‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 86 sur 346 · LIVRE III, CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE III, CHAPITRE XIV

avoit pas un homme, et s'est esmerveillé qu'il n'y avoit pas un seul qui interoédast. Pourtant il a mis le salut en son bras, et s'est confermé en sa justice'. Où sont nos justices , si ce que dit le Prophète est vray : c'est qu'il n'y en a pas un seul qui aide à Dieu à recouvrer salut? En telle manière l'autre Prophète introduit le Seigneur parlant de réconcilier le pécheur à soy, Je t'espouseray, dit-il, à perpétuité en justice, jugement, grâce et miséricorde. Je diray à celuy qui n'avoit point obtenu miséricorde , qu'il l'aura obtenue^. Si une telle alliance, qui est la première conjonction de Dieu avec nous, est appuyée sur la miséricorde de Dieu , il ne nous reste autre fondement de nostre justice. Et de faict, je voudroye sçavoir de ceux qui veulent faire à croire que l'homme vient au-devant de Dieu avec quelques mérites, s'il y a quelque justice qui ne soit point plaisante à Dieu. Si c'est une rage de penser cela, qu'est-ce qui procédera des ennemis de Dieu qui luy soit plaisant, veu qu'il les a entièrement en abomination avec toutes leurs œuvres ? La vérité tesmoigne que nous sommes tous ennemis mortels de Dieu, et qu'il y a guerre ouverte entre luy et nous, jusques à ce qu'estans justifiez nous rentrions en sa grâce \ Si le commencement de la dilection de Dieu envers nous est nostre justification , quelles justices des œuvres pourront précéder? Parquoy sainct Jehan pour nous retirer de ceste pernicieuse arrogance, nous admoneste diligemment comme nous ne l'avons pas aimé les premiers''. Ce que le Seigneur avoit long temps au paravant enseigné par son Prophète, disant qu'il nous aimeroit d'une dilection volontaire, pource que sa fureur sera destournée ^ S'il est enclin de son bon vouloir à nous aimer, il n'est pas certes esmeu par les œuvres.

Le rude vulgaire n'entend autre chose par cela, sinon que nul n'avoit mérité que Christ feist nostre rédemption : mais que pour venir en possession d'icelle, nous sommes aidez de nos œuvres. 3Iais au contraire, comment que nous soyons

1) Is. LIX, 15, 16.

») Rom. V, 6;Col. I, 21.

5; Osée XIV, 4.

2) Osée II, 19,23.

4) i Jean IV, 10.

rachetez de Christ, si est-ce toutesfois que nous demeurons tousjours enfans de ténèbres, ennemis de Dieu, et héritiers de son ire,jusques à ce que parla vocation gratuite du Père nous sommes incorporez en la communion de Christ. Car sainct Paul ne dit pas que nous soyons purgez et lavez de nos ordures, sinon quand le sainct Esprit fait ceste purgation en nous'. Ce que voulant dire sainct Pierre, enseigne que la sanctilicalion du sainct Esprit nous proufite en obéissance et arronsement du sang de Christ^. Si pour estre purifiez nous sommes arrousez du sang de Christ par l'Esprit, ne pensons point estre autres devant cest arronsement qu'est un pécheur sans Christ. Que cela doncques nous demeure certain, asçavoir que le commencement de nostre salut est comme une résurrection de mort à vie. Car quand il nous a esté donné pour l'amour de Christ de croire en luy, lors nous commençons d'entrer de mort à vie.

7 Sous ce rang sont comprins le second et troisième genre des hommes, que nous avons mis en la division précédente. Car la souilleure de conscience, qui est tant aux uns comme aux autres, est un signe qu'ils ne sont point encores régénérez de l'Esprit de Dieu. D'avantage, ce qu'ils ne sont point régénérez, est signe qu'ils n'ont nulle foy ; dont il appert qu'ils ne sont encores réconciliez à Dieu, ne justifiez en son jugement , veu qu'on ne parvient à tels biens sinon par foy. Qu'est-ce que feroyent les pécheurs aliénez de Dieu, qui ne fust exécrable à son jugement? Il est bien vray que tous infidèles, et principalement les hypocrites, sont enflez de ceste folle confiance : c'est combien qu'ils cognoissent leur cœur estre plein d'ordure et de toute vilenie, toutesfois s'ils font quelques bonnes œuvres en apparence, ils les estiment dignes de n'estre point mesprisées de Dieu. De là vient cest erreur mortel, que ceux qui sont convaincus d'avoir le cœur meschant et inique, ne peuvent estre menez à ceste raison, de se confesser estre vuides de justice : mais en se recognoissant injustes, pource

)) 1 Cor. VI, 11.

