PAIX ET SALUT EN JÉSUS-CHRIST
Au commencement que je m'appliquay à escrire ce présent livre, je ne pensoye rien moins, Sire, que d' escrire choses qui fussent présentées à vostre Majesté : seulement mon propos estoit d'enseigner quelques rudimens, par lesquels ceux qui seroyent ■ touchez d'aucune bonne affection de Dieu, fussent instruits à la vraye piété. Et principalement je vouloye par ce mien labeur servir à nos François : desquels j'en voyoye plusieurs avoir faim et soif de Jésus-Christ, et bien peu qui en eussent receu droicte cognoi«sance. Laquelle miene délibération on pourra facilement appercevoir du livre, entant que je l'ay accomodé à la plus simple forme d'enseigner qu'il m'a esté possible. Mais voyant que la fureur d'aucuns iniques s' estoit tant eslevée en vostre Royaume, qu'elle n'avoit laissé lieu aucun à toute saine doctrine, il m'a semblé estre expédient de faire servir ce présent livre, tant d'instruction à ceux que premièrement j'avoye délibéré d'enseigner, qu'aussi de confession de foy envers vous : dont vous cognoissiez quelle est . la doctrine contre laquelle d'une telle rage furieusement sont enflambez ceux qui par feu et par glaive troublent aujourd'huy vostre Royaume. Car je n'auray nulle honte de confesser que j'ay ycicomprins quasi une somme de ceste mesme doctrine laquelle ils estiment devoir estre punie par prison, bannissement, proscription et feu : et laquelle ils crient devoir estre deschassée hors de terre et de mer. Bien say-je de quels horribles rapports ils ont remply vos aureilles et vostre cœur, pour vous rendre nostre cause fort odieuse : mais vous avez à réputer selon vostre clémence et mansuétude, qu'il ne resteroit innocence aucune ny en dits ny en faits, * s'il suffisoit d'accuser. Certainement si quelqu'un, pour esmouvoir
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haine à l'encôntre de ceste doctrine de laquelle je me veux efforcer de vous rendre raison, vient à arguer qu'elle est desjà condamnée par un commun consentement de tous estats, qu'elle a receu en jugement plusieurs sentences contre elle, il ne dira autre chose, sinon qu'en partie elle a esté violentement abatue par la puissance et conjuration des adversaires, en partie malicieusement opprimée par leurs mensonges, tromperies, calomnies et trahisons. C'est force et violence, que cruelles sentences sont prononcées à rencontre d'icelle devant qu'elle ait esté défendue. C'est fraude et trahison, que sans cause elle est notée de sédition et maléfice. Afin que nul ne pense que nous nous complaignons de ces choses à tort, vous-mesme nous pouvez estre tesmoin, Sire, par combien fausses calomnies elle est tous les jours diffamée envers vous : c'est asçavoir, qu'elle ne tend à autre fin, sinon que tous règnes et polices soyent ruinées, la paix soit troublée, les loix abolies, les seigneuries et possessions dissipées : brief, que toutes choses soyent renversées en confusion. Et néantmoins encores vous n'en oyez que la moindre portion. Car entre le populaire on sème contre icelle horribles rapports : lesquels s'ils estoyent véritables, à bon droict tout le monde la pourrait juger avec tous ses autheurs, digne de mille feux et mille gibets. Qui s'esmerveillera maintenant pourquoy elle est tellement haye de tout le monde, puis qu'on adjouste foy à telles et si iniques détractions? Voylà pourquoy tous les estats d'un commun accord conspirent à condamner tant nous que nostre doctrine. Ceux qui sont constituez pour en juger, estans ravis et transportez de telle affection, prononcent pour sentence, la conception qu'ils ont apportée de leur maison : et pensent trèsbien estre acquittez de leur office s'ils ne jugent personne à mort, sinon ceux qui sont, ou par leur confession, ou par certain tesmoignage, convaincus. Mais de quel crime? De ceste doctrine damnée, disent-ils. Mais à quel tiltre est-elle damnée? Or c'estoit le point de la défense : non pas désad vouer icelle doctrine, mais la soustenir pour vraye. Yci est osté le congé d'ouvrir la bouche. Pourtant je ne demande point sans raison, Sire, que vous vueilliez prendre la cognoissance entière de ceste cause, laquelle jusques-yci a esté démenée confusément sans nul ordre de droict : et par un
