CHAPITRE XVII
La concordance des promesses de la Loy et de l'Evangile.
\ Maintenant poursuyvons les autres argumens dont Satan s'efforce de destruire ou diminuer par ses satellites la justification de la foy. Je pense que cela est desjà oslé aux caloniiiiateurs, qu'ils ne nous puissent imiioser que nous soyons ennemis des bonnes œuvres. Car nous nions que les œuvres justifient, non pas afin qu'on ne face nulles bonnes œuvres, ou qu'on ne les ait en nulle estime: mais alin qu'on ne s'y fie, qu'on ne s'en glorifie, qu'on ne leur attribue salut. Car ceste est nosire fiance, nostre gloire, et port unique de nostre salut, que Jésus- Christ le Fils de Dieu est nostre, et qu'en luy nous sommes enfans de Dieu, et héritiers du Royaume céleste, appelez en l'espérance de béatitude éternelle : non point par nosire dignité, mais par la bénignité de Dieu. Toutesfois pource qu'ils nous assaillent encore d'autres basions, poursuyvons de rabatre leurs coups.
Premièrement, ils produisent les promesses légales, que Dieu a faites à ceux qui observeront sa Loy. Ils demandent si nous voulons qu'elles soyent vaines, ou de quelque efficace. Pource que ceseroit chose desraisonnable de les dire vaines, ils prenent pour cerlain, qu'elles sont de quelque valeur : et de cela infèrent que nous ne sommes pas justifiez par la seule foy : veu que le Seigneur parle en ceste manière. Si lu escoutes mes préceptes , et les retiens pour les faire , le Seigneur te gardera sa promesse laquelle il a jurée à les pères. Il t'aimera, et te multipliera, et te bénira*. Item, Si tu addresses bien tes voyes, sans décliner aux dieux estranges, et fais justice et droicture, et ne te destournes point à mal , j'habiteray avec toy ^. Je n'en veux point réciter mille semblables, lesquelles
se pourront despescher par une mesm« solution : veu qu'elles ne diffèrent point en sens d'avec celles-ci. La somme est, que Moyse lesmoigne la bénédiction et la malédiction, la vie et la mort nous esire présentée en la Loy ^ Ou il faut que nous facions ceste bénédiction oisive et infructueuse, ou que nous confessions la justification n'estre point en la seule foy. Pour response, nous avons ci-dessus monstre comment, si nous demeurons en la Loy, estans exclus de toute bénédiction , nous sommes enveloppez en ia malédiction qui est dénoncée à tous transgresseurs^. Car Dieu ne promet rien, sinon à celuy qui est parfaii observateur de sa Loy : ce qui n'advient à homme du monde. Cela donc demeure tousjours ferme, que la Loy oblige tout le genre humain à malédiction et ire de Dieu : de laquelle si nous voulons estre délivrez, il nous faut sortir hors la puissance de la Loy, et estre mis comme de servitude en liberté. Non pas en une liberté charnelle, laquelle nous retire de l'obéissance delà Loy, et nous convie à dissolution et licence , et lasche la bride à nos concupiscences, pour se desborder: mais une liberté spirituelle, laquelle console et conferme la conscien(te troublée et espovantée, luy remonsirant qu'elle est délivrée de la malédiction et condamnation dont la Loy la tenoit enserrée. Nous obtenons ceste délivrance, quand en foy nous appréhendons la misérico'i'de de Dieu en Christ: par laquelle nous sommes rendus certains et asseurez de la rémission des péchez, du sentiment desquels la Loy nous poignoit et mordoit,
2 Par ceste raison les promesses mesmes qui nous sont offertes en la Loy, seroyent infructueuses et de nulle vertu,
1) Dent. VII. 12,13.
Jér. VII, 6,23.
