‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 83 sur 346 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Quel est le commencement de la justification, et quels en sont les avantages

continuels.

1 Pour esclarcir encores plus la matière, examinons quelle peut estre la justice de l'homme pour tout le cours de sa vie. Or il nous faut yci mettre quatre degrez. Car ou l'homme estant destitué de la cognoissance de Dieu, est enveloppé en idolâtrie : ou ayant receu la Parole et les Sacremens, et ce pendant vivant dissoluement, renonce en ses œuvres le Seigneur, lequel il confesse de bouche, et par ainsi n'est Chrestien que de tiltre et profession : ou il est hypocrite, cachant sa perversité sous couverture de preud'hommie : ou estant régénéré par l'Esprit de Dieu, s'adonne de cœur à suyvre saincteté et innocence. Quant au premier genre, d'autant qu'il faut estimer telle manière de gens en leur naturel, depuis le coupet de la teste jusques à la plante des pieds, on n'y trouvera un seul grain de bien : si ce n'est que nous vueillons arguer l'Escriture de fausseté, quand elle donne ces tiltresà tous enfans d'Adam, asçavoir, qu'ils sont d'un cœur pervers et endurcy : que tout ce qu'ils peuvent forger de leur première jeunesse n'est que malice : que toutes leurs cogitations sont vaines : qu'ils n'ont point de crainte de Dieu devant leurs yeux: que nul d'eux n'a intelligence : que nul ne cherche Dieu : en somme, qu'ils sont chair : sous lequel vocable sont entendues toutes les œuvres que sainct Paul récite, paillardise, ordure, impudicité, dissolution, idolâtrie, empoisonnemens, inimitiez, contentions, émulations, ires, noises, dissensions, sectes, envies, homicides, et tout ce qui se peut penser de vilenie et abomination ^

1) Jér. XVII, 9; Gen. VIH, 21 ; Ps Gen. VI, 3; Gai. V, 19.

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