‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 274 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XIV

infections : et ce Invement esloit Jésus- Clirist : par le sang tliniuel nous sommes purgez el montliliez, par les |)layesdu(iu('l nous sommes guairis, icllcmenl que nos souillcnres sont cachées, afin que nous appori ions une vraye pureté (levant Dieu '. Les sacrilices les argnoyeni el convainquoyent de leurs péchez et inicjuilé, et ensemble leur enscignoyeni (|u'il leur estoit nécessaire (jue quehpie satisfaction en fust faite à la justice de Dieu : et que pourceil seroil un grand Prestre etEvesque, !>îédiateur entre Dieu et les hommes, lequel conlenteroit icelle justice de Dieu par effusion de sang et immolation d'un sacrilice lequel se; oit acceptable pour la rémission des péchez. Ce grand Prestre a esté Jésus-Christ, l'effusion a esté de son sang, luy-mesme a esté le sacrilice ^. Car il s'est offert au Père, obéissant jusques à la mort : par laquelle obéissance il a aboi y la désobéissance de l'homme ^. qui avoii provoqué et irrité l'indignation de Dieu.

'22 (Juand à nos deux Sacremens, ils nous présentent d'autant [lus clair.ement Jésus-Christ, qu'il a esté manifesté de plus près aux hommes, depui:- que vrayement il a esté donné el révélé tel qu'il avoit esté promis du Père. Car le Baptesme nous rend tesnioignage que nous sommes purgez et lavez : et la Cène de l'Eucharistie, que nous sommes rachetez.

En l'eau nous est figurée ablution : au sang, satisfaction. Ces deux choses sont trouvées en Jésus-Christ: lequel, comme dit saincl Jehan, est veim en eau et en sang *, c'est-à dire, pour purger et racheter. De ce est tesmoin l'Esprit de Dieu : ou plustost trois en sont tesmoins ensemble, L'eau, le sang et l'Esprit. En l'eau et au sang nous avons le tesnioignage de nosire purgation et rédemption : et le sainct Esprit, qui est principal tesmoin, nous approuve certainement ce tesnioignage, nous le fait croire, entendre el recognoistre : car autrement ne le pourrions comprendre. Ce haut mystère nous a bien esté monsiré, quand du sacré costé de Jésus-Christ pendant en la croix, /

1) Hëb. IX, ), U; t Jean I, 7 ; Apoc. 1, 6; 1 Pierre II, 24.

i) Héb. XIV, U; V, 5; IX, 11.

a) Phil. II, 8 ; Rom. V, 19. *) 1 Jean V, 6.

est sailly sang et eau *. Lequel costé â ceste cause sainct Augustin a trèsbien dit esire la source et fontaine dont sont issus nos SaïUTinens ^, des(iuels il nous faut encorcs un peu plus amplement trait ter. D'avantage, il n'y a nulle doute, si on compare un temps avec l'autre, que la grâce du saincl Esprit ne se monstre yci plus amplement. Car cela est bien convenable pour magnilier la gloire du règne de Christ : comme il appert de plusieurs passages, el surtout du chapitre VII de sainct Jehan. Il faut prendre en ce sens le dire de sainct Paul, qu'il n'y a eu qu'ombre sous la Loy, et que le corps est en Christ *. Car son intention n'est pas d'anéantir l'cffect des signes anciens, ausquels Dieu s'est voulu monsirer véritable envers les Pères, comme aujourd'huy envers nous au Baplesn;e et en la Cène : mais il a voulu magnilier par comparaison ce qui nous est donné, alin que nul ne s'esbahist de ce que les cérémonies de la Loy ont esté abolies à i'advénenient de Christ.

23 Au surplus, ce que les Docteurs de l'eschole mettent une grande différence entre les Sacremens de la vieille et nouvelle Loy, comme si les premiers n'eussent que li^uré en l'air la grâce de Dieu, les seconds la donnoyeni présentement :

ceste doctrine est du tout à rejetter.

Car l'Apostre ne parle point plus haute menl des uns que des autres, enseignant que nos Pères de l'Ancien Testament ont mangé une mesnie viande spirituelle que nous * : et expose que ceste viande a esté Christ. Qui est-ce qui osera dire le signe vuide et sans substance, qui démonslroit aux Juifs la vraye communion de Jésus- Christ? Et à ceci aide la circonstance de la cause que démeine l'Apostre en ce passage-là. Car afin qu'aucuns sous ombre de la grâce de Dieu ne conlemnent sa justice, il propose les exemples de sa rigueur et sévérité, comme il l'a déclairée sur les Juifs. Et afin que nul ne se peust préférer, comme s'il avoit quelque privilège d'avantage, il prévient ceste objection, les rendant du tout pareils à nous.

1) Jean XIX, 3i.

i) Homil. inJoann., XX, et sxpe aliai.