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ardeur impétueux, plustost que par une modération et gravité judiciaire. Et ne pensez point que je tasche à traitter yci ma défense particulière, pour impétrer retour au pays de ma naissance ; auquel combien que je porte telle affection d'humanité qu'il appartient : toutesfois comme les choses sont maintenant disposées, je ne souffre pas grand clueil d'en estre privé : mais j'entrepren la cause commune de tous les fidèles, et mesmes celle de Christ, laquelle aujourd'huy est en telle manière du toutdeschirée etfoullée en vostre Royaume, qu'elle semble estre désespérée. Ce qui est bien advenu par la tyrannie d'aucuns Pharisiens, plustost que de vostre vouloir. Mais comment cela se fait, il n'est point mestier de le dire yci. Quoy que ce soit, elle est grandement affligée. Car la puissance des adversaires de Dieu a obtenu jusques-là, que la vérité de Christ, combien qu'elle ne soit perdue et dissipée, toutesfois soit cachée et ensevelie comme ignominieuse : et outre, que la povrette Eglise soit ou consumée par morts cruelles, ou deschassée par bannissemens, ou tellement estonnée par menaces et terreurs, qu'elle n'ose sonner mot. Et encores ils insistent en telle rage qu'ils ont accoustumé, pourabatre la paroi qu'ils ont jà esbranlée, et parfaire lamine qu'ils ont encommencée. Ce pendant nul ne s'advance, qui s'oppose en défenses contre telles furies. Et s'il y en a aucuns qui veulent estre veus trèsfort favoriser à la vérité, ils disent qu'on doit aucunement pardonner à l'imprudence et ignorance des simples gens. Car ils parlent en ceste manière, appelans la trèscertaine vérité de Dieu, Imprudence et ignorance : et ceux que nostre Seigneur a tant estimez, qu'il leur a communiqué les secrets de sa sapience céleste, Gens simples : tellement tous ont honte de l'Evangile. Or, c'est vostre office, Sire, de ne destourner ne vosaureilles ne vostre courage d'une si juste défense, principalement quand il est question de si grande chose : c'est asçavoir comment la gloire de Dieu sera maintenue sur terre : comment sa vérité retiendra son honneur et dignité : comment le règne de Christ demeurera en son entier. 0 matière digne de vos aureilles , digne de vostre jurisdiction , digne de vostre Throne royal ! Car ceste pensée fait un vray Roy, s'il se recognoist estre vray ministre de Dieu au gouvernement de son royaume : et au contraire, celuy qui ne
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règne point à ceste fin de servir à la gloire de Dieu, n'exerce pas règne, mais brigandage. Or on s'abuse si on attend longue prospérité en un règne qui n'est point gouverné du sceptre de Dieu, c'est-à-dire sa saincte Parole. Car l'édict céleste ne peut mentir, par lequel il est dénoncé, que le peuple sera dissipé quand la Prophétie défaudra1. Et ne devez estre destourné par le contemnement de noslre petitesse. Certes nous recognoissons assez combien nous sommes povres gens et de mespris : c'est asçavoir devant Dieu misérables pécheurs, envers lesjhommes vilipendez et déjettez : et mesmes (si vous voulez) l'ordure et balieure du monde, ou si l'on peut encores nommer quelque chose plus vile. Tellement qu'il ne nous reste rien de quoy nous glorifier devant Dieu, sinon sa seule miséricorde : par laquelle, sans quelque mérite, nous sommes sauvez : ny envers les hommes, sinon nostre infirmité, c'est-à-dire, ce que tous estiment grande ignominie.
Mais toutesfois il faut que nostre doctrine consiste eslevée et insupérable par-dessus toute la gloire et puissance du monde. Car elle n'est pas nostre, mais de Dieu vivant et de son Christ, lequel le Père a constitué Roy, pour dominer d'une mer à l'autre , et depuis les fleuves jusques aux fins de la terre2 : et tellement dominer, qu'en frappant la terre de la seule verge de sa bouche3, il la casse toute avec sa force et sa gloire comme un pot de terre " : ainsi que les Prophètes ont prédit la magnificence de son règne, qu'il abatroit les royaumes durs comme fer et airain , et reluisans comme or et argent5. Bien est vray, que nos adversaires contredisent, reprochans que faussement nous prétendons la Parole de Dieu, de laquelle nous sommes, comme ils disent, pervers corrupteurs. Mais vous-mesme, selon vostre prudence, pourrez juger en lisant nostre confession , combien ceste reproche est pleine nonseulement de malicieuse calomnie, mais d'impudence trop effrontée. Néantmoins il sera bon de dire yci quelque chose pour vous apprester voyeà icelle lecture. Quand sainct Paul a voulu que toute prophétie fust conforme à l'analogie et similitude de la foy 6, il a mis une trèscertaine règle pour esprouver toute interprétation de l'Es-
i Prov. XXIX, 18. » Ps. LXXII, 8. » Is. XI, 4.
* Ps. II, 9. 8 Dan. II, 32. • Rom. XII, 6.
