‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 344 sur 346 · LIVRE IV, CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRE XX

mettons-nous au devant cesii; pensée, • qu'il n'est pas en nous de remédier à tels maux : mais qu'il ne reste autre cliose^ que d'implorer l'aide de Dieu, en la main duquel sont les eœurs des Rois : et les I mutations des royaumes. C'est le Dieu qui s'asserra entre les dieux, et aura le jugement sur eux *. Au seul regard duquel irébuscheront et seront confus tous Rois et Juges de la terre, qui n'auront baisé son Christ ^, qui auront escrit loix iniques pour opprimer au jugement les povres, et dissiper le bon droict des foibles, pour avoir les vefves en proye. et piller les orphelins '^

30 Et en ceci apparoist bien sa merveilleuse bonté, puissance et providence.

Car aucunesfois il suscite manifestement quelques-uns de ses serviteurs, et les \ arme de son mandement pour faire punitions d'une domination injuste, et délivrer de calamité le peuple iniquement affligé : aucunesfois il convertit et tourne à cest ouvrage la fureur de ceux qui pensent ailleurs , et machinent autre chose. En la première manière il délivra le peuple d'Israël par Moyse, de la tyrannie de Pharaon : et par Othoniel, il le tira hors de la puissance de Chusam Roy de Syrie '' : et par autres tant Rois que Juges, il l'affranchit de diverses sujétions et servitudes. En la seconde manière il réprima l'orgueil de Tyr par les Egyptiens : la hautesse des Eiiyptiens, par les Assyriens : l'insolence des Assyriens, par les Chakléens : l'outrecuidance de Rabylon par les Médois el Perses, depuis que Cyrus eut donté les 3Iédois :

l'ingratitude des Rois de Judée et Israël, tant par les Assyriens que par les Babyloniens. Tant les uns que les autres estoyent ministres et exécuteurs de sa justice : néantmoins il y a grande différence des uns aux autres. Car les premiers, d'autant qu'ils estoyent appelez de Dieu par vocation légitime à entreprendre tels affaires en rebellant contre les Rois ne violoyent point la majesté royale qui Içur estoit donnée de Dieu : mais ils corrigeoyent une puissance inférieure par

1) Dan. IX, 7 ; Piov. XXI, 1 ; Ps. LXXXII, 1.

2) Ps. Il, 12. 3) Is. X, 1,2.

4) Ex. III, 8; Jug. III, 9, et les cha|nlres sui'ans.

une plus grande : tout ainsi qu'il est licite à un Roy de chastier ses lieutenans et officiers. Les seconds, combien qu'ils fussent addressez par la main de Dieu où bon luy sembloil, et que sans leur sceu ils parfeissent son ouvrage, toutesfois ils n'avoyent autre pensée en leur cœur, que de mal faire.

31 Or combien que ces actes, quant à ceux qui les faisoyenl, fussent bien divers : car les uns les faisoyent estans asseurez qu'ils faisoyent bien, et les autres par autre zèle (comme nous avons dit) toutesfois noslre Seigneur tant par les uns que par les autres exécutoit pareillement son ouvrage, en rompant les sceptres des meschans Rois, et renversant les dominations outrageuses. Que les Princes entendent à ces choses, et s'en estonnent. Et nous ce pendant néantmoins devons sur toutes choses nous garder que nous ne contemnions ou outragions l'aulhorité des supérieurs, laquelle nous doit estre plene de majesté, veu qu'elle est confermée par tant de sentences de Dieu : mesmes encores qu'elle soit occupée de personnes trèsindignes, et qui par leur meschancelé (entant qu'en eux est) la polluent. Car combien que la correction de domination désordonnée soit vengence de Dieu : toutesfois il ne s'ensuyt pas pourtant qu'elle ne soit permise et donnée en main, ausquels il n'est donné autre mandement que d'obéir et de souffrir. Je parle tousjours des personnes privées : car s'il y avoit en ce lemps-ci Magistrats constituez pour la défense du peuple, pour refréner la trop grande cupidité et licence des Rois (comme anciennement les Lacédémoniens avoyent ceux qu'ils appeloyent Ephores:

et les Romains, leurs défenseurs |)opulaires : et les Athéniens, leurs Démar-^ elles : et comme sont, possible, aujourd'huy en chacun royaume les trois estats quand ils sont assemblez :) à ceux qui seroyent constituez en tel estât, tellement je ne défendroye de s'opposer et résister à l'intempérance ou cruauté des Rois selon le devoir de leur office : que mesmes s'ils dissimuloyent, voyans que les Rois désordonnément vexassent le povre populaire, j'estimeroye devoir estre ac-

eok.

