‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 275 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XIV

mfinl d'icelles estoit suspendu jusques à la manilestalion de Christ. Je di d'avanlage, qu'il ne iraitie point de l'efficace ou vertu des cérémonies, mais pluslost de la façon de signitier. Car jusques à ce que Christ a esté révélé en chair, les Sacremens du Vieil Testament l'ont tiguré comme absent : combien qu'il ne laissast point de faire sentir en iceux la présence de sa grâce et de soy-mesme à ses fidèles. Mais le principal qui est à noter, c'est que sainct Paul ne parle pas simplement de la cliose, mais a esgard ù ceux contre lesquels il dispute. Pource doncques qu'il combatoit contre les faux apostres, qui consliluoyent la Chrestienté aux seules Cérémonies, sans avoir esgard ù Christ, il suffisoit pour les réfuter, de déduire que c'est que valent les cérémonies par soy. C'est aussi le but qu'a regardé l'autheur de l'Epistre aux Hébrieux. Qu'il nous souviene doncques qu'il n'est point yci question des cérémonies prinses en leur signitication vraye et naturelle, mais destournées en une fausse interprétation et perverse : que la dispute n'est point de l'usage légitime d'icelles, mais de l'abus de la superstition. Ce n'est pas doncques de merveille si les cérémonies eslans ainsi séparées de Christ, sont despouillées de toute vertu : car tous les signes sont réduits à néant, quand la chose signifiée en est ostée. En ceste manière Jésus-Christ ayant affaire avec ceux qui n'estimoyent autre chose de la Manne, sinon que ç'avoit esté une viande pour repaislre le ventre, accomode et conforme sa parole à leur rudesse, disant (ju'il leur donnera une meilleure viande pour les nourrir en l'espérance d'immortalité ^ Si quelqu'un veut avoir la solution plus clairement, voyci où revient la somme. Pour le premier, toutes les cérémonies qui ont esté en la Loy de Moyse, ne sont que fumée et vanité, si on ne les rapporte à Christ. Secondement, que Christ en a tellement esté le but et 'la lin, que quand il a esté révélé en chair, elles ont deu cesser et estre cachées. Finalement, qu'il faloit qu'elles fussent abolies à l'advénement de Christ : tout

1) Jean VI, 27.

ainsi que l'ombre s'esvanouit quand la pleneclairté du soleil domine. Toulesfois pource que je diffère à tenir plus long propos de ceste matière au lieu où j'ay délibéré de comparer le Baptesme avec la Circoncision, je la louche maintenant plus briefvement.

26 Possible esi que ce que ces povres Sophistes sont tombez en cest erreur, est qu'ils ont esté trompez et abusez par les excessives louanges des Sacremens , qu'on lit es anciens Docteurs: comme est ce que dit sainct Augustin, que les Sacremens de la vieille Loy prometloyent seulement salut : mais que les nostres le donnent ^ Or n'appercevans point que telles manières de parler estoyent hyperbolique, c'est-à-dire excessives, ils ont aussi de leur part semé et divulgué leurs conclusions hyperboliques:

mais ce du tout en autre sens que les Anciens ne l'avoyent prins en leurs escrits. Car en ce lieu-là sainct Augustin n'a pas voulu dire autre chose, que ce que luy-mesme en un autre passage escrit : c'est asçavoir, les sacremens de la Loy mosaïque avoir préannoncé Jésus- Christ, et les nostres annoncé^. Item contre Faustus Manichéen, Qu'iceux contenoyent promesses des choses à venir, ceux-ci sont enseignes des choses accomplies ^, comme s'il disoit que ceux-là ont figuré Jésus-Christ quand encores on l'attendoit à venir : mais que les nostres le monstrent présent, après qu'il est desjà venu et nous a esté donné*. Or il parle de la façon de signifier, comme on le peut cognoistre par un autre lieu , quand il dit, La Loy et les Prophètes ont eu des Sacremens pour dénoncer au paravant ce qui estoit à venir, nos Sacremens annoncent que ce qui estoit lors promis est advenu ^ Touchant de l'efficace et de la vérité, il démonstre bien en plusieurs passages ce qu'il en a senty :

comme quand il dit les Sacremens des Juifs en signes avoir esté divers : mais en la chose qui est signiflée, avoir esté

1) In proœmio enarationis Psalin. LXXIII.

2) Quaest. si/p. Num. cup. XXXIII, lib. XIX, cjp. XIV

3) Contra lit. l'elil., lib. 11, cap. XXXYII.

4) Homil. in Jodnv., XXVI.

5) Ilcmil. in Joann., XLV.

pareils: divers en visible apparence, pareils et uns en verlu et efficace spirituelle. Item , Noslre foy et celle des Pères est une on signes divers, voire en signes divers comme en paroles diverses : car les mots changent leurs sons selon la diversité des temps : et les paroles n'ont autre effect que les signes. Les Pères doncques anciens ont beu un mesme bruvage spirituel que nous, combien que leur bruvage corporel lust autre. Ainsi les signes ont esté changez, sans le changement de foy. La pierre leur esloit adoncques Jésus-Christ : et ce qui nous est présenté à l'autel, c'est Jésus Ciirist. Ce leur a esté un grand mystère que l'eau qu'ils ont beue venant de la pierre , les fidèles sçavent ce que nous beuvoiis. Si on regarde l'apparence visible, il y a ditîérence : si on regarde la signification intérieure, c'est tout un. Item, Noslre viande et nostre bruvage est un avec celuy des Pères anciens, quant au Mystère : c'est-à-dire, quant à ce qui est signifié, non pas quant au signe apparent. Car c'est un mesme Jésus-Christ qui leur a esté figuré en la pierre, et qui nous a esté manifesté en chaire Jusquesycij'ay récité les tesmoignages de sainct Augustin. Au reste, je confesse bien qu'il y a quelque différence quant à ce point , entre les Sacremens anciens et les noslres. Car comme ainsi soit que tant les uns que les auires testifient que l'amour paternelle de Dieu nous est otferte en Christ, avec les grâces du sainct Esprit,

les nostres en rendent un tesmoignage plus clair et évident. Semblabloment Jésus-Christ s'est bien communiipié aux Pères par les signes anciens, mais il se commuiiicpie plus plenement à nous par ceux qu'il nous donne, selon que le requiert la nature du Nouveau Testament, au pris du Vieil. Et c'est ce que le mesme Docteur a voulu dire, lequel j'allègue volontiers entre les auires , comme le plus lidèle et le plus certain : asçavoir, que depuis la révélation de Jésus-Christ Dieu nous a donné des Sacremens moins en nombre qu'il n'avoit fait au peuple d'Israël, plus éminens en signification, et plus excellens en vertu ^ 11 est bon que les lecteurs soyent advertis en passant encoresd'un point : c'est que tout ce que les Sophisies ont gazouillé de l'œuvre œuvrée, qu'ils appellent en leur gergon, non-seulement est faux, mais répugnant à la nature des Sacremens : lesquels Dieu a instituez, afin que nous eslans desprouveus de tous biens, venions vers luy pour mendier, n'apportans rien qui soit qu'une simple confession de nostre disette. Dont il s'ensuyt qu'en recevant les Sacremens nous ne méritons aucune louange: et mesmcs, pource que c'est un acte passif au regard de nous, qu'il n'est licite de nous y rien attribuer. J'appelle Acte passif, pource que Dieu fait le tout, et seulement nous recevons. Or les Sorbonistes veulent que nous y ouvrions de noslre coslé, afin que nous ne soyons pas sans mériter en partie.

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