‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 190 sur 335 · LIVRE I, CHAPITRE Xill · texte numérisé non relu

LIVRE I, CHAPITRE Xill

lequel s'accorde avec nous en tout et par tout. Que ces brouillons qui aujourd'huy troublent l'Eglise allèguent tant qu'ils voudront, que Justin et les autres appellent le Père de Jésus-Cbrist, seul Dieu. Je confesse mesmes que sainct Hilaire dit le mesme , voire parle plus rudement, asçavoir que l'éternité est au Père : mais est-ce pour ravir au Fils l'essence de Dieu? Au contraire ses livres monstrent qu'il n'a autre estude que de maintenir la doctrine laquelle nous ensuyvons, et toutest'ois ces escervelez n'ont point de honte d'extraire quelques mots rompus et mutilez, pour faire accroire que sainct Hilaire maintient leur party. Quant à ce qu'ils font aussi couverture de sainct Ignace, s'ils veulent que cela leur serve, qu'ils prouvent en premier lieu que les Apostresont establyleOuaresme et beaucoup de menus fatras et abus; brief il n'y a rien plus sot que ces bagages qu'on a ramassé sous le nom de ce sainct Martyr: et d'autant moins est supportable l'impudence de ceux qui se couvrent de telles masques pour décevoir les ignorans. On peut aussi manifestement veoir le consentement de toute l'ancienneté : d'autant qu'au concile de Nice Arrius n'osa jamais farder son hérésie par l'authorité d'un seul docteur approuvé : ce qu'il n'eust point oublié, s'il eust eu de quoy : et aussi que nul des Pères tant Grecs que Latins qui estoyent là assemblés contre luy, ne mit jamais peine à excuser qu'ils eussent aucun discord avec leurs prédécesseurs.

Il n'est jà besoin de réciter combien sainct Augustin, lequel ces brouillons tienent pour ennemy mortel , a esté diligent à feuilleter les escrits des Anciens, et avec quelle révérence il les a leus et receus. Car s'il y a le moindre scrupule du monde, il monstre pourquoy il est contraint d'avoir son opinion à part, mesmes en cest argument : s'il a leu es autres docteurs quelque propos douteux ou obscur, il ne le dissimule pas. Or ce

pendant il prend pour chose résolue, que. la doctrine contre laquelle ces esventez bataillent, a esté receue sans contredit de toute ancienneté : et toutesfois il appert assez d'un seul mot, que ce que les autres avoyent enseigné ne luy esloit pas incognu : asçavoir quand il dit que l'unité gist au Père. Ces brouillons diront ils qu'il s'estoit alors oublié? mais il se purge bien ailleurs de ceste calomnie, en appelant le Père source ou principe de toute déité1, pource qu'il ne procède point d'un autre : considérant prudemment que le nom de Dieu est attribué au Père par espécial, pource que si nous ne commençons à luy, nous ne pourrons concevoir une simple unité en Dieu. J'espère que parce que j'aylraitté toutes gens craignans Dieu cognoistront que toutes les fausses gloses et astuces de Satan, par lesquelles il s'est efforcé de pervertir et obscurcir la pureté de nostre foy, sont suffisamment abatues. Finalement je me confie que toute ceste matière se trouvera yci fidèlement expliquée, moyennant que les lecteurs tienent la bride à toute curiosité, et ne convoitent point plus qu'il ne seroit expédient, d'attirer des disputes fascheuseset perplexes : car d'appaiser ou contenter ceux qui prenent plaisir à spéculer sans mesure, je n'ay garde d'en prendre la charge. Tant y a que je n'ay rien obmis par finesse, ne laissé derrière de tout ce que je pensoye pouvoir nrestre contraire. Mais d'autant que je m'estudie à édifier l'Eglise, il m'a semblé meilleur de ne point toucher à beaucoup de questions, lesquelles n'eussent guères proutité, et eussent chargé et ennuyé les lecteurs sans raison. Car de quoy servira-il de disputer si le Père engendre tousjours, veu que quand ce point est conclud, qu'il y a eu de toute éternité trois personnes résidentes en Dieu, cest acte continuel d'engendrer n'est qu'une fantasie superflue et frivole?

1) An 1er livre de la Doctrine chreslù nne.

INSTlTUriON CHRESTIENNE.

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