LIVRE 11, CHAPITRE VIII
à quelqu'un : car par telle intempérance souventesfois quelque marque demeure sur l'homme qu'on a ainsi noté. Maintenant si nous considérons le Législateur, lequel ne doit pas moins dominer sur les aureilles et sur les cœurs, que sur les langues : nous cognoistrons qu'yci la cupidité d'ouyr les détracteurs, et la promptitude de leur prester l'aureille et de croire légèrement à leur mauvais rapports, n'est pas moins défendue que de détracter, car ce seroit une mocquerie, de dire que Dieu hait le vice de mesdisance en la langue, et qu'il ne réprouvast point la malignité du cœur. Pourtant si nous portons vraye crainte et amour de Dieu, mettons peine tant qu'il est possible et expédient, et entant que la charité requiert, de ne point adonner ne les aureilles, ne la langue à blasme, détraction ou brocardise, de ne donner point facilement lieu en nostre cœur à mauvaises suspicions : mais prenans en bonne part les faits et dits de tout le monde, conservons en toute manière l'honneur à un chacun.