INSTITUTION GHRESTiENNE.

cusée de perjure telle dissimulation, par laquelle malicieusement ils traliiroyent la liberté du peuple, de laquelle ils se devroyent cognoislre estre ordonnez tuteurs par le vouloir de Dieu.

32 Mais en l'obéissance que nous avons enseigné estre deue aux supérieurs, il y doit avoir tousjours une exception, ou plustost une régie qui est à garder devant toutes choses : c'est que telle obéissarte ne nous desfourne point de l'obéissante de celuy, sous la volonté duquel il est raisonnable que tous les édits des Roy« se contienent, et que tous leurs com.uandemens cèdent à son ordonnance, et que toute leurhautesse soit humiliée et abOaissée sous sa majesté. Et pour dire vray, quelle perversité seroil-ce, atin de conlenter les hommes^ d'encourir l'indignation de celuy pour l'amour duquel nous obéissons aux hommes .f> Le Seigneur doncques est Roy des Rois, lequel incontinent qu'il ouvre sa bouche sacrée, doit estre sur tous, pour tous et devant tous escouté. Nous devons puis après estre sujets aux hommes qui ont prééminence sur nous, mais non I autrement sinon en luy. S'ils vienent à ; commander quelque chose contre luy, il • ï'ous doit eslre de nulle estime : et ne faut avoir en cela aucun esgard à toute la digniié des supérieurs : à laquelle on ne fait nulle injure, quand elle est submise et rangée sous la puissance de Dieu, qui est seule vraye au pris des autres. Selon cesle raison Daniel proteste n'avoir en rien offensé le Roy\ combien qu'il eust contrevenu à l'édict injuste publié de par luy, pource qu'en cela il avoit outrepassé ses bornes : et non-seulement estoit excessif contre les hommes, mais avoit levé les cornes contre Dieu, et en ce faisant s'estoit desmis et dégradé de toute authorité. A l'opposite, le peuple d'Israël est condamné en Osée, d'avoir obtempéré trop volontiers aux loix meschantes de son Roy ^: car après que Ja-

1) Dan. VI, 22.

2) Osée V, 11.

roboam eut fait faire les veaux d'or, en délaissant le temple de Dieu, tous les sujets luy voulans complaire s'estoyent par trop légèrement addonnez à ces nouvelles superstitions * : et y eut depuis une telle facilité en leurs enfans et successeurs à plier à l'appétit des Rois idolâtres, et se conformer à leurs façons de faire vicieuses. Le Prophète leur reproche asprement ce crime, d'avoir embrassé et receu l'édict royal : tant s'en, faut que la couverture de modestie que prétendent les Courtisans mérite louange, quand ils magnifient l'authoriié des Rois pour décevoir les simples : disans qu'il ne leur est pas licite de rien faire contre ce qui leur est commandé. Comme si Dieu en ordonnant des hommes mortels pour dominer, lear avoit résigné son droict ; ou bien que la puissance terrienne soit amoindrie quand elle est abbaissée en son rang inférieur sous l'empire souverain de Dieu, au regard duquel toutes principautez céleries tremblent.

Je sçay bien quel danger peut venir d'une telle constance que je la requier yci, d'autant que les Rois ne peuvent nullement souÛVird'estre abbaissez, desquels l'indignation (comme Solomon dit) est message de mort ^. Mais puis que cest édict a esté prononcé par le céleste héraut sainct Pierre : (ju'il faut plustost obéir à Dieu qu'aux hommes ^, nous avons à nous corsoler de ceste pensée : que vrayement nous rendon*^ lors à Dieu telle obéissance qu'il la demande, quand nous souffrons plustost toutes choses :

que déclinions de sa saincte Parole. Et encores à ce que le courage ne nous défaille, sainct Paul nous picque d'un autre aiguillon : c'est que nous avons esté achetez par Christ : aussi chèrement que luy a cousté nostre rédemption, afin que ne nous adonnions serfs aux mauvaises cupiditez des hommes , et beaucoup moins à leur impiété *.

1) 1 Rois XU, 30.

3) Act. V, 29.

2) Prov. XVI, ik.

4) 1 Cor. VU, 23.

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