‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 39 sur 346 · LIVRE \\\, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE \\\, CHAPITRE IV

sur soy la peine qui nous esloit deuf, pour effacer la mémoire de nos offenses devant Dieu. Dont il s'ensuyt que nous ne pouvons estre partieipans de la purgalion par luy faite, si nous ne Iny laissons eniièrement l'honneur que luy ravissent ceux qui tendent d'appaiser Dieu par leurs récompenses.

27 II y a yci deux choses à considérer. Premièrement, que l'honneur qui appartient à Christ luy soit gardé en son entier : secondement, que les consciences estans asseurées du pardon de leurs péchez, ayent repos avec Dieu. Isaïe dit que le Père a mis en son Fils les iniquitez de nous tous : afin que par sa playe nous fussions guairis*. Ce que sainct Pierre répétant en autres mots, dit que Christ a soustenu en son corps sur le hois tous nos péchez*. Sainct Paul enseigne que le péché a esté condamné en sa chair, quand il a esté fait péché pour nous : c'est-àdire, que toute la force et malédiction de péché a esté occise en sa chair, quand il a esté donné pour nous en sacrifice, sur lequel tout le fardeau des péchez, avec sa malédiction, et exécration, avec le jugement de Dieu et damnation de mort, fust jette'. Yci on n'oit point ces fables et mensonges, que depuis le Baptesme nul de nous n'est participant de la vertu de la mort de Christ, sinon entant qu'il satisfait par pénitence de ses péchez.

Mais l'Escriture nous rappelle, toutesfois et quantps que nous avons péché , à la satisfaction unique de Christ. Que doncques leur maudite doctrine soit considérée, asçavoir que la grâce de Dieu besongne seule en la première rémission : s'il nous advient après de cheoir^ que nos œuvres coopèrent pour obtenir pardon.

Si cela avoit lieu , comment pourroyent convenir à Christ les tesmoignages que nous avons récitez? Combien grande différence y ail, de dire que nos iniquitez ayent esté mises en Christ, pour estre purgées en luy : et qu'elles savent nettoyées par nos œuvres? Que Christ soit propiciation pour nos péchez : et qu'il fale appaiser Dieu par nos œuvres? Or s'il est question de donner repos à la

conscience, quelle tranquillité luy sera-ce d'entendre qu'il fale ra<heler les péchtz par satisfaction ? Quand sera-ce qu'elle sera asseurée de l'accomplissement de sa satisfaction? Elle doutera donc^iues tousjours si elle a Dieu propice , et sera en forment et horreur perpéiuellc. Car ceux qui se contentent de satisfactions légères, mesprisent trop la justice de Dieu : et ne réputenl pas assez combi-'U est griefve la faute de péché, comme nous dirons en un autre passage. Et encores que nous leur accordions que quelques pécliez se peussent racheter, toutesfois que feroyent-ils estans chargez de tant, a la satisfaction desquels cent vies, k ne faire autre chose, ne pourroyent suffire? Il y a aussi un autre point : c'est que par tout où il CNt parlé de la pure gratuité de Dieu en pardonnant les péchez, le propo-» ne s'addresse point à ceux qui ne sont point encores baptisez , mais aux enfans de Dieu, lesquels ont esté régénérez et nourris long temps au sein de l'Eglise. Ceste ambassade que sainct Paul magnifie si hautement, disant. Je vous prie au nom de Dieu, réconciliez vous à Dieu* : n'est pas pour les estrangers, mais pour ceux qui desjà longtemps avoyent esté domes- ! tiques de l'Eglise. Ce pendant en mettant bas toute satisfaction, et leur commandant de s'en déporter, elle les renvoyé à la croix de Christ. Pareillement ce qu'il ; escritaux Colossiens, que Jésus-Christ a pacifié par son sang ce qui estoit au ciel jet en terre', ne se restreint pas à une I minute de temps, quand nous sommes receus en l'Eglise : mais à tout le cours de la foy. Ce qui est mieux esclarci par la procédure du texte, où il dit que les ' fidèles ont rédenqition par le sang de Christ ? asçavoir, rémission de leurs péi chez. Combien que c'est chose superflue ' d'amasser beaucoup de tesmoignages, I lesquels se rencontrent ça et là.

28 Ils prenent yci un refuge d'une frij vole distinction : c'est asçavoir que des péchez, les uns sont mortels, les autres véniels : qu'aux premiers il gist une grande satisfaction, que les seconds se peuvent purger par remèdes faciles :

0 is. un, v-6.

3) Rom. VUl, î;Gal.IU, 13.

i) \ Pierre H, ii.

S) 4 Cor. V, ÎO.

