‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 272 sur 335 · LIVRE II, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VIII

cachées : d'avantage, comme celuy qui eognoist seul les ( cours. Car (|u;uid les teamoignages humains nous défaillent, nous prenne Dieu pour lesmoin : et mesmes quand il est question d'affermer ce qui est caché dedans la conscience. Pourtant le Seigneur se courrouce amèrement contre ceux qui jurent par les dieux eslranges : et prend une telle manière de jurement comme un signe de renoncement de son nom : comme quand il dit, Tes enfans m'ont abandonné , et jurent par ceux qui ne sont point dieux1. D'avantage, il dénote par la grandeur de la peine, combien ce péché est exéerah'e : quand il dit qu'il destruira tous ceux qui jurent au nom de Dieu, et au nom de leur Idole2.

2i Or puisque nous entendons que le Seigneur vt ut l'honneur de sou nom estre exailé en nos sermens, nous avons d'autant plus à nous garder qu'au lieu de l'honorer il n'y soit mesprisé ou amoindri. C'est une. contumélm trop grande, quand on se parjure par son nom : et pourtant cela est appelé en la Loy, Profanation*. Car que restera-il à Dieu, s'il est despouillé de sa vérité? il ne sera plus Dieu. Or on l'en despouillé, eu le fusant tesmoin et approbateur de fiusseié.

Pourtant Jéhosua voulant contraindre Acham de confesser vérité, luy dit, Mon enfant, donne gloire au Dieu d'Israël1. En quoy il dénote que Dieu est griei'vement déshonoré, si on se parjure en son nom ; ce qui n'est point de merveille, car en ce I faisant i ne tient point à nous qu'il ne soit diffamé de mensonge. Et de faict, par une semblable adjuration que font les Pharisiens en l'évangile sainet Jehan, il appert qu'on usoit de ceste forme de parler communément entre les Juifs, quand on vouloil ouyr quelqu'un par serment5.

Aussi les formules de lEsciiture nous enseignent quelle crainte nous devons avoir de mal jurer : comme quand il est dit, Le Seigneur est vivant, Le Seigneur m'envoye tel mal et tel. Item, Que Dieu en soit tesmoiu sur mon âme6. Les-

() Jér V, 7.

3) Lénl.XlX, 12.

5) Jean IX, 2'».

6) 1 Sam. XIV, 1!

2) Soph. I, 6.

I>)l0i. VII, 19.

; J Rois VI, 3! ; i Cor. I, 23

quelles dénotent que nous ne pouvons appeler Dieu pour lesmoin de nos paroles, qu'il ne venge le parjure si nous jurons faussement.

215 Quand nous prenons le nrnn de Dieu en serment véritable, mais superflu : combien qu'il ne soit pas profané du tout, toutesfois il est rendu conlemptible et abaissé de son honneur. C'est donc la seconde espèce de serment, par laquelle il esl prins en vain. Pourtant il ne suffil pas de nous ab tenir de parjure, mais il faut aussi qu'il nous souviene que le serment n'a pis esté institué pour le plaisir désordonné des hommes, mais pour ia nécessité, et qu'autrement il n'est permis.

Doncques s'ensuit que ceux qui le lirent à chose de nulle importance, outrepassent le bon usage et licite. Or on ne peut prétendre autre nécessité, sinon qu'en servant à la religion, ou à charité. Eu quoy on pèche aujourd'huy trop désordonné nient : et ce d'autant plus que par trop grande accoustumanee cela est estimé pour néant , combien qu'il ne soit point de petit poids au jugement de Dieu. Car indifféremment on abuse du nom de Dieu en propos de folie et vanité : et pense ou que ce n'est point mal fait , pource que les hommes par leur licence sont venus quasi en possession de ce. faire. Néantmoins le mandement de Dieu demeure tousjours : la menace qui y est adjouslée d meure inviolable, et aura une fois son etfeci : par laquelle une veugence particulière est dénoncée sur tous ceux qui auront pris le nom de Dieu en vain. Il y a une mauvaise faute d'autre coslé, que les hommes en leur jurement prenent le nom des saints pour le nom de Dieu, juransparsainci Jacques, ou sainet Antoine; ce qui esl une impiété évidente, veu que la gloire de Dieu leur est ainsi transférée. Car ce n'est point sans cause que Dieu nommément a co mandé qu'on jurastpar son Nom, et par mandement ■spécial nous a défendu de jurer par dieux ■•stranges1. Et c'est ce que l'Apostre dit en escrivan! que les hommes en leurs sermens appellent Dieu comme leur supérieur : mais que Dieu jure par soy-

1) Deul. VI, 13 ; X, 20 ; E». XX1I1, 13.

mesme, à cause qu'il n'a nul plus grand que luy l.

