LIVRE IV, CHAPITRE XV
après occasion et matière d'exhorter que si nous sommes Chrestiens, nous devons estre morts à péchez, et vivre à justice. 11 use de ce mesme argument en un autre lieu, où il dit que nous sommes circoncis, et avons despouillé le vieil homme, puis que nous sommes ensevelis avec Christ par le Baptesnle^ En ce sens il l'a appelé au passage que nous avons au paravant allégué, Lavement de régénération et rénovation^. Ainsi Dieu nous y promet pardon gratuit de nos péchez pour nous accepter comme justes, et secondement la grâce de son Esprit, pour nous reformer en nouveauté de vie.
6 Finalement nostre foy reçoit aussi ceste utilité du Baplesme, que non-seulement il nous certilie que nous sommes entez en la mort et en la vie de Christ : mais que nous sommes tellement, unis à luy, qu'il nous fait participans de tous ses biens. Car pour ceste cause il a dédié et sanctifié le Baptesme en son corps*, afin que ce fust un ferme lien de la société et union laquelle il a voulu avoir avec nous : tellement que sainct Paul prouve que nous sommes enfans de Dieu, d'autant que par le Baptesme nous avons vestu Christ'*.
Ainsi voyons-nous que l'accomplissement du Baptesme est en luy. Pour laquelle raison nous le nommons, Le propre object et le but auquel le Baptesme regarde. Parquoy ce n'est point de merveille si les Apostres ont baptisé en son nom ^ : combien qu'ils eussent eu le commandement de baptiser aussi au nom du Père et du sainct Esprit. Car tout ce qui est proposé au Baptesme des dons de Dieu, est trouvé en un seul Christ. Néantmoins il ne se peut faire que celuy qui baptise au nom de Christ, n'invoque pareillement le nom du Père et du sainct Esprit^. Car ce que nous avons nostre purgation au sang de Christ, c'est pourfariL que le Père de miséricorde nous voulant selon sa bonté incomparable recevoir à merci, nous met au-devant ce Médiateur, pour nous acquérir faveur envers luy. Et lors nous obtenons nostre régénération en sa mort
i) Col. Il, lî. î) Titc m, 5.
S) Mallh.Ul, 13. 4) Gai. 111, 27.
5) Act. YUI, le ; XIX, 5. (i) Malth. XXVm, 1».
et.en sa vie', si parla sanctification de l'Esprit il y a une nouvelle nature spirituelle édifiée en nous. Parquoy la cause tant de nostre purgation que de nostre régénération, se doit recognoislre estre en Dieu le Père : la matière au Fils : l'efficace au sainct Esprit. Ainsi premièrement sainct Jehan et puis les Apostres ont baptisé du Baptesme de pénitence en la rémission des péchez : entendans par ce mot de Pénitence, la régénération : et parla rémission des péchez, l'ablution 2. 7 Parquoy aussi il nous est fait trèscertain que c'a esté entièrement une mesme administration du baptesme, celle de sainct Jehan, et celle qui depuis fut donnée aux Apostres. Car le Baptesme n'est point fait divers, pource qu'il est administré de diverses mains, mais une mesme doctrine fait que le Baptesme est un*. Sainct Jehan et les Apostres ont consenty et accordé en une mesme doctrine. Ils ont tous baptisé en pénitence, tous en la rémission des péchez, tous au nom de Christ, duquel est la pénitence et la rémission des péchez. Sainct Jehan appelle Jésus-Christ l'Agneau de Dieu, par lequel estoyent ostez et effacez les péchez du monde*. En quoy il l'a confessé, advoué et tesmoigné estre le sacrifice agréable au Père, estre Propiciateur, estre Sauveur. Que pouvoyent les Apostres plus adjouster à ceste confession?
Certes rien : car elle est plene , et entière. Pourtant que nul ne se trouble de ce que les Anciens s'efforcent de distinguer un Baptesme de l'autre. Car leur authorité ne nous doit point estre de si grande foy, qu'elle face vaciller la raison de l'Escriture. Qui est-ce qui accordera plustost avec Chrysostome, niant que la rémission des péchez ait esté comprinse sous le Baptesme de sainct Jehan, qu'avec sainct Luc affermant le contraire, que Jehan a presché le Baptesme de pénitence en la rémission des péchez^. Ceste subtilité de sainct Augustin n'est non plus à recevoir, quand il dit que par le Baptesme de Jehan les péchez ont esté remis en es-
1) Jeao 111,6.
ïl Malth. m, 6, 11; Luc III, 16; Jean lU, S8; IV, I.
3) Ad. II, 38, 41. 4) Jean I, 28, 29.
b) Homi7. iaUaUh., XIV; Luc 111, î.
