‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 242 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE X

niainc-, laqurlle il soil loisible à diacun de mespriser ou rcjeller. Je di qu'elle est tellement humaine, qu'elle est aussi divine. Elle est de Dieu, entant qu'elle est partie de ceste honnestf-lé laquelle l'Apostre nous recommande*: elle est des hommes, entant qu'elle nous monstre spécialement et par exprès, ce qui avoit seulement esté louché en général par l'Aposire. Par cest exemple nous pouvons estimer ce que nous devons juger de tout le reste, l.a somme est, Puis que Dieu a lidèlement comprins en sa Parole, et nous a plenement déclairé quelle est toute la vraye reigle de justice, toute la façon de le bien servir, et tout ce qui esioit nécessaire pour nosire salut, il le faut avoir pour nosire seul Maistre en cela. Quant à la discipline externe et aux cérémonies, il ne nous a point voulu ordonner en particulier, et comme de mot à mot comment il nous faut gouverner : d'autant que cela dépendoit de la diversité des temps, et qu'une mesme forme n'eust pas esté propre ny utile à tous aages. Doucques il nous faut avoir recours à ces reigles générales que j'ay dites : c'est asçavoir que tout se face honneslemcnt et par ordre en l'Eglise. Finalement, pource que Dieu n'en a rien dit par exprès, d'autant que ce n'esloyent point choses nécessaires à nostre salut, et qu'il est mestier d'en user en diverses sortes selon la nécessité, pour édification : nous avons à conclurre qu'on les peut changer, et en instituer de nouvelles, et abolir celles qui ont esté, selon qu'il est expédient pour l'utilité de l'Eglise. Je confesse bien qu'il ne faut pas innouver tout ce qu'on voudroit bien à chacunes fois ny à tout propos pour légère cause : mais la charité nous mouslrera trèsbien ce qui pourra nuire ou édilier, lar la(iuelle si nous souffrons d'estre gouvernez, tout ira bien.

31 Or l'office du peuple chrestien est, de garder les ordonnances qui auront esté faites à ceste lin, et compassées à ceste reigle, non point par superstition, mais en liberté de conscience, et toutes-

1) I Cor. XIV, *0.

fois se submettant volontiers h l'observation d'icelles. Or si c'est mal fait de les mespriser par nonchalance, ce seroit beaucoup pis de les violer par contumace et rébellion. Mais (luelle liberté de conscience, dira quelqu'un, pourra-on avoir quand on sera ainsi tenu de les observer? Je di que la conscience ne laissera point d'estre libre et franche, (juand on réputera que ce ne sont point ordonnances perpétuelles, ausquelles on soit astreint, mais que ce sont aides externes de l'infirmité humaine : desquelles combien que nous n'ayons pas tous besoin, toutesfois il nous en faut tous user, d'autant que nous sommes tous obligez les uns aux autres mutuellement d entretenir charité : ce (jui se pourra bien appercevoir aux exemples ci-dessus mis.

Quoy? y a-il quelque si grand mystère en la coiffure d'une femme, que ce soit un grand crime de sortir en la rue nue teste? Le silence luy est-il tellement commandé, qu'elle ne puisse parler sans grande oiTense? Y a-il une telle religion à fleschir le genouil, ou envelopper un corps mort, qu'on ne puisse laisser &s choses sans crime ? Non certes : car si la nécessité de son prochain la pressoit tellement qu'elle n'eust le loisir de se coiffer, elle ne pèche en rien si elle accourt nue teste pour luy aider: et l'heure arrive quelquesfois, qu'il luy vaudroit mieux parler que se taire. Et n'y a nul empeschement qu'un malade qui ne se peut agenouiller, ne prie tout droict.

Finalement, s'il n'y a point de drap pour ensevelir un mort, il vaut mieux l'enterrer nud, que de le laisser sans enterrer. INéantmoins pour nous gouverner bien en ces choses, nous avons à suyvre la coustume et les loix du pays oii nous vivoîis, et une certaine reigle de modestie, laquelle nous monstre que c'est qu'il faut suyvre ou éviter. En quoy si quelqu'un faut par oubliance ou inadvertance, il n'y a nul péché : si c'est par contemnement, son obstination est à réprouver. Pareillement il ne peut chaloir quels sont les jours et les heures, quel est le bnstiment de l'édifice, lesquels Pseaumes on chante en un jour ou en l'autre : mais il convient néantmoins que les jours et les

heures soyenl certaines, et le lieu capable pour recevoir tout le monde, si on a esgard à enlreienlr paix et concorde. Car quelles noises engendreroit la confusion de ces choses, s'il estoil loisible à chacun de changer à son plaisir les choses qui apparlienent à l'ordre publique? veu que jamais n'adviendroit qu'une mesme sentence pleust à tous, si les choses estoyent laissées incertaines au vouloir d'un chacun. Si quelqu'un vient répliquer, et veut estre plus sage qu'il ne faut, qu'il regarde s'il peut avoir raison devant Dieu. Touchant de nous, la parole de sainct Paul nous doit contenter, que nous ne sommes point adonnez a contention, ne les Eglises de Dieu^

32 II faut doncques avec bonne diligence prendre garde que quelque erreur ne surviene qui obscurcisse ou pollue la pureté de cest usage. Ce qui se pourra faire, si toutes les cérémonies desquelles on usera, emportent quelque utilité manifeste : si on n'en reçoit guères, et principalement si le Pasteur veille à fermer la voye par bonne doctrine à toutes faus- S*es opinions. Or ceste cognoissance fera, que chacun de nous aura sa liberté entière en toutes ces choses: et néanimoins que chacun volontairement imposera quelque nécessité à sa liberté, d'autant que l'honnestelé de laquelle nous avons parlé, ou la charité le requerra. D'avantage, elle sera cause que nous observe-

rons lesdites choses sans quelque superstition : et ne contraindrons les autres trop rigoureusement à les observer, que nous n'estimerons point le service de Dieu mieux valoir pour la multitude des cérémonies : qu'une Eglise ne contemnera point l'autre, pour la diversité de l'extérieure forme de faire : tinalement qu'en ne nous eslablissant point une loy perpétuelle, nous rapporterons à rédification de l'Eglise toute la tin et usage des cérémonies : selon l'exigence de laquelle édification nous soyons prests d'endurer, non-seulement que quelque cérémonie soit changée, mais que toutes celles qu'aurions eues au paravant, soyenl oslées et abolies. Car le temps présent nous donne expérience certaine, que selon l'opportunité du temps il est trèsbon de mettre bas aucunes observations, lesquelles de soy n'esloyent ne mal convenables, ne meschantes. Car il y a eu au temps passé tel aveuglement et ignorance, que les Eglises se sont arrestées aux cérémonies avec une opinion si corrompue et un zèle si obstiné, qu'à grand'peine on les pourioit bien purger des horribles superstitions ausquelles elles ont esté ensevelies, sans (lue beaucoup de cérémonies ne soyent ostées, lesquelles possible n'avoyent pas esté jadis instituées sans cause, et lesquelles de soy ne sont point à condamner d'impiété notable.

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