‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 244 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XI

vices, et usassent d'excommunicalion quand mestier seroit. C'est ce qu'entend sainct Paul, quand en l'Epistre aux Coriniliiens il nomme les gouvernemens'.

Item en l'Epistre aux Romains, quand il dit, Celuy qui préside, qu'il le face avec solicitude^. Car il ne parle point aux Magistrats ou gouverneurs terriens , veu qu'il n'y avoit nuls de Chrestiens pour lors : mais à ceux qm esloyent adjoincts aux Pasteurs pour le régime spirituel de l'Eglise. Seniblablement à Timoihée, il met deux espèces de Prestres : les uns qui travaillent en la Parole, les autres qui ne font point l'office de prédication, et toutesfois sont lidèles à s'acciuitter de leur devoir^. Par ceste seconde espèce il n'y a doute ([u'il n'entende ceux qui esloyent députez pour avoir esgard sur les mœurs, et corriger les délinquans par excommunication. Or ceste puissance de laquelle nous parlons, dépend toute des clefs, lestiuelles Jésus-Clirist a données à son Eglise, au dix-huitième de sainct Matthieu*. Car là il commande (|u'on admoneste au nom commun de tous, celuy qui aura mesprisé les admonitions privées de son frère : et s'il persévère en sa contumace, (ju'ùn le bannisse de la compagnie des tidèles. Or telles admonitions et corrections ne se peuvent faire sans v.ognoissance de cause. Pourtant il est requis qu'il y ait quelcjue jugement et(iuelque ordre. Ainsi doncques, si nous ne voulons casser et anéantir la promesse des clefs, et rejetter tant l'excommunication que les remiuistrances, et tout le reste qui s'ensuyt, il est nécessaire que nous donnions quelque jurisdiction à l'Eglise. Que les lecteurs observent bien qu'il n'est point là parlé en général de l'authoriié de la doctrine qui devoit eslre preschée par les Apostres, comme au seizième de sainct Matthieu, et au vingtunième de sainct Jehan ^ : mais que Jésus-Christ transfère pour l'advenir à son Eglise le droict et superintendance qui avoit esté jus(iues alors en la synagogue des Juifs. Car ce peuple-là avoit eu tousjours sa façon de gouverner, de laquelle

)) 1 Cor. XII, 28.

3) 1 Tiin. V, 17.

B) M.llli.XVI, 19; Jean XXI, 15.

2) Rom. XII, 8.

*) Mallh. XVIU, 17.

Jésus-Christ veut qu'on use en la compagnie des siens, moyennant qu'on retiene la pure institution. Or il use de menace eslroite contre les contredisans, pource que le jugement de son Eglise, la(|uelle devoit estre contempiible : et sans nulle monstre, pouvoit eslre autrement mesprisé par gens téméraires et orgueilleux. Et alin que les lecteurs ne se troublent de ce que Jésus-Christ parlant de choses diverses, use de mesmes mots, il sera expédient de soudre ce nœud. Il y a doncques deux passages qui parlent de lier et deslier. Le premier est au seizième de sainct Matthieu, où nostre Seigneur Jésus, après avoir promis à sainct Pierre de luy donner les clefs du Royaume des cieux, adjouste incontinent. Tout ce que tu auras lié en terre, sera lié au ciel : et pareillement, ce que tu auras deslié, sera deslié : par lesquelles paroles il ne signifie autre chose que ce qu'il dit en sainct Jehan, quand il envoyé prescher ses disciples. Car après avoir soufflé sur eux, il leur dit, Les péchez seront remis à ceux ausquels vous les aurez remis : et ceux ausquels vous les aurez retenus, ils seront retenus'. J'anuneray une interprétation de ce passage, qui ne sera pas trop subtile, ne contrainte ou forcée, mais simple, vraye et convenable. Ce mandement de remettre et retenir les péchez, et la promesse faite à sainct Pierre de lier et deslier, ne se doyvent rapporter à autre fin qu'au ministère de la Parole, lequel nostre Seigneur ordonnant à ses Apostres, pareillement leur commettoit l'office de lier ou deslier. Car quelle est la somme de l'Evangile, sinon que nous tous estans serfs de péch^ et de mort, sommes délivrez et affranchis par la rédemption qui est en Jésus Christ? Au contraire, que ceux qui ne recognoissent et ne reçoyvent Christ pour leur libérateur et rédempteur, sont condamnez à éternelle prison? Nostre Seigneur baillant à ses Apostres ceste ambassade à porter par toutes les nalions de la terre, pour monstrer (ju'elle estoit siene, procédante et ordonnée de soy, l'a honorée de ce noble lesmoignage : et ce pour une sin-