î)Col.I, V).

comme par l'Oraison dominicale en prenant de l'eau bénite, et par l'absolution de la messe. Voylà comment ils se jouent et se mocquent de Dieu. Mais combien qu'ils ayenl sans cesse en la bouche les noms de péché mortel et véniel, ils n'ont encores sceu toutesfois discerner l'un de l'autre : sinon que de l'impiété et souilleure du creur humain (qui est le plus horrible péché devant Dieu) ils font un péché véniel. Nous au contraire, comme l'Escriture ((jui est la reigle du bien et du mal) nous enseigne, prononçons que le loyer de péché est mort, et que l'âme qui aura péché est digne de mort. Au reste, que les péchez des fidèles sont véniels : non pas qu'ils ne méritent la mort, mais d'autant que par la miséricorde de Dieu il n'y a nulle condamnation sur ceux qui sont en Jésus-Christ : d'autant que leurs péchez ne leur sont imputez, mais sont effacez par grâce. Je sçay combien ils calomnient ceste doctrine ; disans que c'est le Paradoxe des Stoïques, qui faisoyent tous les péchez pareils. Mais ils seront aisément convaincus par leur bouche mesme. Car je demande, Si entre les péchez qu'ils confessent estre mortels, ils n'en recognoissent pas un plus grand que l'autre. Il ne s'ensuyt pas doncques que les péchez soyent pareils, pourtant s'ils sont pareillement mortels. Or puis (jue l'Escriture détermine que la mort est le loyer de péché : et comme l'obéissance de la Loy est la voye de vie, aussi que la transgression est mort, ils ne peuvent eschapper ceste sentence. Quelle issue doncques trouveront ils de satisfaire en telle multitude de péchez? Si la satisfaction d'un péché se peut faire en un jour, ce pendant qu'ils seront à la faire ils en commettront plusieurs, veu qu'il ne se passe jour que le juste ne pèche plusieurs fois. Et quand ils voudront satisfaire pour plusieurs, ils en commettront encore d'avantage, jusques à venir à un abysme sans lin. Je parle encores des plus justes. Voylà la fiance de saiisfaire desjà oslée. Qu'est-ce qu'ils songent ou attendent?

comment osent-ils penser encores de satisfaire ?

29 Ils s'efforcent de se despestrer, mais Us n'en peuvent venir à bout. Ils se for-

gent une distinction de peine et de coulpe : et confessent que la coulpe se remet par la miséricorde de Dieu : mais la coulpe remise, ils disent que la peine reste, laquelle la justice de Dieu requiert estre payée : et pourtant, que les satisfactions appartienent à la rémission de la peine. Quelle légèreté est cela? Ils font maintenant la rémission de coulpe gratuite : laquelle ils commandent en autre lieu de mériter par prières, larmes et autres préparations. Mais encores tout ce qui nous est enseigné en l'Escriture combat directement contre ceste distinction : laquelle chose combien que je pense avoir esté trèsbien prouvée ci-dessus, toutesfois je produiray encores quelques tesmoignages : les(|uels, comme j'espère, eslreindront tellement ces serpens, qu'ils ne pourront pas seulement plier le bout de la queue. Ainsi que dit Jérémie, Ceste est l'alliance nouvelle que Dieu a faite avec nous en son Christ : qu'il ne se souviendra plus de nos iniquitez ^ Nous apprendrons de l'autre Prophète ce qui est entendu par cela : où le Seigneur dit. Si le juste desvoye de sa justice, il ne me souviendra plus de toutes ses justices. Si le pécheur se retire de son iniquité, il ne me souviendra plus de toutes ses fautes^. En ce qu'il dit qu'il ne se souviendra plus de la justice , il veut donner â cognoistre qu'il n'aura nul esgard aux bonnes œuvres, pour les rémunérer. Au contraire doncques , ne se point souvenir des péchez, c'est n'en prendre point punition. Ce qui est dit en un autre lieu. Les jetter derrière le dos, les effacer comme une nuée, les jetter au profond de la mer, ne les imputer point, et les avoir cachez *. Par telles formes de parler le sainct Esprit nous avoit assez clairement expliqué son sens, si nous nous rendions dociles à l'escouter. Certes si Dieu punit les péchez , il les impute : s'il en fait vengence, il s'en souvient: s'il les appelle en jugement, il ne les lient point cachez: s'il les examine, il ne les met point derrière le dos : s'il les regarde, il ne les a point effacez comme une nuée : s'il les met en avant, il ne les

1) Jér. XXXI, 31-3'.. 2) Eiocb. XVIII, ÎV, 27.

3) Is. XLIV, ÏJ; Mich. VU, 19; Ps. XXXII, 1.

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