IN STIT UTiON CHREST î ENNE .
pérancp, mais qu'au Baptesme de Christ ils sonl remis de faict^ Car liuis que l'Evaiigélislc tesmoigne clairement que Jehan a baptisé en la rémission des péchez, quel niestier est-il d'amoindrir la grâce de son Baptesme, quand nulle nécessité n'y contraint? Que si quelqu'un y cherche dilférence par la Parole de Dieu, il n'y en trouvera nulle autre, sinon que J-f'lian haptisoit au nom de celuy qui devait venir : les Apostres au nom de celuy qui s'esloit desjà manifesté^.
8 Ce que les grâces du sainct Esprit ont esté plus abondamment eslargies après la résurrection de Jésus-Christ, cela ne fait rien pour establir quelque dive'rsité entre les Baplesmes. Car le Baptesme que distribuoyent les Apostres du temps qu'ils conversoyent encores en terre, esloit renommé de luy : et néantmoins n'avuii point plus grande abondance de l'Esprit, que le Baptesme de Jehan ^. El niesmes après l'Ascension, les Samaritains, combien qu'ils soyent baptisez au nom de Jésus, ne reçoyverit point autres grâces qu'avoyent receu l.'S (idèles au temps précédent, jusquos à ce que Pierre et Jehan leur sont envoyez, pour leur imposer les mains. Ce que les Anciens ont estimé que le Baptesme de Jehan n'estoit qu'une préparation ù celuy de Christ, je pense qu'ils se sont abusez de ce qu'ils lisoyent ceux qui avoyent receu le Baptesme de Jehan avoir esté derechef baptisez par sainct Paul''? i^lais combien leur intelligence a esté fausse, il apparoislra ci-après. Qu'est-ce doncques que Jehan dit, que luy il baptise en eau, mais que Jésus-Christ devoit venir, qui baptiseroil au sainct Esprit et en feu^? Ceci peut esire briefvement déclairé. Car il n'a pas voulu distinguer l'un des Baptesmes de l'autre : mais il a fait comparaison de sa personne à celle de Jésus-Christ. Et s'est dit esire ministre de l'eau, et Jésus estre le donateur du sainct Esprit : et qu'il déclaireroit ceste vertu par miracle visible au jour qu'il envoyeroit le sainct Esprit à ses Apostres sous langues de feu. Que se sont peu attribuer les
1) De Boplismo, contra Donatist., !ib. V, cap. X.
2) Jean III, 16. 3) Act. VIH, H, 17.
Acl.XlX,3, 5. 5) Maltb. lu, 11.
Apostres outre cela? et que se pourroyent attribuer d'avantage ceux (pii baptisent encores aujourd'huy .f' Car ils sont tous seulement minisires du signe extérieur : mais Jésus-Christ est autheur de la grâce intérieure. Cumine aussi les anciens Docteurs le confessent, et principalement sainct .\ugustin, lequel use de ce principal appuy contre les Donatistes. que (piels que soyent les minisires du Baptesme, Jésus-Christ néantmoins y préside.
9 Ces choses que nous avons desjà dites de la moriilication, et puis de l'ablu-' tion ou purgalion , ont esté iigurées au peuple d'Israël : lequel à ceste cause sainct Paul dit avoir esté baplisé en la nuée et en la mer^ La moriilication a esté tigurée, quand en les délivrant de la puissance et de la cruelle servitude de Pharaon, il leur feit voye par la mer lîouge, et submergea Pharaon et les Egypiiens leurs ennemis (|ui les poursuyvoyent. Car en ceste manière: au Buptesme il nous promet, et par signe nous démonstre et asseure que par sa vertu et puissance nous sommes délivrez de la captivité d'Egyple, c'est-à-dire de la servitude de péché ^ : et que nostre Pharaon, qui est le diable, est submergé : combien qu'encores ainsi il ne cesse point de nous exercer et fascher. M;ns comme cest Egyptien noyé ne demeura point au profond de la mer, ains estant rejette au rivage faisoit peur aux enfans d'Israël, qui le voyoyent si espovan table, combien qu'il ne leur pouvoit nuire, ainsi certes cest ennemi infernal monstre ses armes, et se fait sentir, mais il ne peut vaincre. En la nuée a esté ligurée la purgalion. Car comme lors nostre Seigneur les couvrit d'une nuée^, leur donnant rafraîchissement, afin qu'ils nedéfailiissent et fussent corrompus par la trop asjire et véhémente ardeur du soleil : ains* au Baptesme nous est démonslré que nous sommes couvers et préservez par le sang de Jésus-Christ, afin que la rigueur du jugement de Dieu, laquelle est vrayement un feu et ardeur intolérable, ne tombe sur nous. Or combien que ce mystère ait esté pour lors obscur et cogiiu de peu de gens, toutes-
1) 1 Cor. X, 2.
3) Nomb. IX, 18.
S) Ex. XIV, 21, se.