lieu qu'il n'est pas ainsi. Semblablement ce qu'ils allèguent, que l'on ne trouve point aux Escrilures la détermination faite au Concile de Nice, que le Fils de Dieu est
d'une mesme substance avec le Père : en cela ils font une grosse injure aux saincts Evesques du Concile : comme s'ils eussent témérairement condamné Arrius de ce qu'il ne vouloit point s'astreindre à leurs mots , combien qu'il confessast toute la doctrine laquelle est comprinse aux Escritures des Prophètes et Apostres : .je confesse bien que ce mot de Consubstantiel n'est point en l'Escriture: mais puis que tant de fois il nous est montré en icelle qu'il n'y a qu'un seul Dieu : et derechef que Jésus-Christ y est appelé vray Dieu et éternel , un avec le Père : qu'ont fait autre chose les saincts Evesques, en déclairant qu'il estoit d'une mesme essence, sinon qu'ils ont simplement exposé le sens nature! de l'Escriture? Et de faict, Théodorite historien raconte que Constantin l'Empereur usa de ceste préface au Concile, de première entrée : Il y a la doctrine du sainct Esprit, à laquelle il nous faut tenir en disputant des choses divines : les livres des Apostrés et Prophètes nous monstrent plenement la volonté de Dieu. Pourtant en laissant toutes contentions, prenons des paroles du sainct Esprit, la décision et vuidange de la question qui est à présent ^ Il n'y eut nul qui contredist à ces sainctes admonitions : nul ne répliqua que l'Eglise pouvoit adjouster quelque chose du sien : que le sainct Esprit n'avoit point tout révélé aux Apostrés, ou pour le moins qu'ils n'avoyent pas tout laissé par escrit; rien de tout cela. Si ce que nos adversaires prétendent est vray : premièrement l'Empereur Constantin eust mal fait en ostant à l'Eglise sa puissance. Secondement, c'eust esté une dissimulation meschante et desloyale aux Evesques, que nul d'eux ne se leva pour maintenir l'authorité de l'Eglise. 3Iais au contraire, Théodorite réfère que tous receurent volontiers l'admonition de l'Empereur, et l'approuvèrent. Dont il appert que ce que maintenant disent nos adversaires, est nouveau, et qu'il n'esloit point encores cognu adoncques.
1) Histor. Ecclesiastir., lib. I, cap. V.