‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 51 sur 346 · LIVRE III, CIUPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE III, CIUPITRE VI

iiieslior estoit-il que nousfussions délivrez de l'ordure et pollution en laquelle nous estions plongez, si nous voulons toute nostre vie nous vcautrer en icelle ? D'avantage elle nous admoneste que si nous voulons esire en la compagnie du peuple de Dieu, il nous faut habiter en Jérusalem sa saincte (nté'. Laquelle comme il l'a consacrée et dédiée à son honneur, aussi il n'est licite qu'elle soit contaminée et polluée par des habitans immondes et profanes. Dont vienent ces sentences, que celuy qui cheminera sans macule, ets'appliquera à bien vivre, habitera au tabernacle du Seigneur : pource qu'il n'est point convenable que le sanctuaire auquel il habite, soit infecté d'ordures comme une estable^.

3 D'avantage, pour nous plus esmouvoir, elle nous remonstre que comme Dieu s'est réconcilié à nous en son Christ : aussi il nous a constituez en luy comme un exemple et patron auquel il nous faut conformer^. Que ceux qui estiment qu'il n'y a que les philosophes qui ayeni bien et deuement traitté la doctrine morale, me monstrent une aussi bonne traditive en leurs livres, que celle que je vien de réciter. Quand ils nous veulent de tout leur pouvoir exhortera vertu, ils n'ameinent autre chose, sinon que nous vivions comme il est convenable à nature. L'Escriture nous meine bien en une meilleure fontaine d'exhortation, quand non-seulement elle nous commande de rapporter toute nostre vie à Dieu, qui en est l'au- Iheur : mais après nous avoir advertis que nous avons dégénéré de la vraye origine de nostre création, elle adjouste que Christ nous réconciliant à Dieu son Père, nous est donné commeun exemple d'innocence, duquel l'image doit estre représentée en nostre vie. Que sçauroit-on dire plus véhément, et de plus grande eflicace? Et mesmes qu'est-ce qu'on requerroit d'avantage ? Car si Dieu nous adopte pour ses enfans à ceste condition, que l'image de Christ apparoisse en nostre vie : si nous ne nous adonnons à justice et saincleté , non-seulement nous

11 Ps. XXIV, 3.

2) Ps. XV, 2 ; Is. XXXV, 8, et autre part.

3) Rom.Vi, 18.

abandonnons nostre Créateur par une desloyaulé trop lasche, mais aussi nous le renonçons pour Sauveur. Conséquemment l'Escriture prend matière de nous exhorter, de tous les bénéfices de Dieu, et toutes les parties de nostre salut : comme quand elle dit. Puisque Dieu s'est donné à nous pour Père, nous sommes à rédarguer d'une lasche ingratitude, si nous ne nous portons comme ses enfans*, Puis que Christ nous a puritiez par le lavement de son sang , et nous a communiqué ceste purification par le Baptesme, il n'y a ordre que nous nous souillions en nouvelle ordure^. Puis qu'il nous a associez et entez en son (torps, il nous faut songneusement garder que nous ne nous contaminions aucunement, veu que nous sommes ses membres^. Puis que luy qui est nostre chef, est monté au ciel, il nous convient de nous démettre de toute affection terrienne, pour aspirer de tout nostre cœur à la vie céleste *. Puis que le sainct Esprit nous consacre pour estre temples de Dieu, il nous faut mettre peine que la gloire de Dieu soit exaltée en nous, et nous donner garde de recevoir quelque pollution*. Puis que nostre âme et nostre corps sont destinez à l'immortalité du royaume de Dieu, et à la couronne incorruptible de sa gloire, il nous faut efforcer de conserver tant l'un comme l'autre pur et immaculé jusques au jour du Seigneur®. Voylà les bons fondemens et propres, pour bien constituer nostre vie : ausquels on n'en trouvera point de semblables en tous les philosophes. Car ils ne montent jamais plus haut, que d'exposer la dignité naturelle de l'hoamie, quand il est question de luy monstrer quel est son devoir.

4 II me faut yci addresser ma parole à ceux lesquels n'ayans rien de Christ sinon le tiltre, veulent néantmoins estre tenus pour Chrestiens. Mais quelle hardiesse est-ce à eux, de se glorilier de son sacré Nom, veu que nul n'a accointance

\) Mil. I, 6 ; Ephes. V, { ; I Jean lU, 1.

2) Epliés. V, 26 ; Heb. X, 10; 1 Cor. VI, 11 ; 1 Pierre I, 15, )9.

3) 1 Cor. VI, 15; Jean XV, 3 ; Ephés. V, 23.

