‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 229 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IX

se sont peu corrompre en si peu de temps, combien la corruption a-elle peu croislre par longues successions d'années? El afin (ju'en continuant ce propos, je ne remiilisse pas beaucoup de papier, nous sommes adveriis par les exemples de tous les aages qui ont esté jusques à ceste lieure, (pie la vérité n'est |)as tousjours nouirie au sein des Pasteurs, et que le salut de l'Eglise ne dépend pas du tout de leur bon gouvernement. 11 convenoit certes qu'ils lussent bons gaidiens de la paix et salut de l'Eglise : car ils sont destinez pour les conserver. Mais c'est autre cliose d'accomplir ce qu'on doit, et de devoir faire ce qu'on ne fait point.

5 Toutesfois je ne veux point que ces propos so\ eut entendus comme si je vouloye amoindrir l'aulhorité des Pasteurs, et induire le peuple à la mespriser légèrement. Seulement mon intention est d'adveriir qu'il laudroit ([u'il y eust quelque chois entre les Pasteurs, alin qu'on n'estime point incontinent Pasteurs, tous ceux qui sont ainsi appelez. Or le Pape et tous les Evesques de sa bande n'ont autre raison de remuer et renverser tout à leur poste, sans avoir esgard à la Parole de Dieu, sinon (|u'ils ont le tiltre de Pasteurs. Et pour ceste mesme raison ils veulent persuader qu'ils ne peuvent estre destituez de la lumière de vérité, que le sainct Esprit réside en eux, mesmes que l'Eglise vil et meurt avec eux. Comme s'il n'y avoit plus nul jugement de Dieu pour chasiier le monde d'une mesme punition dont il a usé envers le peuple ancien ; asçavoir de frapper d'aveuglement et stupidité les Pasteurs^. Sont-ils pas bien inscnsez, de ne considérer qu'ils chantent une mesme chanson qu'avoyent anciennement en la bouche les meschans Prestres qui faisoyent la guerre à Dieu ? Car voyci comme ilss'armoyent contre la vérité ei les Prophètes, Venez, et faisons consultation contre .lérémie. Car la Loy ne périra point des Prestres, ne le conseil des Sages, ne la doctrine des Prophètes^.

6 Par cela mesme il est facile à res-

1) Z»ch. XII, 4.

s) Jér. XVIU, 18.

pondre à l'autre point, touchant les Conciles généraux. On ne peut nier (jue les .Juifs n'ayent eu vraye Eglise du temps des Prophètes. Si lors il se fust tenu un Concile général, quelle apparence d'Eglise y eust-on cogiiue? Nous oyons ce que nosire Seigneur leur dénonce, non point à un ou à deux, mais à tous ensemble : c'est que les Prestres seront eslourdis, et les Prophètes seront estonnez*. Item, La Loy périra des Prophètes, elle conseil des Anciens 2. Item, La nuict vous sera au lieu de vision, et les ténèbres au lieu de révélation; carie soleil sera caché pour les Prophètes, et le jour sera obscurcy*. Je vous prie, s'ils se fussent tous assemblez en un, quel esprit eust présidéen leur compagnie? Décela nous en avons un bel exemple et notable au Concile qu'assembla Achab. Il y avoit là quatre cens Prophètes : mais pource qu'ils n'estoyenl là venus à autre lin, sinon pour flatter ce mescbant P\oy et inlidèle, Satan est envoyé de Dieu pour estre un esprit menteur en la bouche de tous. Ainsi la vérité est là condamnée d'un coumiun accord : Michée lidele serviteur de Dieu, réprouvé comnK^ hérétique, batu et mis en prison*. Autant en fut-il fait à Jéremie ^ : autant en est-il advenu aux autres Prophètes.

7 Mais un seul exemple nous suffira pour tous, d'autant qu'il est notable entre les autres. Au concile qu'assemblèrent les Sacrilicateurs et Pharisiens en Jérusalem contre Jesus-Clirist, qu'y peuton reprendre quant à l'apparence extérieure? Car s'il n'y eust eu lors Eglise en Jérusalem, jamais nostre Seigneur Jésus n'eust assisié aux sacritices ny autres cérémonies. La convocation se fait solennellement, le grand Prestre y préside, tout le Clergé s'y trouve ® : toutesfois Jésus-Christ y est condamné, et sa doctrine mise au bas. Cest acte -là nous monstre que l'Eglise n'est point enclose en ce Concile. Mais il ne faut point craindre, diront-ils, que cela nous puisse advenir. Mais qui est-ce qui nous en fera foy ? Car d'estre nonchalans en une chose

1) Jér. IV, 9.