1) Deul. XI, 26; XXX. 15. 2) Deul. ÎXVtl, 26.
si la honte de Dieu ne nous secouroit pnr TEvangile. Car ceste condition , que nous accomplissions la volonté de Dieu, dont elles dépendent, ne sera jamais accomplie. Or ce que le Seigneur nous subvient, n'est pas en nous laissant une partie de justice en nos œuvres, et suppléant ce qui défaut, par sa bénignité : mais en nous assignant son seul Christ pour accomplissement de justice. Car l'Apostre ayant dit , que luy et tous autres Juifs, sçachans que Thomme ne peut estre justifié par les œuvres de la Loy, avoyent creu en Jésus- Christ : adjouste la raison , non pas afin qu'ils fussent aidez par la foy de Christ à obtenir perfection de justice, mais afin d'estre justifiez sans les œuvres de la Loy ^ Si les fidèles se départent de la Loy, et vienent à la foy pour obtenir justice, laquelle ils ne trouvoyent point en la Loy, ils renoncent certes à la justice des œuvres. Qu'on amplifie donc maintenant l'int qu'on voudra les rétributions que la Loy dénonce estre préparées à ses observateurs , moyennant qu'on considère aussi que nostre perversité fait que nous n'en recevions aucun fruit, jusques après avoir obtenu une autre justice. En ceste manière David, après avoir parlé de la rétribution que Dieu a préparée à ses serviteurs : incontinent se tourne à la recognoissance des péchez, par lesquels elle est anéantie. Il monstre bien doncques les biens qui nous devroyent venir de la Loy : mais quand il adjouste conséquemment , Qui est-ce qui entendra ses fautes ^? en ce il dénote l'empeschement qui fait que la jouissance n'en vient point jusques à nous. Item en un autre lieu, après avoir dit que toutes les voyes du Seigneur sont bonté et vérité à ceux qui le craignent: il adjouste, A cause de ton Nom Seigneur, tu seras propice à mon iniquité : car elle est trèsgrande \ En telle manière, il nous faut recognoistre la bénévolence de Dieu nous estre mise en avant en la Loy, si nous la pouvions acquérir par nos œuvres : mais que par le mérite d'icelle jamais nous ne l'obtenons.
1) Giil.II, 16.
3) Pîi. XXV, 10,
2) Ps. XIX, 13.
3 Quoy donc? dira quelqu'un : les promesses légales sont-elles données en vain, afin de s'esvanouyr? J'ay desjà testifié que je ne suis de ceste opinion : mais je di que l'efficace n'en vient point jusques à nous, ce pendant qu'elles sont référées au mérite des œuvres : et pourtant que si on les considère en ellesmesmes, elles sont aucunement abolies.
En ceste manière l'Apostre dit, que ceste belle promesse, où Dieu dit qu'il nous a donné de bons préceptes, lesquels vivifieront ceux qui les feront \ est de nulle importance, si nous nous arrestons à icelle : et qu'elle ne nous proufitera de rien plus que si elle n'avoit point esté donnée. Car ce qu'elle requiert, ne compète pohit mesmes aux plus saincts serviteurs de Dieu : qui sont tous bien loing de l'accomplissement de la Loy, et sont environnez de plusieurs transgressions.
Mais quand les promesses évangéliques sont mises en avant, lesquelles dénoncent la rémission des péchez gratuite: nonseulement elles nous rendent agréables à Dieu , mais aussi font que nos œuvres luy soyent plaisantes. Et non-seulement afin qu'il les accepte : mais aussi qu'il les rémunère des bénédictions lesquelles estoyent deues à l'observation entière de sa Loy, par la convenance qu'il avoit faite. Je confesse doncques, que le loyer qu'avoit promis le Seigneur en sa Loy à tous observateurs de justice et saincteté, est rendu aux œuvres des fidèles : mais en telle rétribution il faut diligemment regarder la cause qui fait les œuvres estre favorables. Or il y a trois causes dont cela procède. La première est, que le Seigneur destournant son regard des œuvres de ses serviteurs, lesquelles méritent tousjours plustost confusion que louange, il reçoit et embrasse iceux en son Christ : et par le moyen de la seule foy, sans aide aucune des œuvres, il les réconcilie avec soy. La seconde est, que de sa bénignité et indulgence paternelle il fait cest honneur à leurs œuvres, sans regarder si elles en sont dignes ou non, de les avoir en quelque pris et estime. Le troisième est qu'il reçoit icelles œu-
1) Rom. î, 5; Lév. XVIII, 5; Ezcch. XX, 11.