CHAPITRE XL
Qu'il n'est licite d'attribuer à Dieu aucune figure visible : et que tous ceux qui se dressent des images, se révoltent du vrarj Dieu.
\ Or selon que l'Escriture se conformant à la rudesse et infirmité des hommes parle grossièrement, quand elle veut discerner le vray Dieu d'avec ceux qui ont esté faussement controuvez : elle l'oppose spécialement aux idoles. Non pas qu'elle approuve ce que les Philosophes ont inventé avec belle couleur, mais pour mieux descouvrir la sottise du monde, mesmes pour monstrerque tous, pendant qu'ils s'arrestentàleurs spéculations sont hors du sens. Parquoy en oyant que Dieu est mis à part en ce que toute divinité forgée au monde est exclue, apprenons de cela que tout ce que les hommes controuvent de leur cerveau est abatu et mis à néant : pource qu'il n'y a que Dieu seul tesmoin suffisant de soy. Cependant pource que ceste sottise brutale a eu la vogue par tout le monde, d'appéter des images visibles pour figurer Dieu : et de faict ils s'en sont bastis de bois, de pierre, or, argent et toute matière corruptible : il nous faut tenir ceste maxime, toutesfois et quantes qu'on représente Dieu en image, que sa gloire est faussement et meschamment corrompue. Parquoy Dieu en sa Loy, après avoir déclaré que c'est à luy seul que toute majesté appartient, voulant enseigner quel service il approuve ou rejette, adjouste tantost après, Tu ne
te feras image, ou statue, ou remembrance aucune2 : qui est pour tenir en bride toute audace, afin que nous n'attentions point de le représenter par nulle figure visible. Mesme il récite brièvement les espèces dont la superstition des homme avoit commencé desjà de long temps à falsifier sa vérité. Car nous savons que le Soleil a esté adoré des Perses : et d'autant d'estoilles que les povres aveugles ont veues au ciel, ils s'en sont faicts des dieux : autant de bestes qu'il y en a en terre, ont esté figures de Dieu en Egypte, voire jusques aux oignons et porreaux. Les Grecs ont bien pensé estre plus sages et discrets en adorant Dieu sous figures humaines3. Or est-il ainsi, que Dieu en condamnant les images, ne fait pas comparaison de l'une à l'autre, pour sçavoir laquelle convient bien ou mal : mais sans exception réprouve toutes statues, peintures, et autres figures par lesquelles les idolâtres ont cuidé qu'il leur soit prochain.
2 Cecy est aisé à cognoistre par les raisons qui sont adjoustées à la défense. Il est dit enMoyse, Souviene-toy que l'Eternel a parlé à toy en la vallée d'Horeb. Tu as ouy sa voix : tu n'as point veu de
1) Hab. II, 20. 2) Ex. XX, 4.
3) MaximusTyrius Platonicus, serm. XXXVIII.