‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 226 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE VIII

à ses disciples, lesquels il avoit desjà esleus, ou devoit eslire après. Or quand ils interprètent tellement ces promesses plenes de singulière consolation, comme si elles n'estoyent données à nul des Chresliens, mais à toute l'Eglise ensemble, que font-ils autre chose qu'oster îi chacun Chrestien la consolation qui luy en devoit venir pour luy donner tant plus défiance? Je ne nie pas yc.i, que la compagnie des fidèles garnie de cesie diversité de grâces ne soit ensemble beaucoup plus riche de toute sapience céleste que chacun n'est à part : mais je veux seulement débaire, que perversement ils tirent les paroles de nostre Seigneur en autre sens qu'elles n'ont esté dites. Nous confessons doncques (comme la vérité est) que le Seigneur éternellement assiste aux siens, et qu'il les conduit de son Esprit : que cest Esprit n'est pas d'erreur, ignorance, mensonge ou ténèbres : mais de révélation, vérité, sapience et lumière : duquel ils puissent sans tromperie apprendre quelles choses leur sont données de Dieu' : c'est-à-dire : quelle est l'espérance de leur vocation, et quelles sont les richesses de la gloire de l'héritage de Dieu, et combien est excellente la grandeur de sa vertu sur tous les croyans ^. Mais comme ainsi soit que les fidèles reçoyvent seulement quelque goust et commencement de oest Esprit en ceste chair, mesmes ceux qui par-dessus les autres sont pleins de richesses et grâces de Dieu : il ne reste rien meilleur, sinon qu'en recognoissant leur imbécillité, ils se contienentsongneusenient sous les termes de la Parole de Dieu : de peur que s'ils vouloyent procéder outre par leurs sens, ils ne se desvoyent incontinent de ladroicte voye. Et à dire vray, il ne faut douter, que s'ils venoyent à décliner le moins du monde de ceste Parole, qu'ils ne s'abusassent à chacun coup : c'est asçavoir d'autant qu'ils sont encores en partie vuides de cest Esprit, par le seul enseignement duquel on discerne la vérité du mensonge. Car tous confessent avec sainct Paul, qu'ils ne sont pas encores venus au but' : pourtant ils conti-

1) 1 Cor. II, 12. S) Pliil. 111, 12.

2) Eph«s. I, 18, 19.

nuent de jour en jour à proufiter, plustost que de se glorifier en perfection.

12 Mais ils répliijueront que ce qui est attribué en partie à chacun des saincts, compète du tout entièrement à l'Eglise.

La response. Combien qu'il semble advis que cela ait apparence de vérité : touteslois je nie qu'il soit vray. Je confesse bien que nostre Seigneur distribue par mesure les dons de son Esprit à chacun membre de son corps, en sorte que rien ne défaut au corps universel, quand tous les dons sont conférez ensemble. i^Iais les richesses de l'Eglise sont tousjours telles, qu'elles sont bien loing de ceste souveraine perfection, laquelle prétendent nos adversaires. Combien que l'Eglise n'est pas destituée en rien, qu'elle n'ait tousjours ce dont elle a besoin : car le Seigneur cognoist ce qui est requis pour sa nécessité. Mais afin de l'entretenir en humilité et modestie, il ne luy donne pas plus que ce qu'il cognoist luy estre expédient. Je sçay aussi qu'ils ont accoustumé d'objecter ce que dit sainct Paul, que Christ a purgé son Eglise au Baptesme d'eau en la Parole de vie, pour se la rendre glorieuse espouse, n'ayant tache ne ride : mais afin qu'elle soit saincte et immaculée *: et que pour ceste raison il la nomme en un autre lieu, Pillier et firmament de vérité'-'. Quant au premier, il monstre plus ce que continue de faire tous les jours Christ en ses esleus, que ce qu'il a desjà parfait. Car si de jour en jour il les sanctifie, purge, polit et nettoyé de leurs taches, certainement il appert qu'ils sont encores ridez et maculez, et qu'il défaut quelque chose à leur sanctification. D'avantage, estimer l'Eglise desjà saincte et immaculée, de laquelle les membres, soyent encores souillez et immondes, n'est-ce pas pure mocquerie? Il est doncques vray que Christ a lavé son Eglise au Baptesme d'eau par la Parole de vie :

c'est-à-dire, qu'il l'a purgée par la rémission des péchez : de laquelle purgation le Baptesme est enseigne : et l'a purgée pour la sanctifier; mais de ceste sanctification, le commencement tant seu-

1) Epliés. V, 2b-i7.

