‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 231 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE IX

Pontifes, ne pourroyent autre chose que tirer en une mesme ruine tous ceux qui les suyvront. Pourtant, que d'oresen- .ivant ces noms de Conciles, d'Evesques et de Prélats , lesquels se peuvent aussi tost faussement prétendre qu'usuriicr à l)on droict , ne nous empeschent point que nous jrexamiiiions tous esprits à la reigle de la Parole de Dieu, pour esprouver s'ils sont de Dieu,

13 Puis (lue nous avons monstre que l'Eglise n'a pas puissance de forger doctrine nouvelle, disons mainlenant de la puissance que iuy attribuent les Papistes en l'interprétation de l'Escrilure. Certes nous confessons trèsvolonliers, que s'il se lève dispute de quelque article, il n'y a meilleur remède ne plus certain, que d'assembler un Concile devrais Evesques pour en faire la discussion. Car une telle décision , qui aura esté faite en commun et d'un accord par les Pasteurs des Eglises , après avoir demandé la grâce du sainct Esprit, aura beaucoup plus de poids, que si chacun d'eux à part en prenoit sa résolution pour la preschcr au peuple : combien que seulement deux ou trois la feissent. D'avantage , quand les Evesques sont ensemble, ils ont plus de commodité de conférer et regarder que c'est qu'ils doyvenl enseigner, et en quelle forme, pour avoir conformité, alin ^ que la diversité n'engendre scamiale.

Tiercement, sainct Paul nous monstre que c'est l'ordre qu'il faut tenir pour juger des doctrines ^ Car entant qu'il attribue à chacune Eglise l'office de juger, il démonslre bien par cela comment on y doit procéder si la chose vient plus avant : asçavoir que les Eglises se conjoignent pour en cognoistre. Et la raison aussi nous meine là, que fi quelqu'un trouble une Eglise en semant une doctrine incognue et qui ne soit point en usage, et que la chose viene jusqueslà, qu'on craigne qu'une plus grosse dissension ne s'ensuyve^ les Eglises s'assemblent pour examiner la question : et après en avoir débatu, qu'elles donnent une résolution prinse de l'Escriture, laquelle oste toute doute au populaire , et

1) t Cor. XIV, Î9.

ferme la bouche à ceux qui demandent d'esmouvoir noise et troubles par leur ambition ou orgueil. En ceste manière, (luand Arrius se leva, le Concile de Nice fut tenu : alin que par l'authorité commune de tous les Evesques , l'audace de ce mcschant homme fust réprouvée, et que les Eglises qu'il avoit troublées fussent remises en leur estât , et que son hérésie fust exterminée, comme il en adveint, Ouelque temps après pource qu'Eunome et Macédone autres hérétiques esmouvoyent autre contention , on leur résista par un semblable remède en assemblant le Concile de Constaniinoble.

Le Concile premier d'Ephèse fut tenu pour desiruire l'erreur de Nestorius.

Brief, c'a esté la façon ordinaire de conserver l'unité des Eglises, depuis le commencement, toutes fois et quantes que le diable avoit commencé demacliiner quelque chose. Mais nous avons à noter qu'on n'a point en tous lieux ni en tous temps des Alhanases, des Basiles, et des Cyiilles, et autres semblables défenseurs de la vraye doctrine comme nostre Seigneur les avoit adoncques suscitez.

Mesmes qu'il nous souviene de ce qui adveint au Concile second d'Ephèse, où l'hérésie eutychienne fut receue, et Flavien sainct Evesque banny avec ses adliérens, d'autant qu'il y résistoit : et beaucoup d'autres méchanceiez commises :

asçavoir, d'autant que Dioscore homme sédrtieux et de mauvais courage présidoit là, et non point l'Esprit de Dieu. Mais quelqu'un me dira que ce n'estoit point l'Eglise, Je le confesse; car j'ay cela tout persuadé, que la vérité ne meurt point, et n'est pas esleinte en l'Eglise, encores qu'elle soit oppressée en un Concile :

mais qu'elle est miraculeusement conservée de Dieu, afin de se remettre au-dessus en son temps. Mais je nie que cela soit perpétuel, de dire que toute interprétation qui aura esté approuvée en un Concile, soit pourtant vraye et convenante à l'Escriture.

14 iMais les Romanisques tendent à autre lin, en voulant que les Conciles ayent puissance souveraine d'interpréter l'Escriture, et sans appel : car ils abusent de ceste couverture pour appeler

Interprétation de l'Escriture, tout ce qui a esté déterminé en un Concile. Touchant du purgatoire, de l'intercession des saints, de la confession secrète, et de toutes telles fariboles, on n'en trouvera point une seule syllabe en l'Escriture. Mais pource que toutes ces choses ont esté délinies par l'authorité de l'Eglise, comme ils le disent, c'est-à-dire, pour parler plus à la vérité, qu'elles ont esté receues par opinion et par usage , il les faudra tenir pour interprétations de l'Escriture. Et non-seulement cela, mais si un Concile a rien ordonné directement répugnant à l'Escriture , cela mesmes aura le tiltre d'interprétation. Jésus- Christ commande à tous de boire du calice en sa Cène * : le Concile de Constance a défendu de le donner au peuple, et a voulu que le seul preslre qui célèbre la Messe en beust. Ils veulent que nous tenions pour interprétation de l'Escriture, une chose qui est si évidemment contraire à l'institution de Jésus-Christ. Sainct Paul appelle la défense du mariage, Hypocrisie des diables ^: et en un autre lieu le sainct Esprit prononce que le mariage est sainct et honorable en tous estats^; Ce que le mariage a eslé depuis défendu aux Prestres, ils veulent que cela soit pour interprétation de l'Escriture, combien qu'on ne puisse rien imaginer plus contraire. Si quelqu'un ose ouvrir la bouche pour sonner mot, il est ju;ié hérétique, d'autant que la détermination de l'Eglise est sans appel : et qu'on ne doit douter que toute interprétation qu'elle fait ne soit vraye.

Qu'est-ce que je crierai contre une telle impudence ? Car il suffit de l'avoir démonstrée. Touchant ce (ju'ils babillent, que l'Eglise a puissance d'approtA'er l'Escriture : je me déporte d'en traitter, pour cause. Car d'assujelir ainsi la sagesse de Dieu à la censure des hommes, qu'elle n'ait authorité sinon entant qu'il leur plaist, c'est un blasphème indigne d'estre mentionné. D'avantage , j'en ay touché ci-dessus au premier livre. Seulement je leur demanderay une question : Si l'authorité de l'Escriture est fondée en l'approbation de l'Eglise, quel décret de Concile ils me peuvent alléguer de cela. Je pense qu'ils n'en ont nul. Comment doncques Arrius soufifroit-il d'estre vaincu à Nice par les tesmoignages qu'on luy alléguoit de l'Evangile de sainct Jehan? Car selon ceste raison des papistes, il les pouvoit répudier, veu qu'il n'y en avoit encores approbation aucune de Concile universel. Ils allèguent un rolle ancien, qui se nomme le Canon de l'Escriture, lequel ils disent estre procédé de la définition de l'Eglise. IMais je demande derechef, en quel Concile ce Canon-là a esté composé. Yci il faut qu'ils demeurent muets. Combien que je voudroye encores sçavoir plus outre, quel ils pensent que soit ce Canon : car je voy que cela n'estoit point arresté entre les Anciens. Si ce que dit sainct Hiérosme a lieu \ nous tiendrons pour Apocryphes les livres des Machabées, l'histoire de Tobie, l'Ecclésiastique, el autres livres semblables. Ce que toutesfois ces bonnes gens ne veulent point permettre.

Page 1