‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 248 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XI

do se faire advoc.it d'une cause si désespérée, pour gralilior à son niaislre. Laurent Valle avoii desjà assez réfuté ceste fable, comme il estoil aisé à un liomnie docte et d'esprit aigu , combien qu'il n'eust pas dit fout ce qui pouvoil servir à l'argument, d'autant qu'il n'estoit pas fort exercé, ny en l'Escrilure, ny en ce qui concerne la religion et Testât de l'Eglise. Voyci Steuchus qui se jelie aux cbamps, et apporte des b:idinages sans goust ne saveur, pour esbiouir les yeux du monde en une chose si claire. Au reste, il démeine si froidement cesie cause, que quelque plaisant qui se voudroit mocquer parleroil un mesme langage. Mais la cause mérite bien que le Pape achète tels procureurs pour la défendre. Et ces vileius qui loent leurs langues à blasphémer, sont dignes d'estre frustrez du gain qu'ils ont prétendu.

4 3 Au reste, si quelqu'un désire de sçavoir de quelle source est procédé cest Empire controuvé : il est à noter qu'il n'y a pas encores cinq cens ans que les Papes estoyent sujets des Empereurs, el jamuis Pape n'estoit créé sans l'aulhorilé de l'Empereur. Le changement vint du temps de Grégoire VU : lequel estant desjà disposé de soy-mesme à ce faire, prinl occasion par la folie de l'Empereur He-nri IV' de ce nom. Car ce Henri, avec beaucoup d'autres insolences et actes désordonnés qu'il faisoil : vendoit communément les Eveschez d'Alemagne, ou bien les distribuoit en sa cour comme prnye. Parquoy Hildebrand, c'est-à-dire le Pape Grégoire, lequel avoit esté picqué de luy, prinl une couverture honiieste el favorable pour s'en venger. Car d'aillant qu'il sembloil advis qu'il avoit bonne cause el licite, de vouloir corriger les sacrilèges de l'Empereur, plusieurs s'adjoignirent à luy pour luy aider. D'autre co^té l'Empereur Henri, à cause de son mauvais gouvernement n'estoit guères aimé de la plus grande panie des Princes. En la lin Hildebrand, qui se nommoit Grégoire, monstre sa malice, comn)e c'estoit un mesclianl et lasche vilein. Parquoy, ceux qui avoyeni conspiré avec luy, l'abandonnèrent. Toulesfois si

feil-il tant que ses successeurs non-seulement peussenl s'exemjjler de sujétion, mais tenir les Empereurs en leurs liens. De|)uis, il est advenu que plusieurs Empereurs ont esté plus semblables à Henri qu'à Jules César. Ainsi, il n'a point esté difficile de les douter et mallcr : veu qu'ils se reposoyent ù leur aise en leur maison, et sans souci, pendant qu'il eust esté besoin de réprimer vertueusement la convoilise des Papes, laquelle s'augmentoit de jour en jour. Nous voyons de quelle couleur est phalerée ceste belle donation de Constantin, par laquelle le Pape fait à croire que l'Empire d'Occident luy est acquis.

1 i Depuis ce temps-là les Papes n'ont jamais cessé de chasser lousjours, pour prendre en leurs filets seigneuries et jurisdictions, et occuper le bien d'autruy, maintenant par fines caulèles, maintenant par desloyauté, maintenant par guerres : mesmes en la fin ils ont réduit en leur sujétion la ville de Rome, laquelle esloit lousjours demeurée en sa liberté : et cela fut fait il n'y a encores que cent et (rente ans, ou environ. Brief, ils ont lousjours continué à s'augmenter , jusques à ce qu'ils ont monté en la puissance laquelle ils obtienent aujourd'liuy : pour laquelle maintenir et augmenter, ils ont jà par l'espace de deux cens ans (car ils avoyent commencé devant qu'usurper la domination sur la ville) tellement troublé la Chrestienté, qu'ils l'ont quasi du tout deslruile. Il adveint du temps de sainct Grégoire, que les gouverneurs des biens ecclésiastiques se mirent par force en possession actuelle de quelques biens qui appartenoyent à l'Eglise, mettans l'armoirie en signe de vendicaiion, à la couslume des Princes : sainct Grégoire ayant assemblé un Concile provincial reprinl asprement ceste façon profane. Il demanda aux assistans s'ils ne tenoyent point pour excommunié un homme d'Eglise qui altenleroit de ce faire, ou bien un Evesque qui le commanderoit, ou qui le souffriroit sans en faire punition : tous respondirent que c'estoit un acte méritant excommunication ^ Or niainlenant.

