‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 166 sur 335 · LIVRE I, CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE IX

doctrine Prophétique, laquelle on eust jugé estre cassée comme de son degré, depuis que la clarté de l'Evangile estoit survenue1. Au contraire, si quelque esprit,

délaissant la sagesse contenue en la Parole de Dieu, nous apporte diverse doctrine, qu'il nous doit estre à bon droict suspect de vanité et mensonge. Car autrement que seroit-ce, comme ainsi soit que Satan se transfigure en Ange de lumière ? quelle aulhorité aura l'Esprit envers nous, s'il n'est discerné par une marque trèscertaine? Et de vray, il nous est assez clairement démonstré par la voix du Seigneur, n'estoit que ces misérables appètent volontairement de faillir à leur confusion, cherchans l'esprit d'eux-mesmes plustost que d'iceluy. Mais ils allèguent que ce seroit grande absurdité, que l'Esprit de Dieu, auquel toutes choses devroyent estre assujeties, fust sujet à l'Escriture. Voire, comme si c'estoit une ignominie au S. Esprit, d'estre par tout semblable et conforme à soy, estre perpétuellement constant, et ne varier nulle part. Certes si on le réduisoit à quelque reigle ou humaine, eu angélique, ou autre, on pourrait dire que lors il seroit abaissé, voire mesmes réduit en servitude : mais quand il est comparé à soymesme, et en soy considéré, qui pourra dire qu'en cela on lui face injure ? Mais il est, disent-ils, en ceste manière examiné. Je le confesse : mais d'un examen par lequel il a voulu que sa majesté fust establie envers nous. Il nous doit bien suffire quand il se descouvre à nous : mais atin que sous son ombre l'esprit de Satan n'ait entrée : il veut estre recognu de nous en son image, laquelle il a imprimée aux Escritures. Il est l'autheur d'icelles : il ne peut pas estre variable ne dissemblable à soy. Parquoy il faut qu'il demeure tousiours tel qu'il s'est là une fois déclaré. Cela ne luy tourne pas en opprobre, sinon que nous disions que ce luy fust honneur de dégénérer de soy-mesme, et comme se renoncer.

3 Touchant ce qu'ils nous taxent de trop nous arrester à la lettre qui occit : en cela ils monstrent comment ils n'es-

1) 2 Pierre I, i9.

chappenl point la punition de Dieu, d'avoir desprisé l'Escriture. Car il appert assez que sainct Paul combat eh ce passage contre les séducteurs, qui exaltent la Loy nue sans Christ, destournans le peuple de la grâce du nouveau Testament : auquel le Seigneur promet qu'il engravera es entrailles des fidèles sa Loy, et l'escrira en leurs cœurs *. La Loy de Dieu donc est lettre morte, et occit ses disciples quand elle est. séparée de la grâce de Christ, et sonne tant seulement aux aureillessans toucher le cœur : mais si par l'Esprit de Dieu elle est vivement imprimée en la volonté, et si elle nous communique Jésus Christ : elle est la Parole de vie, convertissant les âmes, donnant sagesse aux petis. Et de faict au mesme passage l'Apostre appelle sa prédication Ministère de l'esprit 2: asçavoir, signifiant que l'Esprit de Dieu est tellement conjoinct et lié à sa vérité, laquelle il a exprimée es Escritures, que lors finalement il déclare sa vertu quand la Parole est receue en telle révérence qu'il appartient. Ce qui ne répugne rien à ce qui a esté n'aguères dit : c'est que la Parole ne nous est guères certaine, sinon qu'elle soit approuvée par le tesmoignage de l'Esprit. Car le Seigneur a assemblé e t accouplé comme d'un lien mutuel, la certitude de son Esprit et de sa Parole : afin que nostre entendement reçoive Scelle Parole en obéissance, y voyant reluire l'Esprit, qui luy est comme une clarté pour luy faire là contempler la face de Dieu : afin aussi que sans crainte de tromperie ou erreur, nous recevions l'Esprit de Dieu, le recognoissant en son image, c'est-à-dire en sa Parole. Et certes il est ainsi. Car Dieu n'a pas voulu faire une monstre et parade de petite durée, en donnant sa Parole aux hommes, laquelle il voulust incontinent abolir par l'advénement de son Esprit. Mais plustost il a envoyé son Esprit, par la vertu duquel il avoit au paravant dispensé sa Parole, pour achever son ouvrage en icelle, la confermant avec efficace. En ceste manière Christ ouvroit l'entendement à ses deux disciples : non pas pour

1)2 Cor. III, 6.

2) 2 Cor. III, S.

les rendre sages d'eux-mesmes, en rejet- 1 tant l'Escriture : mais afin qu'ils en eussent intelligence1. Pareillement sainct Paul, en exhortant les Thessaloniciens de ne point esteindre l'Esprit2, ne les transporte point en l'air à vaines spéculations hors de la Parole : mais conséquemment il adjouste, qu'ils ne doyvent point mespriserles Prophéties. En quoy pour certain il signifie que lors la lumière de l'Esprit est suffoquée, quand les Prophéties viennent en mespris. Que diront à cela ces orgueilleux fantastiques, qui ne réputent autre illumination estre vallable, sinon quand en délaissant et repoussant

loin la Parole de Dieu, ils prenent témérairement tout ce qu'en ronflant leur vient à la fantasie ? Certes il doit bien y avoir une autre sobriété aux enfans de Dieu, lesquels, comme ils se voyent desnuez de toute lumière de vérité quand ils sont sans l'Esprit de Dieu : pour ceste cause ils n'ignorent pas que la parole est comme instrument, par lequel le Seigneur dispense aux fidèles l'illumination de son Esprit. Car ils ne cognoissent point d'autre Esprit, que celuy qui a habité aux Apostres, et a parlé par leur bouche, par lequel ils sont tousjours réduits et ramenez à donner audience à la Parole.

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