LIVRE H, CHAPITRE XVI
gnie de ses Anges l. De là donc il nous est commandé d'attendre nostre Rédempteur au jour qu'il séparera les agneaux des boucs*, les esleus des réprouvez :
et n'y aura nul, ne vivant ne mort, qui puisse eschapper son jugement. Car le son de la irompette sera ouy de tous les bouts du.monde : par laquelle tous hommes seront appelez et citez à son throne judieial, tant ceux qui seront pour lors en vie, que ceux qui seront trespassez au paravant. Il y en a aucuns qui exposent par les vivans et les morts, les bons et les mauvais. Et de faict, nous voyons qu'aucuns des Anciens ont douté comment ils devoyent exposer ces vocables : mais le premier sens est beaucoup plus convenable, d'autant qu'il est plus simple et moins contraint, et prins de la manière accoustumée de l'Escriture. Et ne contrevient point ce qui est dit par l'Apostre, qu'il est une fois estably à tous hommes de mourir 3. Car combien que ceux qui seront pour lors en la vie mortelle quand le jugement viendra, ne mourront point selon l'ordre naturel, toutesfois la mutation qu'ils souffriront, d'autant qu'elle aura grande convenance à la mort, n'est pas sans raison appelée mort. Il est certain que tous ne reposeront pas longuement : ce que l'Escriture appelle dormir : mais tous seront muez et changez 4. Qu'est-ce à dire cela? c'est que leur vie mortelle sera abolie en une minute de temps et transformée en une nouvelle nature. Nul ne peut nier qu'un tel abolissement de la chair ne soit une mort. Néantmoins cela ce pendant demeure tousjours vray, que les vivans et les morts seront citez en jugement. Car les morts qui sont en Christ, ressusciteront les premiers : puis après ceux qui seront survivans, viendront au-devant du Seigneur en l'air : comme dit sainctPaul5. Et de faict, il est vray-semblable que cest article a esté prins de la prédication de sainct Pierre, selon que sainct Luc récite, et de l'adjuration notable que fait sainct Paul à Timothée, où il est nommément parlé des vivans et des morts 6.
1) Act. I, Il ; Matth. XXIV, 30. 2) Matth. XXV, 31, 32.
3) Héb. IX, 27. fc) 1 Cor. XV, 51.
5) IThess. IV, 16, 17. 6) Act.X, 42;2Tim. IV, 1.
18 De là nous revient une singulière consolation, que nous oyons la puissance de juger estre donnée à celuy qui nous a ordonnez comme participans de son honneur à faire jugement : tant s'en faut qu'il monte en son throne pour nous condamner l. Car comment un Prince de si grande clémence perdroit-il son peuple?
comment le chef dissiperoit-il ses membres? comment l'advocat condamneroitil ceux dont il a prins la défense? Et si l'Apostre ose se glorifier, qu'il n'y a nul qui puisse condamner quand Jésus-Christ intercède pour nous2, il est encores plus certain que Christ estant nostre intercesseur, ne nous condamnera point, veu qu'il a prins nostre cause en main, et a promis de nous soustenir. Ce n'est pas certes une petite asseurance, de dire que nous ne comparoistrons point devant autre siège judieial, que celuy de nostre Rédempteur, duquel nous attendons salut 3. D'avantage nous avons yci, que celuy qui nous promet maintenant par son Evangile béatitude éternelle, ratifiera lors sa promesse, en faisant jugement.
Le Père doneques a tellement honoré son Fils, en luy attribuant authorité déjuger, qu'en ce faisant il a pourveu à consoler les consciences de ses serviteurs, lesquelles pourroyent trembler de l'horreur du jugement, si elles n'y avoyent certaine espérance. Jusques yci j'ay suyvi l'ordre du Symbole qu'on appelle des Apostres, pource que là nous pouvons veoir comme en un tableau, par les articles qui y sont contenus, en quoy gist nostre salut : et par ce moyen aussi entendons à quelles choses il nous faut arrester pour obtenir salut en Jésus-Christ. J'ay desjà dit qu'il ne nous faut pas beaucoup soucier de l'autheur de ce Sommaire. Les Anciens d'un commun accord l'attribuent aux Apostres : soit qu'ils estimassent qu'il avoit esté laissé d'eux par escrit, soit qu'ils ayent voulu authoriser la doctrine laquelle ils sçavoyent estre provenue d'eux, et fidèlement baillée de main en main. Et de faict, je ne doute point que ce n'ait esté une confession receue sans contredit dés la première origine de l'E-
1) Matlh. XIX, 28. 2) Rom. VIII, 33.
3) Vide Ambros., DeJac, lib. 1, cap. VI.
glise, et mesmes du temps des Apostres. Il est aussi vray- semblable qu'un tel sommaire n'a pas esté composé par quelque homme privé : veu que dés le commencement il a obtenu authorité sacrée entre les fidèles; ce qui nous doit estre le principal est hors de dispute : asçavoir que toute l'histoire de nostre foy y est briefvement racontée en tel ordre et distinction, qu'il ne nous faut chercher d'avantage, et que rien n'y est mis qui ne soit prouvé par fermes tesmoignages de l'Escriture. Cela cognu , ce seroit chose inutile de beaucoup travailler à nous enquérir de l'autheur, ou débatre avec celuy qui ne s'accordera point avec nous, sinon que nous soyons si difficiles à contenter, que ce ne nous soit point assez d'estre enseignez par l'Esprit de Dieu en la vérité infallible.si nous ne sçavons de quelle bouche elle a esté proférée, ou de quelle main elle a esté escrite. 19 Or puis que nous voyons toute la somme et toutes les parties de nostre salut estre comprinses en Jésus-Christ, il nous faut garder d'en transférer ailleurs la moindre portion qu'on sçauroit dire.
Si nous cherchons salut : le seul nom de Jésus nous enseigne qu'il est en luy. Si nous désirons les dons du sainct Esprit : nous les trouverons en son onction. Si nous cherchons force : elle est en sa seigneurie. Si nous voulons trouver douceur et bénignité : sa nativité nous la
présente, par laquelle il a esté fait semblable à nous, pour apprendre d'estre pitoyable. Si nous demandons rédemption : sa passion nous la donne. En sa damnation nous avons nostre absolution.
Si nous désirons que la malédiction nous soit remise : nous obtenons ce bien-là en sa croix. La satisfaction, nous l'avons en son sacrifice : purgation, en son sang : nostre réconciliation a esté faite par sa descente aux enfers. La mortification de nostre chair gist en son sépulchre : la nouveauté de vie en sa résurrection : en laquelle aussi nous avons espérance d'immortalité. Si nous cherchons l'héritage céleste : il nous est asseuré par son ascension. Si nous cherchons aide et confort, et abondance de tous biens : nous l'avons en son règne. Si nous désirons d'attendre le jugement en seureté : nous avons aussi ce bien, en ce qu'il est nostre Juge. En somme, puis que les thrésors de tous biens sont en luy, il nous les faut de là puiser pour estre rassasiez, et non d'ailleurs. Car ceux qui non contens de luy, vacillent çà et là en diverses espérances : mesmes quand ils auroyent leur principal esgard en luy , si ne tienent-ils pas la droicte voye, d'autant qu'ils destournent une partie de leurs pensées ailleurs. Combien que ceste desfiance ne peut entrer en nostre entendement, quand nous avons une fois bien cognu ses richesses.