‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 149 sur 335 · LIVRE I, CHAPITRE V · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE V

ont en horreur, toutesfoisenlcdéteslnnt.

Car ce qu'un Poète payen a dit compète vrayement à l'impiété seule : asçavoir que la crainte s'est forgé des dieux la première1. Ceux (fui se voudroyent desborder en despilant Dieu , souhaiteroyent quant et quant que son siège judicial, lequel ils cognoissent estre dressé pour punir les transgressions, fust abatu. Estans menez de ceste affection, ils bataillent contre Dieu, lequel ne peut estre sans son jugement : mais pource qu'ils ne peuvent éviter d'eslre accablez par sa puissance, et sentent bien qu'ils ne la peuvent deslourner, voylà comment ils sont vaincus de crainte. Parquoy atin qu'il ne semble qu'en tout et partout ils mesprisent celuy duquel la majesté les tient saisis, ils s'acquittent tellement quellement d'avoir apparence de la religion : cependant ils ne laissent pas de se polluer en tous vices , et amasser énormitez les unes sur les autres, jusques à ce qu'ils ayent entièrement violé la loi de Dieu et dissipé toute la justice d'icelle : ou bien ils ne sont pas tellement retenus de ceste feintise de crainte, qu'ils ne se reposent doucement en leurs péchez, s'y (latent et baignent, aimans mieux lascher la bride à l'intempérance de leur chair, que de la restreindre et réprimer pour obéir au S. Esprit. Or pource que tout cela n'est qu'une ombre feinte de religion , mesme à grand'peine mérite-il d'estre appelé ombre, il est aisé de cognoistre combien la vraye piété, que Dieu inspire seulement aux cœurs de ses tidèles, est différente d'une cognoissance si maigre et confuse : dont aussi il appert que la religion est propre aux enfaus de Dieu; et toutesfois les hypocrites par leurs circuits obliques veulent gaigner ce poinct qu'on les pense estre prochains de Dieu , lequel toutesfois ils fuyent. Car au lieu

qu'il y doit avoir un train égual d'obéissance en toute la vie, ils ne font nul scrupule de l'offenser en ceci ou en cela , se contentans de l'appaiser de quelque peu de sacrifices : au lieu qu'on le doit servir en saincteté et intégrité de cœur, ils controuvent des menus fatras et cérémonies de nulle valeur pour acquérir grâce envers luy. Qui pis est, ils se donnent tant plus de licence à croupir en leurs ordures, d'autant qu'ils se confient d'effacer leurs péchez pardesbadinages qu'ils appellent satisfactions : au lieu que toute nostre fiance doit estre enracinée en Dieu seul, ils le rejettent loin et s'amusent à eux ou aux créatures. Finalement ils s'entortillent en un tel amas d'erreur, que l'obscurité de leur malice estouffe et conséquemment esteint les estincelles qui luisoyent pour leur faire appercevoir la gloire de Dieu. Toutesfois ceste semence demeure, laquelle ne peut estre desracinée du tout, c'est qu'il y a quelque divinité : mais la semence qui estoit bonne de son origine, est tellement corrompue, qu'elle ne produit que meschans fruits.

Mesme ce que je déba maintenant peut mieux estre liquidé et vérifié : c'est que naturellement il y a quelque appréhension de divinité imprimée aux cœurs des hommes, veu que la nécessité contraint les plus meschans d'en faire confession. Ce pendant qu'ils ont le vent en pouppe, ils plaisantent en se moquant de Dieu, mesmes ils font gloire de brocarder et dire mots de gueule pour abaisser sa vertu : mais si quelque desespoir les presse, il les solicite à y chercher secours, et leur suggère des prières comme rompues, par lesquelles il appert qu'ilsn'ontpeudutoul ignorer Dieu, mais que ce qui devoit sortir plustost a esté tenu enserré par leur malice et rébellion.

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