XCIV, 11 ; XIV
Voylà la belle dignité, en fiance de laquelle ils se doyvent enorgueillir. S'il y en a aucuns entre eux qui ayent quelque apparence d'honnesteté en leurs mœ,urs, dont ils puissent acquérir opinion de saincteté entre les hommes : puis que nous sçavons que Dieu ne se soucie de la pompe extérieure, si nous voulons que telle honnesteté vaille quelque chose pour les justifier, il faut venir à la fontaine et source des œuvres: il faut, di-je, regarder de près de quelle affection procèdent telles œuvres. Or combien que la matière me face grande ouverture à parler, toutesfois pource que la chose se peut despescher en peu de paroles, je suyvray la briefveté tant qu'il me sera possible.
2 Pour le commencement, Je ne nie pas que toutes les vertus qui apparoissent en la vie des infidèles et idolâtres, ne soyent dons de Dieu. Et ne suis si eslongné de jugement humain, que je Yueille dire qu'il n'y ait nulle différence entre la justice, modération et équité de Tite et de Trajan, qui ont esté bons Empereurs romains, et entre la rage, intempérance et cruauté de Caligula, Néron ou Domitian, qui ont régné comme bestes furieuses : entre les vilenes paillardises de Tibérius et la continence de Vespasian : et (afin de ne nous arrester en chacun vice ou vertu particulière) qu'il n'y ait à dire entre l'observation des loix et le contemnement. Car il y a telle diversité entre le bien et le mal, qu'elle apparoist mesme en ceste image morte.
Car quel ordre resteroit au monde, si ces choses estoyent confondues ensemble? Pourtant le Seigneur non-seulement a imprimé au cœur d'un chacun ceste dis-