‹ Institution de la religion chrestienneChapitre 317 sur 335 · LIVRE II, CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE II, CHAPITRE XV

a une mesme divinité essentielle aux pierres selon leur degré. Or afin qu'il ne semble qu'il vueille despouiller Jésus- Christ de sa divinité, il dit que sa chair est de la propre essence de Dieu, et (pie la Parole a esté faite chair, d'autant que la chair a esté convertie en l'essence de Dieu. Ainsi, ne pouvant comprendre Jésus-Christ estre Fils de Dieu, sinon que sa chair soit venue d'essence divine, et qu'elle soit derechef convertie en déité : il met à néant la seconde personne qui est en Dieu : et nous ravit le Fils de David, lequel a esté promis Rédempteur.

Car il réitère souvent ceste sentence : que le Fils de Dieu a esté engendré en prescience ou prédestination, et que finalement il a esté forgé homme de la matière laquelle reluisoit en Dieu en trois élémens, et laquelle finalement est apparue en la première clairté du monda, en

la nuée et colomne de feu. Il seroit trop long à raconter combien il se contredit vilenement à chacun coup : mais tous lecteurs chrestiens pourront juger de cest advertissement, que ce chien mastin avoit proposé d'esteindre toute espérance de salut par ses illusions. Car si la chairestoit la Divinité mesme, elle ne seroU plus temple d'icelle : et aussi nous ne pouvons avoir Rédempteur, sinon qu'il soit engendré vrayement selon la chair, pour estre vray homme. Servet fait perversement faisant bouclier des mots de sainct Jehan, que la Parole a esté faite d'air. Car comme l'erreur de Nestorius est là réprouvé, aussi d'autre part l'hérésie d'Eulyches laquelle Servet a renouvelée, n'y a ne support ne couleur : veu que sainct Jehan n'a eu autre intention, (pie d'establir une seule unité de personnes en deux natures.

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