LIVRE II, CHAPITRE II
site : niais que reste perversité n'est point en luy de nature. Nous nions qu'elle soit de nature, afin de monstrer que c'est plustost une qualité survenue à l'homme, qu'une propriété de sa substance, laquelle ait esté dés le commencement enracinée en luy : toutesfois nous l'appelons naturelle, afin qu'aucun ne pense qu'elle s'acquiert d'un chacun par mau vaise coustume et exemple, comme ainsi soit qu'elle nous enveloppe tous dés nostre première naissance. Et ne parlons pas ainsi sans autheur : car par mesme raison l'Apostre nous appelle tous héritiers de l'ire de Dieu par nature *-. Comment Dieu seroit-il courroucé à la plus noble de ses créatures, veu que les moindres œuvres qu'il a faites luy plaisent?
mais c'est que plustost il est courroucé à rencontre de la corruption de son œuvre, que contre son œuvre. Si doncques lvhomme non sans cause est dit naturellement estre abominable à Dieu, à bon droict nous pourrons dirfc que naturellement il est vicieux et mauvais. Comme sainct Augustin ne fait point de difficulté, à cause de nostre nature corrompue, d'appeler péchez naturels, lesquels régnent nécessairement en nostre chair quand la grâce de Dieu nous défaut. Parceste distinction est réfutée la folle resverie des Manichéens, lesquels imaginans une perversité essentielle en l'homme, le disoyent estre créé d'un autre que de Dieu, atin de n'attribuer à Dieu aucune origine de mal.