LIVRE IV, CHAPiTRE XV
projiosé de Dieu pour iionseslre signe el enseigne de iiosire purgalion : ou pour le mieux expliquer, il nou.-; est envoyé de iuy eonuiie une lellre patente signée et seeilée, par UKjuelle il nous mande, confernu^ et asseure (pie tous nos péeliez nous sont tellement remis, couverts, abolis et effacez, qu'ils ne viendront jamais à estrc regardez de Iuy, ne seront jamais irmis en sa souvenance, et ne nous seront jamais de iuy imputez. Car il veut (jue tous ceux qui auront creu soyent baptisez en la rémission de leurs péchez. Parquoy ceux qui ont osé eserire que le tîaptesme n'est autre chose qu'une marque et enseigne, par laquelle nous protestons devant les hommes nostre religion , ainsi qu'un homme d'armes porte la livrée de son Prince, pour s'advouer de Iuy, n'ont pas considéré ce qui est le principal au Baptesme, c'est que nous le devons prendri; avec ceste promesse , que tous ceux qui auront creu et seront baptisez, auront sainte
2 !l faut entendre en ce sens ce qui a esté escrit de sainct Paul : que l'Eglise a esté sanctiliée et mondifiée par son Espoux Jésus-Christ , par le Baptesme (l'eau, en la parole de vie ^. Et en un autre lieu, que selon sa miséricorde nous avons esté sauvez par le lavement de régénération et rénovation du sainct Esprit *. Et ce aussi qui a esté escrit par sainct Pierre , que le Baptesme nous sauve*. Car sainct Paul n'a pas voulu signitier nostre ablution et nostre salut estre parfait par le moyen de l'eau, ou l'eau contenir la vertu pour purger, régénérer ou renouveler: ne sainct Pierre aussi n'a pas voulu dire que l'eau soit la cause de nostre salut, ^hds seulement ils ont voulu signifier, qu'on reçoit en ce Sacrement asseurauce de telles grâces :
ce qui est assez évidemment expliqué par leurs paroles mesmes. Car sainct Paul conjoinct ensemble la parole de vie, qui est l'Evangile, et le Baptesme de l'eau : comme s'il disoit, par l'Evangile nostre ablution et nostre sanctification nous estre annoncée : et par le Baptesme ce message estre signé et scellé. Et sainct
l),Marc XVI, 16.
3) Tile III, 5.
ï) Eplié?. V, 56.
4J 1 Pierre III, 21.
Pierre après avoir dit que le Baptesme nous sauve, adjousle ineonlineiit, ce Baptesme n'estre pas lenettoyemenl des ordures du corps, mais la boinie conscience envers Dieu, la(pielle vient de foy. fliais au contraire, le Baptesme ne nous promet autre purilication (pie par l'aspersion du sang de Clirisl, lequel est figuré par l'eau, pour la f-imiiilude qu'il a avec icelle de laver et nettoyer. Qui est-ce doncques (jui dira que nous sommes puriliez par ceste eau, hupielle testilie le sang de Christ estre nostre vray lavement et unique^? Tellement qu'on ne pourroil trouver meilleur argument pour léfuter l'erreur de ceux qui rapportent tout à la vertu de l'eau, qu'en remonsirant quelle est la signification du Baptesme, laquelle nous relire tant de l'élément visible que nous voyons à l'œil, que de tous moyens d'acquérir salut, pour nous faire plenement arresler à Jésus-Chiist.
3 Et ne devons estimer que le Baptesme nous soit donné seulement pour le temps passé , tellement que pour les péchez ausquels nous rechéons après le Baptesme, il nous fale chercher autre nouveau remède. Je sçay que de cest erreur est provenu qu'aucuns anciennement ne vouloyent estre baptisez, sinon en la lin de leur vie et à l'heure de leur mort : aiin qu'ainsi ils obteinssent rémission plénière pour toute leur vie : laquelle folle faniasie est souvent reprinse des Evesques en leurs escrils. Mais il nous faut sçavoir qu'en quelque temps que nous soyons baptisez, nous sommes une fois lavez et purgez pour tout le ' temps de nostre vie. Pourtant toutes les fois que nous serons recheus en péchez, il nous faut recourir à la mémoire du Baptesme, et par icelle nous confermcr en icelle foy, que nous soyons tousjours certainset asseurezdela rémission de nos péchez. Car combien que nous ayant esté une fois administré, il semble qu'il soit desjà passé, toutesfois il n'est pas effacé par les péi:hezsubséquens. Car la pureté dé Jésus-Christ nous y est offerte, et elle à tousjours vigueur, tousjours dure, et ne
I) ) Pierre I, 2.