2) 1 Tim. m, 13.

lement en apparoist yci : la fin el l'accomplissement en sera entier, quand Christ le sainct des saincts l'aura remplie du tout de sa sainclelé. 11 est vray aussi que les rides et macules d'icelle sont effacées : mais c'est tellement, que de jour en jour elles s'etfacent encores, jusques i^i ce que Christ par son advénement este entièrement ce qui en reste. Car si nous ne Confessons cela, il nous sera nécessaire de consentir avec les Pélagiens, que ia justice des fidèles est parfaite en ce monde: item, de dire avec les Calhares et Donalistes, que ce n'est point Eglise, où il y a quelque infirmité; or nos adversaires mesmes lienent tous ceux-là pour hérétiques. L'autre passage, comme nous avons veu ailleurs, a un sens tout divers de celuy qu'ils prétendent. Car après que sainct Paul a instruit Timolhée en otlice d'Evesque, il adjouste qu'il luy a monstre une telle leçon, afin qu'il sçache comme il luy faut converser en l'Eglise de Dieu. Et afin de monstrer mieux l'importance de la chose, il dit aussi qu'icelle Eglise est Pillier et tirmament de la vérité. Or que signifient ces paroles autre chose, sinon que la vérité de Dieu est conservée en l'Eglise par le ministère de la prédication ? comme il le déclaire en autre lieu en disant, Jésus-Christ a donné des Apostres, des Pasteurs et Docteurs, afin que nous ne soyons plus esbranlez et transportez à tout vent de doctrine, ou déceus par l'astuce des hommes : mais qu'eslans illuminez à la cognoissance du Fils de Dieu, nous soyons tous réduits en unité de foy ^ Pourtant ce que la vérité n'est point esteinte au monde, mais qu'elle demeure en vigueur, cela se fait d'autant que l'Eglise est gardienne seure el fidèle pour la maintenir, à ce qu'elle ne décliée point. Or si ceste garde que l'Eglise en fait, est située au ministère des Prophètes et Apostres, il s'ensuyt que le tout dépend de là, que la Parole de Dieu, soit entretenue en sa pureté.

13 Et afin que les Lecteurs entendent mieux quel est le nœud de la matière, j'exposeray en brief ce que demandent

1) Eplics. IV, 11-15.

nos adversaires, et en quoy c'est que nous leur résistons. Quand ils disent que l'Eglise ne peut errer, vo\ ci comment ils l'entendent : que d'autant i|u'elle est gouvernée par l'Esprit de Dieu : elle peut cheminer seurement sans la Parole : el comment qu'elle aille, qu'elle ne peut sentir ne parler que vray : et par ainsi encores qu'elle détermine de quelque chose outre la Parole de Dieu, (ju'il faut tenir sa sentence comme un certain oracle venant du ciel. De nous, si nous leur concédons ce point, que l'Eglise ne puisse errer aux choses nécessaires à salut :

c'est avec tel sens, qu'elle ne peut faillir, d'autant qu'en se démettant de sa propre sagesse elle souffre d'eslre enseignée du sainct Esprit par la Parole de Dieu. Voyci doncques le différent qui est entre nous : ils attribuent authorité à l'Eglise hors la Parole: nous au contraire conjoignons l'un avec l'autre inséparablement. Or ce n'est point de merveille si l'espouse et l'escholière de Christ est sujette à son Maistre et à son Mari, pour s'arrester entièrement à ce qu'il dit et commande : car la façon d'une maison bien reiglée requiert cela, que la lemme obtempère à son mari, et le tiene pour son supérieur. C'est aussi l'ordre d'une bonne eschole, que le seul maistre ait là l'authorité d'enseigner, et qu'il soit escoulé. Pourtant, que l'Eglise ne soit point sage de soymesme, e( qu'elle ne songe rifn de soy : mais qu'elle constitue le but de sa sagesse là où Jésus-Christ fait fin de parler : En ceste manière elle se desfiera de toutes les inventions de sa raison : et au contraire, estant appuyée sur la Parole de Dieu, elle ne chancellera ne doutera aucunement : mais avec plene certitude et constance elle se reposera sur icelle. Pareillement se confiant des promesses qui luy sont données, elle aura sur quoy s'appuyer seurement, afin de ne point douter que le sainct Esprit ne luy assiste tousjours, pour luy estre bon conducteur et guide. Mais d'autre part elle se souviendra à quelle fin et à (piel usage le Seigneur veut qu'on reçoyve son Esprit. L'Esprit, dit-il, que je vous envoyeray du Père, vous conduira en toute vérité. Mais comment cela ? Il adjouste con-

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