‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 240 sur 335 · LIVRE II, CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE IV

duit nos cœurs â suivre son mouvement, et y produit tant le chois que la volonté : tellement que toutes bonnes œuvres qui s'ensuivent après, sont fruits d'icelle : et n'est point receue d'homme vivant, sinon d'autant qu'elle a formé son cœur en obéissance. A ceste cause le mesme docteur dit en un autre lieu, qu'il n'y a que la grâce de Dieu qui face toute bonne œuvre en nous.

] i Touchant ce qu'il dit quelque part que la volonté n'est point deslruile par la grâce, mais de mauvaise changée en bonne : et après avoir esté faite bonne, qu'elle est aidée1: en cela seulement il signifie que l'homme n'est point tiré de Dieu comme une pierre, sans aucun mouvement de son cœur, comme par une force de dehors : mais qu'il est tellement touché qu'il obéit de son bon gré. D'avantage, que la grâce soit spécialement donnée aux esleus, et de don gratuit, il le dit escrivant à Boniface, en ceste manière, Nous savons que la grâce de Dieu n'est point donnée à tous hommes : et que quand elle est donnée à aucun, ce n'est point selon les mérites, ne des œuvres ne de la volonté, mais selon la bonté gratuite de Dieu : quand elle est desniée, que cela se fait par le juste jugement de Dieu2. Et en ceste mesme Epistre il condamne fort et ferme l'opinion de ceux qui estiment la grâce seconde estre rétribuée aux mérites des hommes : d'autant

qu'en ne rejettant point la première, ils se sont monstrez dignes d'icelle. Car il veut que Pélagius confesse la grâce nous estre nécessaire à une chacune œuvre, et qu'elle n'est point rendue à nos mérites, afin qu'elle soit recognue pure grâce.

Mais on ne peut plus sommairement despescher ceste question, que par ce qu'il en dit en son livre De correction et grâce, au huitième chapitre : où premièrement il enseigne, que la volonté humaine n'obtient point grâce par sa liberté, mais obtient liberté par la grâce de Dieu. Secondement que par icelle grâce elle est conformée au bien, afin de l'aimer et y persévérer. Tiercement, qu'elle est fortifiée d'une vertu invincible, pour résister au mal. Quartement, que estant gouvernée d'icelle, jamais elle ne défaut : estant délaissée, incontinent ellelrébusche. Item que par la miséricorde gratuite de Dieu, la volonté est convertie à bien : estant convertie, y persévère. Item, que quand la volonté de l'homme est conduite à bien , et après y avoir esté addressée, qu'elle y est confermée, que cela vient de la seule volonté de Dieu, et non d'aucun mérite. En ceste manière il ne reste à l'homme autre libéral arbitre, que tel qu'il descrit en un autre lieu : c'est qu'il ne se peut convertir à Dieu, ne persister en Dieu, sinon de sa grâce : et que tout ce qu'il peut, c'est d'icelle1.

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