‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 281 sur 335 · LIVRE II, CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE VIII

baille, veulent par folle fémérité surmonter leur nécessité l. Le Seigneur prononce que continence est un don singulier, lequel n'est point donné indifférera-' nient à tout le corps de son Eg ise, niais à bien peu de ses membres. Car il nous propose un certain genre d'hommes, lequel s'est chastré pour le royaun e des cieux : c'est-à-dire pour vaquer plus librement à servira la gloire de Dieu2. Et afin que nul ne pensast que cela fust en nostre vertu, il avoit auparavant dit que. tous n'en sont point capables, mais tant seulement ceux ausquels il est donné du ciel. Dont il eonclud que eeluy qui en pourra user, en use. Sainct Paul enseigne le mesme plus clairement, quand il dit qu'un chacun a receu sa propre grâce de Dieu, l'un en une sorte, l'autre en l'autre 3.

43 Puis doncques que nous sommes si expressément adverlis qu'il n'est pas en la'puissance d'un chacun de garder chasteté hors mariage, mesmes qu'on y eust dévotion, et qu'on s'efforçast de le faire : puis au si qu'il nous est dénoncé que c'est une grâce spéciale de Dieu, laquelle il ne donne qu'à certaines personnes, afin de les avoir plus promptes et plus à délivre à son service : ne combat ons-nous point contre Dieu et contre la nature qu'il a instituée, si nous n'accommodons nostre façon de vivre à la mesure de nostre faculté? Dieu défend paillardise en ce commandement : il requiert doncques de nous pureté et chasteté. Or le seul moyen de la garder est, qu'un chacun regarde sa povreté : que nul ne mesprise le mariage comme inutile et superflu: que nul ne désire de s'en passer, sinon qu'il se puisse abstenir de femme : que nul ne regarde en cest endroict, ou son repos, ou sa tranquillité charnelle, mais qu'il cherche seulement d'estre mieux disposé à servira Dieu, estant despesché de tout lien qui l'en puisse distraire. D'avantage, pource que plusieurs n'ont le don de continence : sinon pour un temps, comme noi.s avons dit, que celuy qui l'a, s'abstiene de se marier ce pendant, qu'il s'en peut passer, et non plus. Si la force luy

1) Ps. XCI.1,11, 14.

S) I Cor. VII, 7.

2) Mallh. XIX, lî.

défaut pour dompter et vaincre la concupiscence de sa chair, qu'il entende par cela que Dieu luy impose nécessité de se marier : ce que démonstre l'Aposlre, quand il commande qu'un chacun pour éviter paillardise ait sa femme, et qu'une chacune femme ait son mari. Item, que celuy qui ne se peut contenir, se marie en Dieu 11 Premièrement il signifie par cela, que la pluspart des hommes est sujette au vice d'incontinence : secondement, il n'en excepte nul de ceux qui y sont sujets, qu'il ne commande à tous de recourir à ce remède unique qu il propose pour obvier à impudicité. Parquoy, quiconque ne se contient, s'il mesprise de remédier à son infirmité par ce moyen, il pèche: mesmes en ce qu'il n'obtempère point à ce commandement de l'Apostre.

Et ne faut pas que celuy qui se contient de paillarder actuellement, se flatte comme s'il n'estoit point coulpable d'impudicité, si son cœur brusle de mauvaise concupiscence. Car sainct Paul délinit (pue la vraye chasteté contient pureté de l'âme, avec Phonnesleté du corps : Celle, dit-il, qui est hors mariage, pense à Dieu comment elle sera saincte de corps et d'esprit2. Et pourtant, quand il adjouste la raison pour confermer ceste sentence, que celuy qui ne se peut contenir se doit marier : il ne dit pas seulement qu'il est meilleur de prendre une femme, que de souiller son corps avec une paillarde : mais qu'il est meilleur de se marier, que de brusler.

44 Maintenant si les gens mariez recognoissent que leur compagnie est bénite de Dieu, cela les doit admonester de ne la point contaminer par intempérance dissolue. Car combien que l'honnesteté du mariage couvre la honte d'incontinence, ce n'est pas à dire que c'en doyve estre une incitation. Pourtant ils ne doyvent pas penser que toutes choses leur soyent licites, mais un chacun se doit tenir sobrement avec sa femme, et la femme mutuellement avec son mari : se gouvernans tellement qu'ils ne facent rien contraire à la sainct été du mariage. Car ainsi doit estre reiglée, et à telle modes-

1) I Cor. VII, î, 9. î) 1 Cor. VII, J4.

tie se doit réduire l'ordonnance de Dieu : et non pas se desborder en dissolution. Sainct Aiïibroise reprenant ceux i|iii abusent du mariage en intempérance lascive, use d'un mot assez dur, mais non pas sans propos : c'est, qu'il appelle ceux qui ne gardent nulle modestie ne honte, Paillars de leurs femmes *. Finalement, il nous faut regarder quel Législateur c'est qui condamne paillardise : c'est asçavoir celuy qui nous possède entièrement. Et pourtant, à bon droict requiert de nous intégrité, tant au corps qu'en l'âme et en l'esprit. Ouand doneques il défend de paiHarder, il défend aussi, ou par habillemens immodestes , ou par gestes el contenances impudiques, ou par vilenes paroles tendre à induire les autres à mal. Car un Philosophe nommé Archélaiis ne dit point .^ans raison à un jeune homme trop délicatement vestu, que c'estoit tout un en quelle partie du corps il monstrast son impudicité * cela, dy-je, a raison devant Dieu, lequel a en abomination toute ordure, en quelque partie qu'elle soit, ou de l'âme, ou du corps. Et afin que nul ne doute de cela, considérons que Dieu nous commande yci chasteté : s'il l'a commandée, il condamne tout ce qui y contrarie, l'arquoy si nous voulons obéir à ce commandement, il ne faut point que le cœur brusle intérieurement de mauvaise concupiscence, ou que le regard soit impudique, ou que la face soit ornée comme pour macquerelages, ou que la langue par vilenes paroles attire à paillardise, ou que la bouche par intempérance en donne matière : car tous ces vices sont comme macules par lesquelles chasteté et continence est entachée, et sa pureté est souillée.

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