‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 60 sur 346 · LIVRE I!l, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE I!l, CHAPITRE IX

sinon par le vouloir et providence du Sei[;neur : d'avantage qu'iceluy ne fait rien sinon d'une justice bien ordonnée.

Car qnoy? les péchez que nous commettons journellement, ne méritent-ils pas d'estre cliastiez plus asprement cent mille fois et déplus grande sévérité, que n'est celle dont il use ? N'est-ce pas bien raison que nostre chair soit doutée , et comme accouslumée au joug, à ce qu'elle ne s'esgare point en intempérance selon que sa nature porte? La justice et vérité de Dieu ne sont-elles pas bien dignes que nous endiuions pour elles? Si l'équité de Dieu apparoist évidemment en toutes nos afflictions, nous ne pouvons sans iniquité murmurer ne rebeller. Nous n'oyons pas yci ceste froide chanson des Philosophes, qu'il se fale submettre d'autant qu'il est nécessaire : mais une re- .monstrance vive et plene d'efficace, qu'il faut obtempérer, pource qu'il n'est licite de résister, qu'il faut prendre patience , pource qu'impatience est contumace contre la justice de Dieu. Or pource qu'il

n'y a rien (jui nous soit droiclement amiable, sinon ce que nous cognoissons nous estre bon et salutaire, le Père de miséricorde nous console aussi bien en cest endroict, affermant qu'en ce qu'il nous afflige par croix, il pourvoit à nostre salut. Que si les tribulations nous sont salutaires, poui-quoy ne les recevrons-nous d'un cœur paisible et non ingrat? parquoy en les endurant patiemment nous ne succombons point à la nécessité , mais acquiesçons à nostre bien. Ces considérations, di-je, feront qu'autant que nostre cœur est enserré en la croix par l'aigreur naturelle d'icelle , d'autant sera-il dilalé de joye spirituelle. De là aussi s'ensuyvra action de grâces, laquelle ne peut estre sans joye. Or si la louange du Seigneur et action de grâces, ne peut sortir que d'un cœur joyeux et alaigre, et néanlnioins ne doit estre empeschée par rien du monde, de là il appert combien il est nécessaire que l'amertume qui est en la croix soit tempérée de joye spirituelle.

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