3) Col. U, 17. K) 1 Cor. X, S.

Et notamment il monstre ceste équalité aux Sacremens, qu'ils sont communs tant aux uns comme aux autres. Et de faict, il n'est pas licite d'attribuer plus au Baptesme, que le mesme Apostre attribue en un autre lieu ùla Circoncision, l'appelant Seel de la justice de foy^ Pourtant tout ce que nous avons aujourd'huy en nos Sacremens, les Juifs l'avoyent anciennement aux leurs, asçavoir Jésus-Christ avec ses richesses spirituelles. Et la vertu qu'ont nos Sacremens a esté aux anciens, asçavoir d'estre signes et confirmations de la bonne volonté de Dieu pour le salut des hommes. S'ils eussent bien entendu la dispute démenée en l'Epistre aux Hébrieux, ils ne se fussent pas ainsi trompez : mais pource qu'ils lisoyent que les péchez n'ont point esté effacez par les cérémonies légales, mesmes qu'il n'y a point eu vertu aux ombres anciennes pour apporter justice ^ laissans la comparaison qu'ils devoyent bien noter, ils se sont attachez à ce mot, que la Loy n'a de rien |)roufité à ses observateurs. Ainsi ont pensé qu'il n'y eust que des ligures vaines et vuides de substance. Or l'intention de l'Apostre est simplement d'anéantir la Loy cérémoniale, sinon d'autant qu'elle est réduite à Christ, duquel elle prend toute son efficace.

24 Mais on pourra alléguer ce qu'il dit aux Romains, de la Circoncision : asçavoir, qu'elle n'est en aucune réputation par soy^ et ne proufite à rien devant Dieu ^ : où il semble qu'il la face beaucoup inférieure au Baptesme : ce qui n'est pas vray. Car toutes les choses qui sont là contenues, se pourroyeni aussi à bon droict dire du Baptesme : mesmes en sont dites premièrement par sainct Paul, quand il enseigne que Dieu ne se soucie point de l'ablution externe'', sinon que le courage soit purgé par dedans, et persévère en pureté jusques en la tin.

Secondement par sainct Pierre, quand il tesmoigne que la vérité du Baptesme ne gist pas en la purgation extérieure, mais en la bonne conscience ^. Mais on répliquera, qu'il semble bien advis qu'en un

1) Rom. IV, 11. 2) Hébr. X, 1.

3) Rom. 11,25; 1 Cor. VU, 19; G»l. VI, 15. ») 1 Cor. X, 5. 5) 1 Pierre !U, 21.

autre lieu il mesprise du tout la Circoncision faite de main d'homme, la comparant à la Circoncision spirituelle de Christ *. Je respon que ce passage-là ne dérogue non plus à sa dignité. Sainct Paul dispute là contre ceux qui contraîgnoyent les tJdèles à se circoncir, comme si c'eust esté chose nécessaire, combien que la Circoncision estoit desjà abolie. Il admoneste doncques les fidèles de ne s'amuser plus à ces ombres anciennes, mais à la vérité : Ces Docteurs, dit-il, vous pressent que vous soyez circoncis en vos corps. Or vous estes circoncis spirituellement tant selon le corps que selon l'àme : vous avez doncques une fermeté qui est beaucoup meilleure que l'ombre. Or quelqu'un pourroit répliquer à rencontre, qu'il ne faloit point pourtant mespriser la ligure, combien qu'on eust la chose : veu que les Pères de l'Ancien Tcstamenl avoyent esté circoncis d'esprit et de cœur, et toutesfois le Sacrement ne leur avoit point esté superflu. Il anticipe doncques ceste objection, en disant que nous sommes ensevelis avec Christ par le Baptesme. En quoy il dénote que le Baptesme est aujourd'huy aux Chrestiens, ce qu'estoit aux anciens la Circoncision : et par ainsi qu'on ne peut contraindre les Chrestiens à estre circoncis, sans faire injure au Baptesme.

25 Mais on fera encores un autre argument, que puis après il adjouste que toutes les cérémonies judaïques ont esté ombres des choses advenir, et que le corps est en Christ mesme. Ce qui est traitté depuis le chapitre VU de l'Epistre aux Hébrieux jusques en la fin du X% est encores plus apparent à ce propos : veu que là il est dit que le sang des bestes brutes n'attouchoit point à la conscience. Item que la Loy avoit seulement l'ombre des biens advenir, non pas l'effigie expresse. Item, que les observateurs de la Loy mosaïque ne pouvoyent par icelle obtenir perfection ^. Je respon, comme desjà ci-dessus, que sainct Paul n'appelle point les cérémonies, Ombres, comme si elles n'eussent rien eu de ferme ne de solide : mais pource que l'acccomplisse-

1) Col. II. 11.

2) Héb. IX, 9 ; X, 2, 4.

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