1 Pierre I, 2.

qu'ils ne le peuvent nier, s'attribuent néanlmoins quelque justice. Geste vanité est trèsbien réfutée de Dieu par le prophète Haggée : Interrogue, dit-il, les Prestres : Si un homme porte au pan de sa robbe de la chair sanctifiée, ou attouche du pain sanctifié, sera-il pourtant sanctifié ? Les Prestres respondent que non. Haggée les interrogue puis après.

Si un homme poilu en son âme, touche queUiu'une de ces choses, s'il ne la polluera pas. Les Prestres respondent que ouy. Lors il est commandée à Haggée de leur dire. Tel est ce peuple devant ma face, et telles sont les œuvres de leurs mains : et tout ce qu'ils m'otïriront sera contaminée Pleust à Dieu que ceste sentence fust bien receue de nous, ou bien imprimée en nostre mémoire. Car il n'y en a nul, quelque meschant qu'il soit en toute sa vie, qui se puisse persuader ce que le Seigneur dénonce yci clairement.

Si le plus meschant du monde s'est acquitté de son devoir en quelque point, il ne doute pas que cela ne luy soit alloé pour justice. Au contraire, le Seigneur proteste que par cela on n'acquiert nulle sanctification, que le cœur ne soit premièrement bien purgé. Et non content de cela, tesmoigne que toutes œuvres procédantes des pécheurs, sont souillées par l'impureté de leur cœur : Gardons-nous doncques d'imposer le nom de justice aux œuvres qui sont condamnées de pollution par la bouche de Dieu. Et par combien belle similitude démonstre-il cela ? Car on pouvoit objecter, que ce que Dieu a commandé est inviolablement sainct; mais au contraire, il démonstre que ce n'est pas de merveilles si les œuvres que Dieu a sanctifiées en sa Loy, sont souillées par l'ordure des meschans : veu que par une main immonde est profané ce qui avoit esté consacré.

8 II poursuyt aussi en Isaïe trèsbien ceste matière : Ne m'offrez point, dit-il, sacritices en vain : vostre encens m'est abomination : mon cœur hait toutes vos festes et solennitez : je suis fasché à merveilles de les endurer. Quand vous eslèverez vos mains, je destourneray mes yeux

1) Agg. II, 11-14.

de vous : quand vous multiplierez vos oraisons, je ne les exauceray point : car vos mains sont plones de sang. Lavezvous et soyez purs, ostez vos mauvaises penséese Qu'est-ce que veut dire cela, que le Seigneur rejette et abomine si fort l'observation de sa Loy. Mais il ne rejette rien qui soit de la pure et vraye observation de la Loy : dont le commencement est : (comme il enseigne par tout) une crainte cordiale de son nom. Icelle oslée, toutes les choses qu'on luy présente non-seulement sont fatras, mais ordures puantes et abominables. Voisent maintenant les hypocrites, et s'efforcent de s'approuver à Dieu par leurs bonnes œuvres, ayans ce pendant le cœur enveloppé eu cogitations perverses. Certes en ceste manière ils l'irriteront de plus en plus. Car les hosties des iniques luy sont exécrables, et la seule oraison des justes luy est plaisante^. Nous concluons doncques, que cela doit estre résolu entre ceux qui sont moyennement exercitez en l'Esctiture : c'est que toutes œuvres qui procèdent des hommes que Dieu n'a point sancliliez par son Esprit, quelque belle monstre qu't'lles ayent, sont si ioing d'estre réputées pour justice devant Dieu, qu'elles sont estimées péchez. Pourtant ceux qui ont enseigné que les œuvres n'acquièrent point grâce et faveur à la personne, mais au contraire, que les œuviVs sont lors agréables à Dieu, quand la personne a esté acceptée de luy en sa miséricorde, ont trèsbien et véritablement parlé*. Et nous faut diligemment observer cest ordre, auquel l'Escriture nous conduit quasi par la main. Moyse escrit que Dieu a regardé à Abel et à ses œuvres*. Voyons-nous pas qu'il démonslre Dieu estre propice aux hommes, devant qu'il regarde à leurs œuvres? 11 faut doncques que la purification du cœur précède, à ce que les œuvres provenantes de nous soyent amiablement receues de Dieu :

parce que tousjours ceste sentence de jérémie demeure en sa vigueur, que les yeux de Dieu regardent à l'intégrité^. Or

1) Is. I, 13-16 ; LVIII, 5. 2) Prov. XV, 8.

3) Aiigust., lib. De Pœnit., et Greg., cujus Terba referunlur, III, quaest. VII, cap. &ra»ibus. 4)Gen. IV, 4. 6)Jér.T,S.

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