LIVRE IV, CHAPITRE XII
forçoit de le faire déposer : et fusl vernie ii bout de son eiitreprinse, s'il fiist venu au palais impérial pour démener là sa cause. Il nie doncques que l'Empereur soit juge compétent d'une si haute matière : ce que la nécessité du temps requéroit, et comme aussi la vérité est. Car il avoit ce jugement, que plustosl il devoit mourir, que de soutTrir qu'un tel exemple fiist introduit en l'Eglise par son consentement : et toutesfois si on y ensi procédé par violence , il n'éusf point voulu résister. Car il dit qu'il n'appartient point à un Evesque de maintenir par armL'S la fof et le droict de l'Eglise. Quant est des autres affaires séculiers, il proteste d'estre prest à faire ce que l'Empereur luy voudra commander : S'il demande qui'Uiue tribut, dil-il, nous ne luy refusons point : les possessions de l'Eglise payent tribut. S'il demande mesmes le fond, il a puissance de le prendre : nul de^nous ne s'y opposnra. Saiucl Grégoire aussi parle en semblable manière : Je sçay bien, dil-il, l'aff^eclion de nostre trèsbon seigneur l'Empereur, qu'il n'a point accoustumé de s'entremettre des causes appartenantes aux Prestres, de peur d'estre chargé de nos péchez '. Il n'exclud pas du tout l'Empereur qu'il n'ait à juger sur les Prestres : mais seulement remonstre qu'il y a quelques causes, lesquelles il doit réserver au jugement ecclésiastique.
<(3 Et mesmes par ceste exemption les saincts personnages n'ont cherché autre
chose, sinon de prévenir à ce que les Princes, qui ne seroyent pas trop bien affectionnez à la Chrestienté , n'empeschassent l'Eglise ii faire son office. Car iisn'esloyent point marris si quelquesfois les Princes interposoyenl leur aulhorité en choses ecclésiasti(iues, moyennant qu'ils le feissent pour conserver l'ordre de l'Eglise, non pas le Iroub'er: et pour establir la discipline, non pas la ruiner. Car d'autant que lEglise n'a point authorité de contraindre, et mesmes ne la doit api'éter (je parle de contrainte actuelle) c'est l'office des bons Princes, de maintenir la ('hrestienté par bonnes loix, statuts et corrections. Suyvant ceste raison, saiiict Grégoire conferme le commandement de l'Empereur Maurice, qu'il 'avoit fait à quelques Evesqucs, leur enjoignant de recevoir leurs voisins Evesques, qui avoyent esté déchassez de leurs sièges par les Barbares. Saint Grégoire doncquis exhorte iceux Evesques à luy obéir. Et de faict, quand le mesme Empereur l'admoneste de se réconcilier avec l'Evesque de Constantinoble, il rendit bien la raison pourquoy il ne le devoit faire, sinon avec bonne condition : mais il n'allégua point son immunité, pour dire qu'il fust exempt de l'auihorité impériale : au contraire il confesse en son épistre, que Maurice avoit fait ce qui convenoit à un bon Prince, en commandant aux Evesques d'estre unis ensemble : et promet de faire tout ce qu'il pourra en bonne conscience ^