peut estre surmontée d'aucune macule, ains elle abolit et nettoyé toutes nos souilleures et immondicitez. Or de ce nous ne devons pas prendre occasion ne licence de plus facilement pécher à l'advenir. Car par ceci nous ne sommes point incitez à telle liardiesse : mais ceste doctrine est seulement donnée à ceux lesquels après avoir péché sont désolez et se plaignent, estans lassez et grevez sous le fais de leurs péchez : afin qu'ils ayent de quoy se relever et consoler, pour ne tomber point en confusion et désespoir.
A ceste cause sainct Paul dit que Jésus- Christ nous a esté fait propiciateur en la rémission des péchez précédens ^ En quoy il ne veut pas dire que n'ayons en luy rémission des péchez perpétuelle et continuelle jusques à la mort : mais il veut signifier qu'il a esté donné du Père aux povres pécheurs, lesquels blessez du cautère de conscience, souspirent après le médecin. A ceux-ci est offerte la miséricorde de Dieu : au contraire, ceux qui s'attendans à impunité, en cherchent et prenent matière et liberté de pécher, ils ne font qu'irriter contre eux l'ire et le jugement de Dieu.
4 Je sçay bien que l'opinion commune est que la rémission des péchez qui nous est donnée en nostre première régénération par le Baptesme, se reçoit puis après par pénitence et par le bénéfice des clefs : mais ceux qui parlent ainsi, faillent en ce qu'ils ne considèrent point que la puissance des clefs, dont ils font mention, dépend tellement du Baptesme, qu'elle ne s'en peut en nulle façon séparer. Il est bien vray que le pécheur obtient pardon de ses péchez par le ministère de l'Eglise , mais c'est en vertu de la prédication de l'Evangile. Et quelle est cette prédication? Asçavoir que nous sommes nettoyez de nos péchez par le sang de Christ. Or quel est le signe et tesmoignage de ce lavement, sinon le Baptesme? Nous voyons doncques comment ceste absolution se rapporte au Baptesme. Cest erreur nous a enfanté le Sacrement imaginaire de Pénitence , qu'on tient en la Papauté, duquel j'ay
1) Rom. III, U.
touché quelque mot ailleurs : et ce qui reste à en dire, je le réserve en lieu plus opportun. Or il ne se faut esbahir si ces docteurs de mensonges , lesquels selon leur bestise sont excessivement attachez à choses externes, se sont ainsi monstrez lourds en cest endroict : c'est qu'en ne se contentant point des signes ordonnez de Dieu, ils en ont forgé à leur poste : comme si le Baptesme , à parler proprement n'estoit point Sacrement de pénitence,. Or si nous devons continuer la pénitence que Dieu nous commande , toute nostre vie, il faut bien que la vertu du Baptesme s'estende jusques à ces limites-là. Pourtant il n'y a doute que les fidèles tout le temps de leur vie ne doyvent avoir recours à la souvenance de leur Baptesme, toutes fois et quantes que leur conscience les rédargue, afin d'avoir ferme fiance d'estre participansde l'ablution unique et perpétuelle, laquelle gist au sang de Jésus-Christ.
5 La seconde consolation* que nous apporte le Baptesme est , qu'il nous monstre nostre mortification en Jésus- Christ , et aussi nostre nouvelle vie en luy. Car, comme dit sainct Paul, nous sommes baptisez en sa mort, ensevelis avec luy en similitude de sa mort, afin que nous cheminions en nouveauté de vie ^ Par lesquelles paroles il ne nous exhorte pas seulement à une imitation de luy, comme s'il disoit que nous sommes admonestez par le Baptesme, afin qu'à quelque similitude et exemple de la mort de Jésus-Christ, nous mourions à nos concupiscences , et qu'à l'exemple de sa résurrection nous soyons ressuscitez à justice : mais il le prend bien plus haut, c'est asçavoir que Jésus-Christ par le Baptesme nous a fait participans de sa mort, afin que nous soyons entez en elle. Et comme une ente tire sa substance et nourriture de la racine où elle est entée, ainsi ceux qui reçoyvent le Baptesme en telle foy qu'ils doyvent, sentent vrayement l'efiQcace de la mort do Jésus-Christ en la mortification de leur chair : semblablement aussi de sa résurrection en leur vivitication d'esprit. Et de ce il prend
1) Rom. VI, 3, *.