■26 Les Anabaptistes non contens de ceste modération, condamnent sans excepiion tous juremens, d'autant que la défense de Christ est générale, où il dit, I Je vous ùéfen de ne jurer du tout : niais que vostre parole soil, Ouy, ouy, non, non : ce qui est outre est du mauvais2. Mais en ce faisant, ils font injure à Christ, le faisant adversaire de son Père, comme s'il estoit venu en terre pour anéantir ses commandemens. Car le Dieu éternel, en sa Loy non-seulement permet le jurement comme chose licite (ce qui devroit bien suffire) mais commande d'en user en nécessité3. Or Christ lesmoigne qu'il est un avec son Père : qu'il n'apporte rien que son Père n'ait commandé : que sa doctrine n'est point de luy-mesme*. etc. Qu'est-ce donc qu'ils diront ? Feront-ils Dieu répugnant à soy, pour défendre et condamner ce qu'il a une fois approuvé en le commandant ? Pourtant leur sentence ne peut estre receue. Mais pource qu'il y a quelque difficulté aux paroles de Christ, il nous les faut regarder de plus près, desquelles certes nous n'aurons point l'intelligence, sinon que nous considérions son but, et addressions nostre pensée à ce qu'il prétend en ce passage-là. Or est -il ainsi qu'il ne veut point amplifier ne restreindre la Loy, mais seulement la réduire en son sens naturel, lequel avoit esté grandement corrompu par les fausses gloses des Scribes et Pharisiens. Si nous tenons cela, nous ne penserons point que Christ aii voulu condamner tous sermens universellement, mais seulement ceux qui transgressent la reigle de la Loy. Il appert de. ses paroles, que le peuple ne se gardoil pour lors sinon de se parjurer : comme ainsi soit que la Loy ne défende point seulement les parjures, mais les juremens superflus. Parquoy le Seigneur Jésus, vray expositeur de la Loy, admoneste que non-seulement cVst mal fait de se parjurer, mais aussi de jurer s. Comment jurer? Asçavoir en vain ; mais les sermens que la Loy

1) Héb. VI, 13. 2) MaltW V, 34-37 ; Jacq.V, 12.

3) Ex. XXII, H. 4) Jean VII, 16. 6) Maltli. V, 3i.

approuve, il les laisse libres et en leur entier. Maisilss'arrestentà ceste -diction, Du tout : laquelle toutesfois ne se rapporte point au verbe qui est là mis, asçavoir Jurer : mais aux formes de juremens qui s'ensuyvent après. Car c'estoit là une partie de l'erreur, qu en jurant par le ciel et par la terre, ils ne pensoyent pas attoucher le nom de Dieu. Le Seigneur doncques ayant corrigé la principale transgression, leur oste après tous subterfuges : afin qu'ils ne pensent pas estre eschappez, si en supprimant le nom de Dieu ils jurent par le ciel et parla terre. Car il est besoin de noter encores yci en passant, combien que le nom de Dieu ne soit point exprimé, toutesfois qu'on jure bien par iceluyen formes obliques : comme si on jure par le soleil qui nous esclaire, par le pain qu'on mange, par le baptesme, ou auires bénélices de Dieu qui nous sont comme gages de sa bonté. Et de faict Christ en ce passage ne défend pas de jurer par le ciel et la terre et Jérusalem, pour corriger la superstition, comme aucuns s'y abusent : mais plustosl rabat l'excuse et vaine sophisleriede ceux qui eslimoyent pour néant d'avoir tousjours en la bouche des sermens desguisez et tortus : comme s'ils esparg loyent le nom de Dieu, lequel néantmoins est imprimé en tous les biens dont il nous fait jouir. Il y a une autre raison, quand quelque homme mortel ou desjà trespassé ou mesmes tin Ange est substituéau lieu de Dieu; comme les Payens par leurs flatteries se sont accouslumez à jurer par la vie ou bonne fortune de leur Roy : car alors en déifiant les hommes, on obscurcit d'autant la gloire d'un seul Dieu, ou mesmes on la diminue. Mais quand on n'a autre but ny intention, que de confermer son dire par le nom sacré de Dieu, combien que cela se face obliquement, sa majesté est blessée en tous sermens légers et volages. Jésus-Christ en défendant de jurer du tout, oste ceste masque ou vaine couverture dont les hommes se cuident justifier. Sainct Jacques en récitant les paroles de son maistre, tend à une mesme fin, pource qu'en tout temps ceste licence d'abuser témérairement du nom de Dieu, a esté trop vulgaire : corn-

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