‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 50 sur 346 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

De la vie de l'homme chrestlen : et premièrement quels sont les argumevs de l'Escriture pour nous y exhorter.

\ Nous avons dit que le but de nostre régénération est, qu'on apperçoive en nostre vie une mélodie et accord entre la justice de Dieu et nostre obéissance : et

que par ce moyen nous ratifiions l'adoption, par laquelle Dieu nous a acceptez

1) Homil.inJoan., XLIX.

pour ses enfans. Or combien que la Loy de Dieu contiene en soy ceste nouveauté dévie, par laquelle son image est réparée en nous, toutesfois pource que nostre tardiveté a besoin de beaucoup d'aiguillons et d'aides, il sera utile de recueillir de divers passages de l'Escriture, la façon de bien reigler nostre vie , afin que ceux qui désirent de se convertir à Dieu, ne s'esgarent en affection inconsidérée. Or entreprenant à former la vie de l'homme chrestien, je n'ignore pas que je n'entre en une matière ample et diverse, et laquelle pourroit remplir un grand volume, si je la vouloye bien poursuyvre au long. Car nous voyons combien sont prulixes les exhortations des anciens Docteurs, quand ils ne traittent que de quelque vertu en particulier. Ce qui ne procède point de trop grand babil. Car quelque vertu qu'on propose de louer et recommander, l'abondance de la matière fera qu'il ne semblera pas advis qu'on en ait bien disputé, sinon qu'on y ait employé beaucoup de paroles. Or mon intention n'est pas d'estendre la doctrine de vie que je veux bailler, jusques-là que d'y déclairer particulièrement une chacune vertu, et de faire longues exhortations. On pourra prendre cela des livres des autres, et principalement des Homélies des anciens Docteurs, c'est-àdire sermons populaires. Il me suffira de monstrer quelque ordre, par lequel l'homme chrestien soit conduit et addressé à un droict but de bien ordonner sa vie. Je me contenteray, di-je, de monstrer briefvement une reigle générale , à laquelle il puisse référer toutes ses actions. Nous aurons possible quelquesfois l'opportunité de faire telles déductions qu'il y en a aux sermons des anciens Docteurs : l'œuvre que nous avons en main, requiert que nous comprenions une simple doctrine, en la plus grande briefveté qu'il sera possible. Or comme les philosophes ont quelques fins d'honnesteté et droicture, dont ils déduisent les offices particuliers et tous actes de vertu : aussi l'Escriture en cest endroict a sa manière de faire, laquelle est beaucoup meilleure et plus certaine que celle des philosophes. Il y a seulement ceste diffé-

rence, qu'iceux, selon qu'ils estoyent pleins d'ambition, ont affecté une apparence la plus notable qu'ils pouvoyent, pour donner lustre à l'ordre et disposition dont ils usoyent afin de monstrer leur subtilité. Au contraire , le sainct Esprit, pource qu'il enseignoit sans affectation et sans pompe, n'a pas tousjours observé ne si estroitement certain ordre et méthode : néantmoins puis qu'il en use aucunesfois, il nous signifie que nous ne le devons mespriser.

2 Or cest ordre de l'Escriture duquel nous parlons, consiste en deux parties.

L'une est d'imprimer en nos- cœurs l'amour de justice, à laquelle nous ne sommes nullement enclins de nature. L'autre, de nous donner certaine reigle , laquelle ne nous laisse point errer çà et là , ni esgareren instituant nostre vie. Quant est du premier point, l'Escriture a beaucoup de trèsbonnes raisons pour encliner nostre cœur à aimer le bien : desquelles nous en avons noté plusieurs en divers lieux, et en toucherons encores d'aucunes yci. Par quel fondement pouvoit-elle mieux commencer, qu'en admonestant qu'il nous faut estre sanctifiez, d'autant que nostre Dieu est sainct^? adjoustant la raison, que comme ainsi soit que nous fussions espars comme brebis esgarées et dispersées par le labyrinthe de ce monde, il nous a recueillis pour nous assembler avec soy. Quand nous oyons qu'il est fait mention de la conjonction de Dieu avec nous, il nous doit souvenir que le lien d'icelle est saincteté. Non pas que par le mérite de nostre saincteté nous venions à la compagnie de nostre Dieu, veu qu'il nous faut premièrement que d'estre saincts, adhérer à luy, afin qu'il espande de sa saincteté sur nous, pour nous faire suyvre là où il nous appelle : mais à cause que cela appartient à sa gloire, qu'il n'ait nulle accointance avec iniquité et immondicité, il nous luy faut ressembler, puis que nous sommes siens. Pourtant l'Escriture nous enseigne ceste estre la fin de nostre vocation, à laquelle nous avons tousjours à regarder, si nous voulons respondre à nostre Dieu. Car quel

1) lév.XIX, 1,2; J Pierre I, 16.

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