1) Jean XX, 23.

gulière consolation , tant des Apostres que des auditeurs, ausquels ceste ambassade devoit esire apportée. Il convenoit certes que les Apostres eussent une grande et lerine asseurance de leur prédicaiion, laiiuelle ils avoyent non-seulement à entreprendre et exécuter avec intinis labeurs, solicitudes, travaux et dangers, mais finalement à signer et sceller de leur propre sang. C'estoit doncques raison qu'ils eussent cesie certitude, (ju'elle n'estoit pas vaine ne frivole : mais plene de vertu et puissance. Kt estoit bien besoin qu'en telles angoisses, difBcultez et périls ils fussent asseurez qu'ils faisoyent l'œuvre de Dieu : afin que tout le monde leur contrevenant et résistant, ils cognussent que Dieu estoit pour eux : et que n'ayant point l'autheur de leur doctrine Christ présent à l'œil en terre, ils entendissent (ju'il estoit au ciel pour confermer la vérité d'icelle. D'autre part, il faloil iju'il fust trèscertainement tesiilié aux auditeurs, qu'icelle doctrine n'estoit pas parole des Apostres, mais de Dieu mesme : et que ce n'estoit pas une voix née en terre, mais procédante du ciel. Car ces choses ne peuvent eslre en la puissance de l'homme, c'est asçavoir la rémission des péchez, promesse de vie éternelle, message de salut. Christ doncques teslilie qu'il n'y avoit en la prédication évangélique rien des Apostres, sinon le ministère : que c'estoit-il, lequel par leurs bouches, comme par instrumens, parloit et promeltoit tout : que la rémission des péchez, laquelle ils annonçoyent, estoit vraye promesse de Dieu, la damnation laquelle ils dénonçoyent, estoit certain jugement de Dieu. Or ceste teslificalion a esté donnée pour tous temps, et demeure encores ferme, pour nous rendre tous certains et asseurez, que la parole de l'Evangile, de qui qu'elle soit preschée, est la propre sentence de Dieu, publiée en son siège, escrite au livre de vie, passée, ratifiée et confermée au ciel. Ainsi, nous entendons que la puissance des clefs est simplement la prédication de l'Evangile : et mesmes n'est pas tant puissance que ministère, si nous avons esgard aux hommes. Car Christ n'a pas donné proprement aux hommes ceste

puissance, mais à sa Parole, de laquelle il a fait les hommes ministres.

2 L'autre passage est esciit en sainct Matthieu, où il est dit, Si aucun de tes frères ne veut escouler l'Eglise, qu'il te soit comme Gentil et profane ^ En vérité, en vérité je vous di, que tout ce que vous aurez lié en terre, sera lié au ciel : et ce que vous aurez deslié, sera deslié. Ce lieu n'est pas du tout semblable au premier, mais a quelque différence : toutesfois nous ne les faisons pas tellement divers, qu'ils n'ayent grande afTiiiité et similitude ensemble. Premièrement, cela est semblable en tous les deux, que l'une sentence et l'autre sont générales, et la puissance de lier et deslier est par tout une, c'est asçavoir par la Parole de Dieu : un mesme mandement de lier et deslier, une mesme promesse. Mais en cela ils diffèrent, que le premier spécialement appartient à la prédication, ù laquelle sont ordonnez les ministn-s de la Parole : le second s'entend de la discipline des excommunications, laquelle est permise à l'Eglise. Or l'Eglise lie celuy qu'elle excommunie : non pas qu'elle le jrtte en ruine et désespoir perpétuel : mais pourtant qu'elle condamne sa vie et ses mœurs, et desjà l'adveriit de sa damnation, s'il ne retourne en la voye. Elle deslié celuy qu'elle reçoit en sa communion, d'autant qu'elle le fait comme participant de l'unité qu'elle a en Jésus-Christ. Alin doncques (jue nul ne contemne le jugement de l'Eglise, et estime chose légère d'estre condamné par la sentence des fidèles, nostre Seigneur testitie que tel jugement n'est autre chose que la publication de sa sentence, et que tout ce qu'ils auront fait en terre, sera ralilié au ciel. Car ils ont la Parole de Dieu, par laquelle ils condamnent les mauvais et pervers : et ils ont la mesme Parole, pour recevoir en grâce ceux qui retournent à amendement : et ne peuvent faillir ne discorder du jugement de Dieu, puis qu'ils ne jugent que par sa Loy : laquelle n'est pas opinion incertaine ou terrienne, mais sa saincte volonté cl oracle céleste. De ces deux passages, ces furieux selon leur

1) Mallli. XYIII, 17.

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