‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 241 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE X

son qu'on leur ameine, mais clie relient tousjours autliorilé : j'allégueray les paroles de sainct Augustin, ausqiielles il donne une nu'sme interprétalion (juej'ay fait. Le bercail du Soigneur, dit-il, a des Pasteurs, pariie ses enfans, partie mercenaires. Les Pasteurs qui sont enfans de Dieu, sont les vrais Pasteurs : toutesfois escoute comme les mercenaires aussi sont utiles. Car plusieurs ministres en l'Eglise cherclians leur proufit terrien preschent Jésus-Christ, et la voix de Christ est ouye de leur bouche : et les brebis suyvcnt non point le mercenaire, mais le Pasteur par le mercenaire. Escoutez comment le Seigneur nous a démonsirélesmcicenaires.Les Scribes, ditil, et Pharisiens sont assis en la chaire de 3Ioyse : faites ce qu'ils vous disent, mais ce qu'ils font, ne \b faites point. C'est autant comme s'il disoit : Escoutez la voix du Pasteur parles mercenaires:

car estans assis en ceste chaire, ils enseignent la Loy de Dieu. Pourtant Dieu enseigne par eux : mais s'ils veulent rien amener de leur propre, ne les oyez point, et ne faites pas ce qu'ils vous disent *.

27 ]\Iais pourtant qu'aucuns simples, quand ils entendent que les consciences des fidèles ne se doyvent lier par traditions humaines, et (|ue Dieu est en vain par icelles servy, pensent que ce soit une mesme raison des reigles qui sont mises pour tenir ordre en l'Eglise : il faut yci obvier à leur erreur. Certes il est facile de s'abuser en cest endroict, pourtant qu'il n'appert pas de prime face quelle différence il y a entre ces deux espèces : mais nous dcspescherons le tout si clairement que nul ne sera d'oresenavant déceu par la simiitude. Ayons premièrement ceste considération, c'est que si nous voyons estre nécessaire qu'en toutes compagnies des hommes il y ait (juelque police pour entretenir paix et concorde entre eux : si en toutes choses il faut qu'il y ait queUpie ordre pour conserver une honnesteté publique, et mesmes une hunianilé entre les hommes, que ces choses se doyvent principalement ob-

\) Aiigusl., In Joan. travt., XLVl.

server aux Eglises, lesquelles premièrement sont maintenues par bon ordre, et par discorde sont du tout dissipées. Par- (juoy si nous voulons Irèsbien prouvoir à la conservation de l'Eglise, il faut mettre diligence, que tout se face décentement et avec bon ordre, ainsi que le commande sainct Paul '. Or puis qu'il y a si grandes répugnances d'esprits et de jugement entre les hommes, nulle police ne S(,auroit consister en eux, si elle n'est arrestée par (juchiues certaines loix, et nul ordre ne s'y pourroit bien conserver, sans quelque certaine forme. Tant s'en faut que nous réprouvions les loix qui tendent à ceste lin, que mesmes nous affermons que sans icelles les Eglises seroyent incontinent dissipées et déformées. Car autrement il ne se pourroit faire (ce que sainct Paul requiert) que tout s'y feist décentemenl et par ordre, si l'ordre et l'Iionnesleié n'estoit conservée par quelque certaine forme. Néantmoins il faut tousjours songneusement prendre garde en telles observances, qu'elles ne soyent estimées nécessaires à salut, pour lier les consciences : ou qu'on n'y constitue l'iionneur et service de Dieu, comme si la vraye piété y estoit située.

28 Nous avons doncques une bonne marque et certaine, pour discerner entre les maudites consiilutions, desquelles nous avons dit que la vraye religion est obscurcie, et les consciences abysmées, et entre les sainctes ordonnances de l'Eglise, lesquelles tendent tousjours à l'un de ces buts, ou de garder quelque honnesteté en la compagnie des lidéles, ou d'entretenir paix et concorde entre eux. Or depuis qu'on a une fois cognu qu'une loy est mise pour reigle d'honnesleté, la superstition en est desjà osiée, en laquelle trébuschent ceux qui constituent le service de Dieu aux inventions humaines. D'avantage, puis qu'on a entendu qu'elle ne tend sinon au commun usage des hommes, et pour conserver entre eux charité : la fausse opinion d'obligation et de nécessité est renversée, laquelle tormente horriblement les con-

1) 1 Cor. XIV, 40.

