‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 150 sur 335 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Que la puissance de Dieu reluit en la création du monde et au gouvernement

continuel.

\ Or pource que la souveraine félicité j clos, non-seulement il a engravé ceste et le but de nostre viegist en la cogneis- semence de religion que nous avons dite sance de Dieu, afin que nul n'en fust for- en l'esprit des hommes, mais aussi il s'est

0 staiius iiaiicus. tellement manifesté à eux en ce bastiment

INSTITUTION CHREST1ENNE.

tant beau et exquis du ciel et delà terre, et journellement s'y monstre et présente, qu'ils ne sçauroyent ouvrir les yeux qu'ils ne soyent contraints de l'appercevoir. Son essence est incompréhensible, tellement que sa majesté est cachée bien loin de tous nos sens : mais il a imprimé certaines marques de sa gloire en toutes ses œuvres,voire si claireset notables, que toute excuse d'ignorance est ostée aux plus rudes et hébétez du monde. Parquoy le prophète s'escrie à bon droict, qu'il est veslu de clarté comme d'accoustrement ' : comme s'il disoit qu'en créant le monde il s'est comme paré, et est sorty en avant avec des ornemens qui le rendent admirable, de quelque costé que nous tournions les yeux. Et au mesme passage il accompare l'estendue des cieux à un pavillon royal, disant que Dieu l'a lambrissé d'eaux, que les nuées sont ses chariots, qu'il chevauche sur les ailes des vents, que tant les vents que les esclairs sont ses postes. Et d'autant que la gloire de sa puissance et sagesse reluit plus à plein en haut, souvent le ciel est nommé son palais. Et premièrement de quelque costé que nous jettions laveue, il n'y a si petite portion où pour le moins quelque estincelle de sa gloire n'apparoisse : mais sur tout nous ne pouvons contempler d'un regard ce bastiment tant artificiel du monde, que nous ne soyons quasi confus d'une lumière infinie. Parquoy à bon droict l'autheur de l'Epistre aux Hébrieux nomme le monde une monstre ou spectacle des choses invisibles2: d'autant que le bastiment d'iceluy tant bien digéré et ordonné nous sert de miroir pour contempler Dieu, qui autrement est invisible. Pour laquelle raison le Prophète introduit les créatures célestes parlantes, et leur attribue un langage cognu à toutes nations 3 : pource qu'elles portent un tesmoignage si évident à magnifier Dieu, qu'il faut que les nations les plus lourdes en reçoyvent instruction. Ce que S. Paul déclairant plus familièrement dit, que ce qui estoit expédient de cognoistre de Dieu a esté manifesté aux hommes4 : d'autant que tous, depuis le premier jusques au dernier, con-

1) P«. CIV, î.

3)Ps. XIX, I.

2)Héb.XI, î.

») 1 Rom. 1,1».

templent ce qui est invisible en luy, jusques à sa vertu et divinité éternelle, l'entendant parla création du monde.

2 II y a des enseignemens infinis tant au ciel qu'en la terre pour nous testifier sa puissance admirable; je ne di pas seulement des secrets de nature qui requièrent estude spéciale, et sçavoird' Astrologie, de Médecine et de toute la Physique, mais j'enten de ceux qui sont si appareils que les plus rudes et idiots y cognoissent assez : ensortequ'ilsnepeuventouvrirles yeux qu'ils n'en soyent tesmoins. Jeconfesse bien que ceux qui sont entendus et expersen science, ouïes ont aucunement goustées, sont aidez par ce moyen, et avancez pour comprendre de plus près les secrets de Dieu : toutesfois ceux qui ne furent jamais à l'eschole, ne sont pas empescliez de veoirun tel artifice aux œuvres de Dieu, qu'il les ravisse en admiration de sa majesté. Bien est vrai que pour sonder les mouvemens des astres, leur assigner leurs sièges, mesurer les distances, noter leurs propriétez, il est besoin d'avoir art et industrie plus exquise qu'on ne trouvera au commun populaire, quand il sera question de bien comprendre par le menu la providence de Dieu. Mais puisque les vulgaires et les plus rudes qui n'ont aydes que de leur veue ne peuvent pas toutesfois ignorer l'excellence de cest ouvrage tant noble de Dieu, laquelle se monstre veuille-on ou non en la variété desestoilles si bien reigléeset distinctes, et toutesfois si grande et quasi innombrable, il est à conclure qu'il n'y a nul homme en terre auquel Dieu ne déclaire sa sagesse tant que besoin est. Je confesse aussi que ce n'est pas à tous, mais à un esprit merveilleusement aigu et subtil, de si bien déduire le bastiment, les liaisons, laproporlion,la beauté et usage du corps humain avec ses membres, d'une telle dextérité et si haut et profond sçavoir que fait Galien1 : toutesfois par la confession de chacun, le corps humain de son simple regard monstre du premier coup un ouvrage tant singulier, quel'aulheur mérite bien de nous estre en admiration.

3 Pourceste cause aucuns des Philoso-

1) Libris De Util partivm.

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