‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 321 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XVIII

fureur, en si grande ra^e. Et vrayenient c'est une Héleine, avec laquelle ils paillartlent ainsi par spirituelle fornication, qui est sur toutes la plus exécrable. Je ne touche point yci seulement du petit doigt les lourds et gros abus, par lesquels ils pourroyent alléguer la pureté de leur sacrée Messe avoir esté profanée et corrompue : c'est asçavoir, combien ils exercent de vilenes foires et marchez : quels et combien illicites et déshonnestes sont les gains que font tels sacrificateurs par leurs I\Iissations : par combien grande pillerie ils remplissent leur avarice. Seulement je monstre, et ce en simples et peu de paroles, quelle est mesmes la sanctissime saincteié de la Messe, pour laquelle elle a mérité si long temps d'estre tant admirable, et d'estre tenue en si grande vénération.

Car il faudroit plus grand livre pour bien esclarcir et annoblir si grans mystères selon leur dignité. Et je ne veux point yci mesler ces vilenes ordures, lesquelles se monstrent devant les yeux de tous : alin que chacun entende que la Messe, prinse en son intégrité la plus exquise, et par laquelle elle peut le mieux eslre estimée, est depuis la racine jusques au sommet plene de toutes espèces d'impiété, de blasphème, d'idolâtrie, de sacrilège, sans considérer ses appendances et conséquences.

19 Les Lecteurs peuvent veoir yci en brief sommaire, tout ce que j'ay estimé qu'il faut sçavoir de ces deux Sacremens, desquels l'usage a esté donné à l'Eglise chrestienne dés le commencement du Nouveau Testament, jusques à la consommation du siècle : c'est asçavoir a(in que le Baptesme soit quasi comme une entrée en icelle Eglise, et une première profession de foy : et la Cène, comme une nourriture assiduelle, par laquelle Jésus-Christ repaist spirituellement les fidèles. Parquoy comme il n'y a qu'un Dieu, u\w foy, un Christ, et une Eglise qui est son corps : ainsi le Baptesme n'est qu'un, et n'est jamais réitéré. Mais la Cène est souvent distribuée, afin que ceux qui sont une fois receus et insérez en l'Eglise, entendent qu'ils sont continuellement nourris et repeus de Jésus-

Christ. Outre ces deux Sacremens, comme il n'y en a nul autre institué de Dieu, aussi l'Eglise des lidèles n'en doit recevoir nul autre. Car que ce ne soit chose qui appartiene à la puissance ou authorité des hommes, que de mettre sus n'instituer nouveaux Sacremens, il est facile à entendre, si nous avons souvenance de ce qui a esté assez plenement dessus déclairé, c'est asçavoir, que les Sacremens sont instituez de Dieu, à ce qu'ils nous enseignent de quelque siene promesse, et nous tesmoignent sa bonne volonté envers nous : si nous considérons aussi que nul n'a esté conseillier de Dieu \ qui nous puisse rien promettre certain de sa bonne volonté, ne qui nous puisse rendre certains et asseurez de quelle affection il est envers nous, ne dire que c'est qu'il veut donner, ne que c'est qu'il veut desnier. Car de ce il s'ensuyt que nul ne peut ordonner ou instituer signe, qui soit tesmoignage d'aucune volonté et promesse de Dieu. C'est luy seul qui en baillant signe, peut tesmoigner de soy envers nous. Je diray plus briefvement, et paraventure plus rudement, mais aussi ce sera plus apertement, Sacrement ne peut jamais estre sans promesse de salut. Tous les hommes assemblez en un, ne nous sçauroyent d'eux-mesmes rien promettre de nostre salut. Pourtant aussi ne peuventils d'eux-mesmes ordonner ne dresser aucun Sacrement.

20 Par ainsi, que l'Eglise chrestienne soit contente de ces deux : et non-seulement n'en admette, approuve, ou recognoisse pour le présent, mais n'en désire, n'attende jamais jusques à la consommation du siècle, nul autre troisième. Car ce qu'aucuns divers furent ordonnez aux Juifs, selon la succession des temps, outre ceux-là qu'ils avoyent ordinaires (comme la Manne, l'eau sortant de la pierre, le serpent d'airain et autres semblables ^} c'estoit afin que par celle variété ils fussent admonestez de ne se point arrester à telles figures desquelles Testât n'estoit point de durée, mais qu'ils

1) Is. XL, 13; Rom, XI, 34.

2) Ex. XVI, (4 ; XVII, 6; 1 Cor. X, 3; Nomb. XXI,, 8; Jean ni, 14.

attendissent de Dieu quelque meilleure chose, qui demeureroit sans mutation et sans fin. Nous avons bien autre raison, nous ausquels Jésus-Clirist est révélé et manifesté, qui a en soy tous les thrésors de science et sapience cachez et colloquez en si grande abondance et affluence ^ Car d'espérer ou requérir quelque nouvelle augmentation à ces thrésors, ce seroit vrayement tenter Dieu, l'irriter et provoquer encontre nous. Il nous faut seulement avoir faim de Jésus-Christ, le chercher, le regarder, l'apprendre, le retenir, jusques à ce que ce grand jour viendra, auquel nostre Seigneur manifestera plenement la gloire de son Règne : et se monstrera à veoir à nous apertement quel il est ^ Et pour ceste raison le temps où nous sommes est désigné et signifié aux Escritures, par la dernière heure, par les derniers jours, par les derniers temps ^ : afin que nul ne se trompe par aucune vaine attente de quelque nouvelle doctrine ou révélation. Car souventesfois et en plusieurs manières le Seigneur ayant au paravant parlé par les Prophètes, en ces derniers jours a parlé en son Fils bien-aimé *, lequel seul nous peut manifester le Père ^, et de faict le nous a manifesté entant qu'il nous estoit expédient , nous estant fait le miroir auquel nous avons à le contempler *. Or comme cela est osté aux hommes, qu'ils

ne puissent faire n'ordonner de nouveaux Sacremens en l'Eglise de Dieu, aussi il seroit à désirer qu'en ceux-ci mesmes qui sont instituez de Dieu, on ne meslast que le moins qu'il seroit possible d'invention humaine. Car comme le vin se perd et afifadit par l'eau, et toute la farine s'aigrit par le levain, ainsi la pureté des mystères de Dieu n'est rien que souillée et gastée , quand l'homme y adjouste quelque chose du sien. Et toutesfois nous voyons combien les Sacremens ainsi qu'on en use aujourd'huy, sont dégénérez de leur nayve pureté. Il y a par tout trop plus qu'il ne faudroitde pompes, de cérémonies, de bastelleries : mais ce pendant on ne fait aucun conte ne mention de la Parole de Dieu, sans laquelle les Sacremens mesmes ne sont pas Sacremens. Et les cérémonies mesmes qui y ont esté instituées de Dieu, ne peuvent en si grande multitude d'autres apparoistre, mais sont mises bas comme opprimées. Combien peu voit - on au Baptesme cela qui seulement y devoit reluire et apparoistre, c'est asçavoir le Baptesme mesme? La Cène a esté du tout ensevelie : quand elle a esté transformée et convertie en Messe : sinon qu'une seule fois l'an elle est aucunement veue, mais deschirée, découpée, despartie, brisée, divisée et toute difformée.

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