INSTITUTIOM CHRESTIENNE.

sciences : quand on estime les tradilions eslre nécessaires à salul. Car pour avoir cesle cognoissance que venons de dire, on voit qu'il n'est question sinon de nourrir entre nous charité, en servant les uns aux autres. Mais il est expédient d'exposer encores plus clairement que c'est qu'emporte ceste honnesteté: ilem cest ordre dont parle sainct Paul. La (in de i'Iionnestetétend à cela, que quand on institue des cérémonies pour donner révérence et majesté aux Sacremens le peuple soit esmeu comme par une aide, à honorer Dieu. Secondement, qu'il y apparoisse une gravité et modestie. Quant à l'ordre, le premier point est, que les Prélats et Pasteurs sçachent quelle est la reigle de bien gouverner, et que le peuple soit exercé à obéissance et discipline. Le second est d'entretenir l'Eglise en bonne concorde, l'ayant disposée en bon estât.

29 Nous n'appellerons doncques Honnesteté, quand il n'y a qu'un spectacle frivole pour donner plaisir aux hommes, comme nous en avons l'exemple en toute la pompe dont usent les Papistes en tout le service de Dieu, qu'ils appellent. Car ils n'ont qu'une masque d'une belle apparence, laquelle est inutile et une superfluité sans fruit. Mais nous tiendrons pour honnesteté ce qui sera tellement reiglé pour donner révérence aux saincts mystères de Dieu, que le peuple en soit exercé à dévotion vrayement chrestienne, ou bien que l'acte auquel cela doit servir, en soit orné décentement: et qu'en tout on regarde l'édification, c'est asçavoir que les fidèles soyent admonestez parce moyen en quelle modestie, crainte et révérence ils se doyvent disposer à servir Dieu. Or les cérémonies ne sont point autrement exercices de piété, sinon qu'elles conduisent le peuple comme par la main à Jésus-Christ. Semblablement il ne nous faut point constituer l'ordre en ces pompes inutiles, qui n'ont rien qu'une vaine apparence : mais en une bonne police, laquelle oste confusion, contemnement et tous débats. De la première espèce nous en avons les exemples en sainct Paul, quand il défend de mesler des banquets profanes avec la

sacrée Cène de nostre Seigneur. Item, que les femmes ne se monstrent point en public à teste descouverte ^ Et en avons beaucoup d'autres quotidiens entre nous:

comme de prier publiquement à genoux, de ne traitter les Sacremens de nostre Seigneur irrévéremmenl, et d'une façon sordide et déshonnesle, de ne jetter les corps des hommes trespassez comme charongnes de bestes, mais les enterrer honnestement, après les avoir ensevelis.

Les exemples de la seconde espèce sont, d'avoir heures arrestées pour les prédications et oraisons publiques, et Sacremens : d'avoir aussi les lieux destinez à cela: les chants ou Pseaumes : item, le silence qui doit estre pour donner audience à la Parole, et que les femmes, suyvanl la défense de sainct Paul, ne présument d'enseigner^, et autres semblables. Principalement il nous faut mettre en ce rang les ordonnances qui concernent la discipline : comme le Catéchisme, les corrections, la façon d'excommunier, les jusnes communs, et autres telles. Et ainsi toutes constitutions de l'Eglise qu'on doit recevoir pour bonnes et sainctes, se peuvent rapporter à deux articles : c'est que les unes apparlienent aux cérémonies, les autres à la discipline et concorde.

30 Mais pource qu'yci il y a danger d'un coslé, que les Evesques cornus ne prenent occasion d'excuser leurs loix meschanteset tyranniques, comme ayans quelque couleur par ce que nous avons dit : de l'autre costé, qu'il n'y en ait d'aucuns, lesquels de peur de retomber en la malheureuse servitude où nous avons esté, ne rejettent clairement toutes ordonnances ecclésiastiques, quelques bonnes et sainctes qu'elles soyent : il me faut protester que je n'enten point d'approuver autres constitutions que celles qui sont fondées en l'authorité de Dieu, et tirées de l'Escriture, tellement qu'on les puisse totalement appeler Divines. Prenons exemple en la cousturae de nous agenouiller quand on fait les prières solennelles : sçavoir est si nous devons tenir cela pour tradition hu-

)) 1 Cor. XI, 22, 5.

2) 1 Cor. XIV, 34.

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