4) Col. III, 1,2.

b) 1 Cor. III, 16 ; VI, 19; 2 Cor. VI, 16. 6) 1 Tbess. V, 23.

à luy, sinon celuy qui l'a droictement cognu par la parole de l'Evangile? Or sainct Paul nie qu'un homme en ait receu droicte cognoissance, sinon qu'il ait apprins de despouiller le vieil homme qui se corrompt en désirs désordonnez, pour estre vestu de Christ^ Il appert doncques que c'est à fausses enseignes que telle manière de gens prétendent la cognoissance de Christ : et luy font en cela grande injure, quelque beau babil qu'il y ait en la langue. Car ce n'est pas une doctrine de langue que l'Evangile, mais de vie : et ne se doit pas seulement comprendre d'entendement et mémoire, comme les autres disciplines, mais doit posséder entièrement l'àme, et avoir son siège et réceptacle au profond du cœur : autrement il n'est pas bien receu. Parquoy ou qu'ils s'abstienent de se vanter avec l'opprobre de Dieu, d'estre ce qu'ils ne sont pas : ou qu'ils se monstrent disciples de Christ. Nous avons bien donné le premier lieu à la doctrine, en matière de religion, d'autant qu'icelle est le commencement de nostre salut : mais il faut aussi que pour nous estre utile et fructueuse, elle entre du tout au dedans du cœur, et monstre sa vertu en nostre vie : voire mesmes qu'elle nous transforme en sa nature. Si les philosophes ont bonne cause de se courroucer contre ceux lesquels font profession de leur art, qu'ils appellent Maistresse de vie, et ce pendant le convertissent en un babil sophistique : combien avons-nous meilleure raison de détester ces babillars, lesquels se contentent d'avoir l'Evangile au bec, lemesprisant en toute leur vie? veu que l'efficace d'iceluy devroit pénétrer au profond du cœur, estre enracinée en l'àme cent mille fois plus que toutes les exhortations philosophiques, lesquelles n'ont pas grande vigueur au pris.

5 Je ne requier pas que les mœurs de l'homme chreslien ne soyent que pur et parfait Evangile : combien que cela soit à désirer, et se faut etforcer de le faire : toutesfois je ne requier point tant estroiiement et avec si grande rigueur une perfection évangélique, que je ne vueille

1) Ephés. IV, 20-2'».

recognoistre pour Chrestien, sinon celuy qui aura atteint à icelle. Car par ce moyen tous hommes du monde seroyent exclus de l'Eglise : veu qu'on n'en trouvera pas un qui n'en soit encoresbien loing,jàsoit qu'il ait bien prouflté, et la pluspart n'est encores guères advancée : et toutesfois pour cela ne les faut point rejetter. Quoy doncques? Certes il nous faut avoir ce but devant nos yeux, auquel toutes nos actions soyent compassées : c'est de tendre à la perfection que Dieu nous commande. Il nous faut, di-je, efforcer et aspirer de venir là. Car ce n'est pas chose licite que nous partissions avec Dieu, en recevant une partie de ce qui nous est commandé en sa Parole , et laissant l'autre derrière à nostre fantasie. Car il nous recommande tousjours en premier lieu, intégrité : par lequel mot il signifie une pure simplicité de cœur, laquelle soit vuide et nette de toute feinlise, et laquelle soit contraire à double cœur, comme s'il estoit dit que le chef de bien vivre est spirituel, quand l'affection intérieure de l'àme s'adonne à Dieu sans feintise, pour cheminer en justice et saincteté. Mais pource que ce pendant que nous conversons en ceste prison terrienne, nul de nous n'est si fort et bien disposé, qu'il se hasle en ceste course d'une telle agilité qu'il doit : et mesmes la pluspart est tant foible et débile qu'elle vacille et cloche, tellement qu'elle ne se peut beaucoup advancer :

allons un chacun selon son petit pouvoir, et ne laissons point de poursuyvre le chemin qu'avons commencé. Nul ne cheminera si povrement, qu'il ne s'advance chacun jour quelque peu pour gagner pays. Ne cessons doncques point de tendre là, que nous proulilions assiduellement en la voye du Seigneur : et ne perdons point courage, pourtant si nous ne proutitons qu'un petit. Car combien que la chose ne responde point à nostre souhait, si n'est-ce pas tout perdu, quand le jourd'huy surmonte celuy d'hier. Seulement regardons d'une pure et droicte simplicité nostre but, et nous efforçons de parvenir à nostre fin : ne nous trompans point d'une vaine flatterie, et ne pardonnans à nos vices : mais nous efforçans sans cesse, de faire que nous devenions

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