3) Micli. III, 6.

S) Jér. Xï, 2.

î) Ezéch. VU, -26.

4) 1 Rois XXU,ti, 22, 27.

6) Jean XI, 47.

de si grosse importance, c'est trop grande sottise. Qui plus est, puis que le sainct Esprit a clairement prophétisé par la bouche de sainct Paul, qu'il se feroit un révoltement, lequel ne peut advenir que les Pasteurs ne se destornent de Dieu les premiers * : pourquoy fermons-nous les yeux de propos délibéré, pour ne point regarder nostre ruine? Pourtant il ne faut nullement concéder que l'Eglise consiste en l'assemblée des Prélats, lesquels Dieu n'a jamais promis devoir estre bons à tousjours : mais au contraire, a prononcé qu'ils seront quelquesfois mauvais. Or quand il nous advertitd'un danger, il le fait pour nous rendre plus sages et mieux advisez.

8 Quoy doncques, dira quelqu'un : les résolutions des Conciles n'auront-elles nulle authorité ? Je respon que si. Car je ne dispute point qu'il fale rejetter tous les Conciles, et rescinder les actes de tous, ou canceler depuis un bout jusques à l'autre. Mais on répliquera que je les mets trop bas , jusques à permettre à chacun de recevoir ou rejetter ce qui aura esté déterminé en un Concile. Je di que non. Mais toutes Tois et quantes qu'on met en avant un Décret de quelque Concile, je voudroye qu'on poisast diligemment en quel temps il a esté tenu, pour quelle cause, et à quelle fm, et quelles gens y ont assisté : puis après qu'on examinast à la reigle de l'Escriture, le point dont il est question, et que le tout se feist en sorte que la détermination du Concile eust son poids , et (ju'elle fust comme un advertissement : toutesfois qu'elle n'empeschast point l'examen que j'ay dit. Je voudroye bien qu'on gardast ce qu'enseigne sainct Augustin au troisième livre contre Maximin. Car pour clorre la bouche à cest hérétique, qui débatoit touchant les Décrets des Conciles : Je ne doy pas, dit-il, mettre en avant le Concile de Nice : et tu ne me dois pas aussi alléguer celuy d'Ariminie, comme pour osier la liberté de juger : car tu n'y es pas sujet, ne moy au second. Que la chose soit débatue par bonne cognoissance de cause et par raison, et que le tout soit

1) 2 Thess. II, 3.

fondé en l'aulhorité de l'Escriture, laquelle est commune à foutes les deux parties. Si cela se faisoif, les Conciles retiendroyent leur authorité qu'ils doyvcnl avoir : et toutesfois l'Escriture demeureroit en sa prééminence, à ce que le tout fust assujeti à la reigle d'icelle. Suyvant cela nous recevons volontiers les anciens Conciles, comme de Mice, de Constantinoble , le premier d'Ephèse , Chalcédoine , et les semblables qu'on a tenus pour condamner les erreurs et opinions mescliantes des hérétiques : nous leur portons, di-je, honneur et révérence, entant qu'il appartient aux articles là définis. Car iceux Conciles ne contienent rien qu'une pure et naturelle interprétation de l'Escriture, laquelle les saincts Pères par bonne prudence ont accomodée, pour renverser les ennemis de la Chreslienté. Semblablement en d'aucuns de ceux qui ont esté tenus depuis, nous appercevonsun bon zèle et signes évidens de doctrine, de prudence et d'esprit :

mais selon que le monde a accoustumé de décliner en empirant, il est facile de veoir combien l'Eglise petit à petit a décliné de sa droicte pureté. Je ne doute pas que mesmes en ces temps qui ont esté fort corrompus, il n'y ait assisté des Evesques de bonne sorte aux Conciles :

mais il en est advenu comme les Sénateurs romains se sont aulresfois complaints qu'il en advenoit à leur Sénat, c'est asç.avoir que quand on a conté les voix sans considérer les raisons, pour condurre selon la pluralité, la plus grande partie a souvent emporté la meilleure. Certes il en est sorti de meschantes conclusions : et n'est jà mestier d'amener yci les exemples en particulier, tant pource que ce seroit un trop long procès, que pource que des autres l'ont desjà fait si diligemment, que je n'ay que faire d'y rien adjouster.

9 D'avantage, qu'est-il besoin de raconter la répugnance des Conciles, et comme ce qui a esté fait en l'un, a esté desfait en l'autre P Et ne faut pas qu'on m'allègue que quand il y a ainsi deux Conciles répugnans, l'un n'est pas légitime. Car d'où est-ce que nous estimerons cela? Je pense qu'il n'y a point d'autre

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