‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 284 sur 335 · LE NEUFIÈME COMMANDEMENT · texte numérisé non relu

LE NEUFIÈME COMMANDEMENT

Tu ne seras point faux tesmoin contre ton prochain.

La fin est : Pource que Dieu, qui est vérité, a mensonge en exécration, qu'il nous faut garder vérité sans feintise, la somme doncques sera, que nous ne blessions la renommée de personne par calomnies ou faux rapports, ou que nous ne le grevions en sa substance par mensonges et faussetez. Brief, que nous ne facions tort à personne, ni en mesdisant, ni en nous mocquant. A ceste défense respond le précepte affirmatif, que nous aidions à un chacun fidèlement à maintenir la vérité, soit pour conserver son bien ou sa renommée. Il appert que nostre Seigneur a voulu exposer le sens de ce précepte au vingt et troisième chapitre d'Exode, diéant, Tu ne maintiendras parole de mensonge : et ne te conjoindras à porter faux tesmoignage pour le mensonge. Item, Tu fuiras tous mensonges *. Et en un autre lieu non-seulement il nous défend d'estre rapporteurs, détracteurs et mesdisans, mais aussi de décevoir nostre frère : car il parle de l'un et de l'autre nommément2. Certes il n'y a doute que comme ci-dessus il a voulu corriger cruauté, impudicité et avarice : aussi qu'il veut yci réprimer fausseté, laquelle est comprinse en ces deux parties que nous avons dites. Car ou en mesdisant nous blessons la renommée de nostre prochain, ou par mensonges et paroles obliques nous empeschons son proufit. Or il ne peut chaloir si on entendyci tesmoignage solennel qui se rend en jugement, ou qui gist en paroles privées. Car il faut tousjours là revenir, que d'un chacun genre de vices nostre Seigneur nous propose une espèce pour exemple, à laquelle il faut rapporter toutes les autres : d'avantage, qu'il choisit celle en laquelle il apparoist plus de turpitude. Combien qu'il faut estendre ce commandement plus au large, asçavoir à toutes calomnies et détractions qui nuisent à nos prochains, pource que jamais les faux tesmoignages en justice ne sont sans parjure. Or la dé-

1) Ex. XXIII, <

2) Lév. XIX, 16.

fense a esté faite des parjures au troisième commandement de la première Table, entant que le nom de Dieu y est profané. Maintenant nous voyons que pour bien observer ce précepte, il faut que nous facions servir nostre bouche à nostre prochain en vérité, tant pour luy conserver son estime que son proufit.

L'équité est bien évidente : car si bonne renommée est plus précieuse que thrésor quelconque, on ne fait point moindre tort à l'homme en luy ostantsa bonne estime, qu'en le despouillant de sa substance; d'autre part, on fait aucunesfois plus de dommage au prochain par mensonge que par larrecin.

48 Néantmoins c'est merveille comment on ne se soucie point d'offenser en cest endroict : car il y en a bien peu qui ne soyent entachez bien fort de ce vice, comme tout le monde est enclin à esplucher et descouvrir les vices d'autruy. Et ne faut penser que ce soit excuse valable, si nous ne mentons point; car celui qui défend de diffamer le prochain en mentant, veut que son estime soit conservée entant qu'il se peut faire avec vérité. Car combien qu'il ne défende sinon de la blesser par mensonge, toutesfois en cela il signifie qu'il l'a en recommandation. Or il nous doit bien suffire, quand nous voyons que nostre Seigneur prend ceste solicitude, que nostre prochain ne soit point diffamé. Parquoy toute détraction est yci condamnée sans doute. Par détraction nous entendons, non point répréhension qui se fait pour corriger l'homme : non point accusation judiciaire, qui se fait pour remédier aux vices : non point correction publique, qui se fak de quelqu'un pour donner crainte aux autres : non point advertissement qu'on fait de la meschanceté d'un homme, à ceux ausquels il est expédient de la cognoistre, afin de n'en estre point abusez : mais injure odieuse, laquelle se fait de mauvais vouloir ou de cupidité de mesdire. D'avantage, ce précepte s'estend jusques-là, que nous n'affections point une plaisanterie d'honnesteté, et une grâce de brocarder et mordre en riant les uns et les autres, comme font aucuns, qui se baignent quand ils peuvent faire vergongne

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