‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 282 sur 335 · LE HUITIÈME COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

LE HUITIÈME COMMANDEMENT

Tu ne de sr obéras point.

La fin est, pource que toute injustice est desp'aisante à Dieu, que nous rendions à un chacun ce qui luy appartient. La somme doneques sera, qu'il nous défend de tascher à attirer à nous les biens

1) Saincl Ambroise, au livre De la Philosophie, lequel lainct Augustin allè.ueau 2e livre Conlre Julian.

d'autruy : et pourtant nous commande de nous employer fidèlement à conserver le sien à un chacun. Car il nous faut estimer que ce qu'un chacun possède, ne luy est point advenu par cas fortuit, mais par la distribution de celuy qui est le souverain Maistre et Seigneur de tout : et à cesle raison qu'on ne peut frauder personne de ses richesses, que la dispensalion de Dieu ne soit violée. Or il y a plusieurs espèces de larrecin : l'une gist en violence, quand par force et quasi par une manière de briijandene, on vole et pille le bien d'autruy : l'autre gist en fraude et malice, quand cauteleusement on appovrit son prochain, en le trompant et décevant : l'autre en une astuce encores plus couverte, quand sous couleur de droict on prive quelqu'un de ses biens : l'.-iulre en flatterie, quand par belles paroles on attire à soy, ou sous tiltre de donation ou autrement, ce qui devoit appartenir à un autre Mais pour ne point trop nous arrester à raconter les genres divers, il nous taut briefvement noter que. tous moyens dont nous usons pour nous enrichir au dommage d'autruy : quand ils déclinent de la sincérité chrestienne, laquelle doit estre gardée en dileclion, et se desvoyent a quelque obliquité d'astuce ou de toute autre nuisance, doyvenl estre tenus pour larrecins. Car combien que ceux qui y procèdent en telle façon, souventesfois gaiunent leur cause devant le Juge, néantmoins Dieu ne les a pour autres que larrons, car il voit les embusehes que font de loin les fines gens pour attraper les simples en leurs rets, il voit ia rigueur des exactions que font les plus gratis aux plus pelis, pour les fnuller : il voit combien sont venimeuses les flateries dont usent ceux qui veulent emmieller quelqu'un pour le tromper : lesquelles choses ne vienent point à la co;nrnoissance des hommes. D'avant âge, la transgression de ce précepte ne gist pas seulement en cela, quand on fait tort à quelqu'un en son argent, en marchandise ou possession : mais aussi en quelque droict que ce soit; car nous fraudons noslre proihain de son bien, si nous luy desnioiis les offices ausquels nous luy sommes tenus. Parquoy si un receveur,

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