‹ Institution de la religion chrestienne (volume 2)Chapitre 99 sur 346 · LIVRE m, CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE m, CHAPITRE XVII

qui leur doit estre perpétuelle. Considérons qu'il nous a adoptez pour ses enfans, alin que nous l'iionorions comme iioslre Père. Alin donccjues de ne renoncer au droict de noslre adoption, il nous f^nit efïorcer de tendre où noslre vocation nous nieine. D'autre part uéantmoins, que nous tenions cria pour asseuré, que l'accomplissement de la miséricorde de Dieu ne dépend point des œuvres des fidèles : mais ce qu il accomplit la promesse de salut en ceux qui par droicture de vie respondent à leur vocation , que cela est pource qu'il recognoist en eux les vrayes marques et enseignes de ses eRfiins : asçavoir les grâces de son Esprit. Il nous faut à cela rapporter ce qui est dit au Pseanme XV, des ciloyens de Jérusalem : Seigneur, qui habitera en ton tabernacle, et tichera son siège en ta montagne saincte? Celuy qui est innocent en ses mains, et pur en son cœur^ etc. Item en Isaie, Qui est-ce qui habitera avec le feu qui consume tout? Celuy qui fait justice, parle en vérité^, etc., et autres semblables. Car cela n'est point dit pour descrire le fondement, sur lequel doyvent consister les lidèles devant Dieu : mais seulemeiit la manière par laquelle il les appelle en sa compagnie, et en icelle les entretient et conserve. Pource qu'il déteste le péché, et aime la justice : ceux qu'il veut conjoindre à soy, il les purilie de son Esprit, alin de les rendre conformes à sa nature. Pourtant si ou demande la cause première, par laquelle l'entrée nous est ouverte au P»oyaume de Dieu, et avons le moyen d'y persévérer : la response est preste, c'est pource que le Seigneur nous a une fois adoptez par sa miséricorde, et nous conserve tousjours.

Si on demande de la manière comment cela se fait : lors il faut venir à nostre régénération et aux fruits d'icelle, dont il est parlé en ce Pseaume et autres passages.

7 Mais il semble advis qu'il y ait beaucoup plus de difliculté à soudxe les tesmoignages qui honorent les bonnes œuvres du tiltre de justice , et disent que par icelles l'homme est justifié. Quant est du

1) Ps. XV, 1, 2.

2) Is. SXXUI, IV, 15.

premier genre, nous voyons que çà et là les commandemens de Dieu sont appelez •lusiilicnlionset.lustices. Du second, nous en avons exemple en Moyse, quand il dit, Ceste sera noslre justice, si nous gardons tous ces commandemens*. Et si on réplique que c'est une promesse légale, à laquelle est adjoincte une condition impossible : il y en a d'autres dont on ne sçauroit dire le mesme. Comme quand il dit. Cela te sera imputé pour justice, si tu rens au povre le gage qu'il t'aura donné '^ Pareillement le Prophète dit, que le zèle qu'eut Phinées h venger l'opprobre d'Israël, luy a esié imputé à justice^. Parquoy les Pharisiens de nostre temps pensent avoir belle matière de crier contre nous en cest endroicl. Car quand nous disons que la justice de foy eslablie, il faut que la justice des œuvres soit abatue : aussi ils arguent au contraire que si la justice est par les œuvres, qu"il n'est pas vray que nous soyons justifiez par la seule foy. Encores que je leur ottroye (lue les commandemens de la Loy soyent appelez Justice, ce n'est point merveille : car de faict ils le sont. Combien que les lecteurs doyvent estre advertis que les Grecs ont translaté mal proprement le mot hébrieu , metlans au lieu d'Edits ou Statuts, Justifications. Au reste, je ne débatray point du mot :

comme aussi nous n'ostons point cela à la Loy de Dieu, qu'elle ne contiene pai'faite justice. Car combien que pource que nous sommes debteurs de tout ce qu'elle requiert, quand bien nous y aurions satisfait, encores sommes-nous serviteurs inutiles : toulesfois puis que le Seigneur a fait cest honneur à l'observation d'icelle, de l'appeler Justice, ce n'est pas à nous de luy osier ce qu'il luy a donné. Nous confessons doncques volontiers que l'obéissance de la Loy est Justice, l'observation d'un chacun commandement est partie de justice : moyennant que nulles des autres parties ne défaillent. Mais nous nions, qu'on puisse monstrer en tout ce monde une telle justice. Et à ceste cause nous abolissons la justice de la Loy ; non pas que de soy elle soit in-

