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se défient du travail de la pensée, s'effrayent de la science, répudient cette Eglise de l'avenir qu'on leur promet, et s'attristent d'un mouvement qu'ils ne peuvent ni réprimer ni mesurer dans ses résultats inconnus. Ailleurs encore monte le flot croissant des préjugés qui ne vont à rien moins qu'à faire de l'auteur de Y Institution un daDgereux hérésiarque, à briser tout lien de communion chrétienne entre les deux grandes familles de la Réformation, à exclure du corps de Christ tout ce qui n'abjure pas Genève pour Wittenberg et Augsbourg. — De son côté, le catholicisme en est encore à puiser ses notions de la Réforme française dans les livres d'Audin, ou, ce qui ne vaut pas beaucoup mieux, dans les Variations de Bossuet, ou encore dans quelques traités polémiques de Calvin qu'on a donnés au monde comme des curiosités littéraires; et après tout il persiste à ne voir dans le grand mouvement du seizième siècle qu'une révolution en faveur de la liberté, que le triomphe de la religion toute négative du libre examen. — Questions sérieuses, sans doute, et qui doivent être débattues jusqu'au bout, vidées et résolues sans aucune crainte pour la vérité de Dieu qui est éternelle; mais questions que nous voyons partout compliquées de préjugés, de malentendus. Ne faudrait-il pas, avant toute discussion, s'efforcer de les dissiper?
Dans ce but, nous présentons à chaque parti le livre de Y Institution, et nous disons à tous : Lisez ! — Hommes de la science et du progrès, consentez à suspendre pour un moment vos rêves d'avenir, à regarder une fois encore en arrière, à vous replonger dans ce seizième siècle que peut-être vous connaissez trop peu ; et après avoir relu, vous verrez si vous pourrez encore flétrir du nom à' orthodoxie et rejeter comme des formules ce qui aura saisi votre conscience, humilié et relevé votre cœur. Des formules, oh! elles nous importent peu; mais quel déplorable malentendu si, sous ce nom, vous alliez répudier la vérité et la vie, et si, sans en avoir le droit, vous accusiez un seul de vos frères d'avoir cru à des formules! — Hommes du Réveil, lisez T et quand vous serez pénétrés de la sainte spontanéité avec laquelle nos grands Réformateurs élaborèrent leur foi par les Ecritures librement interprétées et par le rude travail de la conscience et de la pensée, quand
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vous les entendrez en appeler sans cesse à l'expérience individuelle et au témoignage intérieur du Saint-Esprit comme démonstration suprême de la divinité des Ecritures elles-mêmes, peut-être redouterez-vous moins chez vos frères celte méthode d'arriver à la foi, peut-être la trouverez-vous moins que toute autre sujette à de terribles illusions, peut-être conclurez-vous que le Réveil lui-même s'est inspiré beaucoup moins de notre Réformation que de certaines écoles modernes et étrangères. — Frères luthériens, lisez! et vous verrez que le livre qui servit d'étendard à l'Eglise réformée n'enseigne ni sur l'Eglise elle-même, ni sur le ministère de la Parole, ni sur la personne de Christ, ni sur la justification par la foi, ni sur les sacrements du baptême et de la cène, ce qu'on vous présente comme article de foi dans votre Formula Concordiez, ou que vous avez entendu dans la chaleur de la polémique, ou que vous avez vu dans quelques congrégations réformées. Vous comprendrez que pour chercher et trouver entre les deux familles de la Réformation un fraternel consensus, les termes à réduire en synthèses ne sont pas le luthéranisme d'une part, et de l'autre un zwinglianisme superficiel, mais que la partie qui vous tend la main et vous propose une alliance de foi et d'amour, c'est l'Eglise réformée, avec sa pure doctrine et sa belle vie, scellées du sang de ses martyrs. — Catholiques sérieux, ouvrirez-vous le livre que nous vous présentons? Ne vous laissez pas rebuter par une polémique acerbe, dont tous les partis usaient et abusaient au seizième siècle; pénétrez au fond des choses, et vous y trouverez non des négations et des protestations seulement, ou des problèmes proposés aux spéculations des philosophes, mais cette vérité positive, apostolique, divine, apportée à un monde perdu dans les ténèbres du péché, par le Fils du Dieu vivant que nous adorons avec vous, vérité qui seule peut répondre aux besoins profonds des âmes. Conduits par Calvin lui-même au pied de la croix du Calvaire, vous y puiserez comme lui, avec le pardon, la paix et la vie.
Irons-nous plus loin? convierons-nous au somptueux banquet préparé par le Réformateur ceux à qui le rationalisme philosophique a rendu absurde l'idée de toute révélation positive, ceux-là même que la spéculation a poussés de proche en proche jusqu'à
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l'abîme sans fond du panthéisme? Pourquoi pas ? Justement parce que Calvin présente sans ménagements, avec toute l'énergie d'une conscience honnête, ces doctrines et ces faits du christianisme que Paul appelait « la folie de la croix; » justement parce que, un siècle avant Pascal, il se montre assez fort pour accabler l'homme orgueilleux du poids de sa misère, et pour lui montrer ensuite le seul relèvement possible, — qui sait si cette méthode étrange, inaugurée par le Prophète de Nazareth, suivie par son plus grand missionnaire, et non sans succès, devant l'aréopage d'Athènes, n'atteindrait pas tel penseur trop sérieux pour trouver la paix auprès de Kant ou de Hegel ? « Quant aux hommes, cela est impossible, mais toutes choses sont possibles à Dieu. »
Nous laissons le lecteur dans la société du plus grand théologien du seizième siècle. Que l'Esprit de Dieu préside à leurs secrets entretiens !