‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 167 sur 335 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Comment l'Escriture, pour corriger toute superstition oppose exclusivement le vray Dieu à toutes les idoles des Payens.

\ Mais puis que nous avons enseigné que la cognoissance de Dieu, laquelle autrement est démonstrée au bastiment du monde et en toutes créatures assez amplement, néantmoins est plus familièrement déclarée par sa Parole, nous avons maintenant à considérer si Dieu se représente tel en son Escriture, comme nous l'avons par cy-devant veu estre figuré en ses œuvres : qui seroit certes une longue matière, si quelqu'un se vouloit arrester à la traitter diligemment. Mais moy, je seray content d'en avoir proposé seulement quelque sommaire, par lequel les consciences fidèles soyent admonnestées de ce qu'il faut principalement chercher de Dieu aux Escritures, et soyent dressées à un certain but, pour y parvenir. Je ne touche point encores à ceste alliance spéciale, par laquelle Dieu en adoptant la race d'Abraham, l'a distinguée d'avec toutes autres nations. Car en élisant pour domestiques, et retirant à soy comme ses propres enfans ceux qui luy avoientesté ennemis, il s'est desjà en cela déclaré leur rédempteur. Or nous sommes encores après à déduire la cognoissance simple qui respond à la création du monde, sans eslever les hommes jusques à

1) Luc XXIV, 27.

2) 1 Tlicss. V, 19.

Jésus-Christ, pour le faire cognoistre médiateur. Or combien qu'il sera tantost besoin d'alléguer quelques passages du nouveau Testament (comme de faict la vertu de Dieu, entant qu'il est créateur nous est là monstrée, et aussi sa providence à conserver l'ordre qu'il a estably) toutesfois j'advertiray les lecteurs de mon intention, afin qu'ils ne s'esgarent point outre leurs limites. Qu'il suffise donc pour le présent de sçavoir comment Dieu estant créateur du ciel et de la terre, gouverne ce chef-d'œuvre qu'il a fait. Or on trouvera par toute l'Escriture que sa bonté paternelle nous est preschée, et combien il est enclin et facile à nous bien faire. Il y a aussi de l'autre costé les exemples de sa rigueur, pour monstrer qu'il est juste juge pour punir tous maléfices, principalement quand sa patience ne proufite de rien envers les obstinez.

2 Vray est qu'en certains lieux ce qui luy est propre est exprimé, et par ce moyen sa face nous est représentée au vif pour la contempler évidemment. Car en la description que fait Moyse, il semble advis qu'il ait voulu briefvement comprendre tout ce qui est loisible aux hommes de cognoistre de luy. Il dit en ceste manière : Seigneur, Seigneur, Dieu miséricordieux et clément, patient et de grande bonté,

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