0 Dent. VI, -25. 2) Deut. XXIV, 13.

î) Hs. GVI, 31.

suflisante ; mais pource qu'à cause de la débilité de nostre chair, elle n'apparoist nulle part. Mais quelqu'un pourra dire, que l'Escriture n'appelle pas seulement les préceptes de Dieu, Justice : mais qu'elle attribue ce tillre aussi aux œuvres des fidèles. Comme quand elle récite que Zacharie et sa femme ont gardé les justices du Seigneur'. Je respon, qu'en parlant ainsi elle estime plus les œuvres de la nature de la Loy, que de leur propre condition. Combien qu'il fale encores yci observer ce que j'ay dit n'aguères, que la translation vicieuse des Grecs ne nous doit point estre pour loy. Mais pource que sainct Luc n'a rien voulu <;hanger en ce qui estoit receu de son temps, je passeray volontiers cela. Bien est vray que le Seigneur, par le contenu de sa Loy, a monstre aux hommes quelle est la justice : mais nous ne mettons point icelle justice en exécution, sinon en observant toule la Loy. Car par chacune transgression elle est corrompue. Puis doncques que la Loy n'enseigne que justice : si nous regardons à icelle, tous ses commandemens sont justice. Si nous considérons les hommes, pour observer un commandement , ils ne mériteront point la louange de justice, estans transgresseurs en plusieurs : et veu mesmes qu'ils ne font œuvre pour obéir à Dieu qui ne soit vicieuse aucunement, à cause de son imperfection. Nostre response doncques est, que quand les œuvres des salncts sont nommées Justice, cela ne vient point de leurs mérites : mais entant qu'elles tendent à la justice que Dieu nous a commandée, laquelle est nulle, si elle n'est parfaite. Or elle ne se trouve parfaite en nul homme du monde : pourtant faut conclurre, qu'une bonne œuvre de soy ne mérite pas le nom de justice.

8 Je vien maintenant au second genre, où gist la principale difficulté. Sainct Paul n'a nul argument plus ferme pour prouver la justice de la foy, que quand il allègue ce qui est escritde Moyse, la foy avoir esté imputée à Abraham pour justice ^. Puis doncques que le zèle de Phinées, selon le Prophète, luy a esté im-

1) Luc I, 6.

2) Gai. m, 6.

puté à justice * : ce que sainct Paul argue de la foy, on le pourra aussi conclurre des œuvres. Pourtant nos adversaires, comme ayans la victoire en main, déterminent que jà soit que nous ne soyons point justifiez sans foy, néantmoins nous ne sommes pasjustiliez par icelle seule, mais qu'il faut coiijoindre les œuvres avec, pour parfaire la justice. J'adjure yci tous ceux qui craignent Dieu, que comme ils sçavent qu'il faut prendre la reigle de justice de la seule Èscrilure : aussi ils vueillent diligemment, et en humilité de cœur, considérer avec moy comme l'Escriture se peut accorder à elle-niesme, sans aucune cavillation. Sainct Paul sçachant que la justice de foy est un refuge à ceux qui sont desnuez de leur propre justice, infère hardiment, que quiconque est justitié par la foy, est exclus de la justice des œuvres. Sçachant d'autre part que la justice de foy est commune à tous serviteurs de Dieu, il infère derechef d'une mesme confiance, que nul n'est justifié par les œuvres : mais plustost au contraire, que nous sommes justifiez sans aucune aide de nos œuvres. Mais c'est autre chose de disputer de quelle valeur sont les œuvres en elles-mesmes, et en quelle estime elles sont devant Dieu, après la justice de la foy establie. S'il est question de priser les œuvres selon leur dignité, nous disons qu'elles sont indignes d'estre présentées devant la face de Dieu : ainsi, qu'il n'y a homme du monde qui ait rien en ses œuvres, dont il se puisse glorifier devant Dieu. Ainsi il reste, que tous estans desnuez de toute aide de leurs œuvres, soyent justifiez par la seule foy. Or nous exposons ceste justice estre telle : c'est que le pécheur estant receu en la communion de Christ, est par sa grâce réconcilié à Dieu : d'autant qu'estant purifié par son sang, il obtient rémission de ses péchez : et estant vestu de la justice d'iceluy, comme de la siene propre, il peut consister devant le throne judicial de Dieu. Après que la rémission des péchez est mise, les œuvres qui s'ensuyvent sont estimées d'ailleurs que de leur mérite. Car tout

1) Ps.CVI, 31.

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