1) Regist.,\ib. IV, cap. LXXXVIII.

je demande, Si c'est un si grand crime d'avoir vendiqué une possession apparlenaiile de droi(:;t à l'Eglise, seulement quand le Clei'gé s'entremet de ce faire par sa propre aulliorité, combien faudroit il d'excommunications pour suffisamment punir les Papes, qui desjà par l'espace de cinq cens ans ne machinent autre chose que guerres , elfusion de sang, meurtres d'armées, pillages, ou saccagemens de villes, destructions de peuples, ruines de royaumes, seulement pour attraper à eux les biens d'autruy? Certes c'est chose claire qu'ils ne cherchent rien moins que la gloire de Christ : Car (juand ils résigneroyent de leur bon gré toute ia puissance séculière qu'ils ont, et s'en démettroyent, cela n'emporteroit nul préjudice ny à la gloire de Dieu, ny à la vraye doctrine, ny au salut de l'Eglise. Mais ils sont enragez d'une cupidité desbridée de dominer : et pour ceste cause pensent que tout soit perdu, sinon qu'ils dominent en rigueur et se faisans craindre, comme dit le Prophète Ezéchiel ^

15 A la jurisdiction est conjoincle l'immunité , de laquelle se glorilie le Clergé romain. Car il leur semble advis qu'on leur feroit tort et injure, de les faire venir devant un juge terrien en causes personnelles : et pensent que tant la liberté que l'iionneur de l'Eglise gist en cela, qu'ils soyent exempts de la justice commune. Or les Evesques anciens, qui autrement estoyent assez grans zélateurs à maintenir le droict de l'Eglise, n'ont point estimé que leur droict' lust aucunement amoindry, s'ils estoyent sujets aux juges laïcs, quant aux causes civiles. El de faict, les Empereurs chrestiens ont tousjours usé sans contredit, de leur puissance sur le Clergé. Car Yoyci comme parle Constantin aux Evesques oe Nicomédie, Si quelqu'un des Evesques fait quelque trouble par sa folie, son audace sera réprimée par la main du ministre de Dieu : c'est-à-dire par la miene ^ Et Valentinien dit ainsi en quelque épistre : Les bons Evesques ne dé- . tractent point de la puissance de l'Empe-

1) Ezéeh. XXXIV, 4.

2) Refertur Theodorit., lib. I, cap. XX.

reur : mais de bon cœur gardent les commandemens de Dieu souverain P>oy, et obéissent à nos ordonnances K Brief, celaesloit persuadé à chacun de ce tempslà sans aucune difficulté. Il est bien vray que les causes ecclésiastiques estoyent réservées au jugement de l'Evesque et des Prestres : Comme pour exemple, si quelque clerc n'eust rien commis contre les loix, mais seulement eust déiinqué en son office, il n'estoit point adjourné au tribunal commun, mais avoit son Evesque pour juge. Semblablement s'il y avoit ([uelque controversie et quelque question de la foy, ou autre qui apparteinst proprement à l'Eglise, icelle en ('.ognoissoit. Et faut ainsi entendre ce qu'escrit sainct Ambroise à l'Empereur Valentinien : Feu vostre Père, dit il, de bonne mémoire, non-seulement a respondu de bouche, mais a aussi ordonné par édits, que des dilférens de la foy, ceux en devoyent juger qui auroyent l'office et la dignité. Item, Si nous regardons tant l'Escriiure que les exemples anciens, qui est-ce qui niera qu'en cause de la foy les Evesques doyvent juger des Empereurs chresliens, et non pas les Empereurs des Evesciues? Item, Je fusse venu à vostre Consistoire, Sire, si les Prestres et le peuple l'eussent permis, disans qu'une cause de la foy se doit trailter en l'Eglise en la présence du peuple ^. En ces passages il maintient bien qu'une cause spirituelle, c'est-à-dire touchant la Chreslienlé, ne se doit point tirer en justice terrienne, où se débaient les causes profanes du monde : et en cela il n'y a nui qui ne loue et ne prise sa constance. Toutesfois encores qu'il ait bon droict, si est-ce qu'il proteste que quand l'Empereur y viendroit par force, il voudroit céder ; Je ne quitteray, dit-il, jamais de mon gré le lieu qui m'est commis : mais si je suis contraint, je ne sçay que c'est de répugner. Car nos armes sont prières et larmes ^. Notons comment ce sainct personnage use d'une singulière prudence et modération, avec sa constance et hardiesse. Justine mère de l'Empereur, d'autant qu'elle ne le pouvoit attirer à l'hérésie des Arriens, s'ef-

1) Theodorit., lib, IV, cap. VUI. 2) Epist. XXXU. 3J Homil. de Bastiic. tradend.

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