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criture. Or si nostre doctrine est examinée à ceste règle de foy, nous avons la victoire en main. Car quelle chose convient mieux à la foy, que de nous recognoistre nuds de toute vertu pour estre vestus de Dieu ? vuides de tout bien, pour estre remplis de luy ? serfs de péché, pour estre délivrez de luy? aveugles, pour estre de luy illuminez ? boiteux, pour estre de luy redressez ? débiles, pour estre de luy soustenus? de nous oster toute matière de gloire, afin que luy seul soit glorifié, et nous en luy? Quand ces choses et semblables sont dites par nous, nos adversaires crient que par ce moyen seroit subvertie je ne say quelle aveuglée lumière de nature, leur préparation qu'ils ont forgée pour nous disposer à venir à Dieu , le Libéral arbitre, les œuvres méritoires de salut éternel , avec leurs superérogations ; pourtant qu'ils ne peuvent souffrir que la louange et gloire entière de tout bien, de toute vertu, justice et sapience réside en Dieu. Mais nous ne lisons point qu'il y en ait eu de reprins pour avoir trop puisé de la source d'eaux vives : au contraire, le Prophète corrige asprement ceux qui se sont fouy des puits secs, et qui ne peuvent tenir l'eau l. En outre, qu'est-il plus propre à la foy, que se promettre Dieu pour un Père doux et bénin, quand Christ est recognu pour frère et propiciateur? que d'attendre tout bien et toute prospérité de Dieu, duquel la dilection s'est tant estendue envers nous, qu'il n'a point espargné son propre Fils , qu'il ne l'ait livré pour nous 2 ? que de reposer en une certaine attente de salut et vie éternelle , quand on pense que Christ nous a esté donné du Père , auquel tels thrésors sont cachez ? A ces choses ils répugnent, et disent qu'une telle certitude de fiance n'est pas sans arrogance et présomption. Mais comme il ne faut rien présumer de nous, aussi nous devons présumer toutes choses de Dieu : et ne sommes pour autre raison despouillez de toute vaine gloire, sinon afin de nous glorifier en Dieu. Que diray-je plus : Considérez, Sire, toutes les parties de nostre cause : et nous jugez estre les plus pervers des pervers, si vous ne trouvez manifestement que nous sommes oppressez et recevons injures et opprobres, pourtant que nous mettons nostre espérance en Dieu
*Jér. II, 13. » Rom. Vin, 32.
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vivant1, pourtant que nous croyons que c'est la vie éternelle de cognoistre un seul vray Dieu, et celui qu'il a envoyé, Jésus-Christ*. A cause de ceste espérance aucuns de nous sont détenus en prison, les autres fouettez, les autres menez à faire amendes honorables, les autres bannis, les autres cruellement affligez, les autres eschappent par fnyte : tous sommes en tribulation, tenus pour maudits et exécrables, injuriez et traittez inhumainement. Contemplez d'autre part nos adversaires (je parle de Testât des Prestres, à l'adveu et appétit desquels tous les autres nous contrarient) : et regardez un petit avec moy de quelle affection ils sont menez. Ils se permettent aisément à eux et aux autres , d'ignorer, négliger et mespriser la vraye religion, qui nous est enseignée par l'Escriture, et qui devoit estre résolue et arrestée entre tous : et pensent qu'il n'y a pas grand intérest quelle foy chacun tient, ou ne tient pas de Dieu et de Christ : mais que par foy (comme ils disent) enveloppée, il submette son sens au jugement de l'Eglise. Et ne se soucient pas beaucoup s'il advient que la gloire de Dieu soit polluée par blasphèmes tous évidens, moyennant que personne ne sonne mot contre l'authorité de nostremère saincte Eglise: c'est-à-dire, selon leur intention, du siège romain. Pourquoy combatent-ils d'une telle rigueur et rudesse pour la Messe , le Purgatoire, les pèlerinages et tels fatras, tellement qu'ils nient la vraye piété pouvoir consister, si toutes ces choses ne sont creues et tenues par foy trèsexplicite, combien qu'ils n'en prouvent rien par la Parole de Dieu? Pourquoy, di-je , sinon pourtant que leur ventre leur est pour dieu, la cuisine pour religion : lesquels ostez, non-seulement ils ne pensent pas qu'ils puissent estre Chrestiens , mais ne pensent plus estre hommes ? Car combien, que les uns se traittent délicatement en abondance, les autres vivotent en rongeant des croustes, toutesfois ils vivent tous d'un pot : lequel sans telles aides nonseulement se refroidiroit , mais gèleroit du tout. Pourtant celuy d'eux qui se soucie le plus de son ventre , est le meilleur zélateur de leur foy. Brief, ils ont tous un mesme propos, ou de conserver leur règne, ou leur ventre plein. Et n'y en a pas un d'eux
MTim.IV, 10. «Jean XVII, 3.
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qui monstre la moindre apparence du monde de droict zèle : et néantmoins ils ne cessent de calomnier nostre doctrine, et la descrier et diffamer par tous moyens qu'il leur est possible, pour la rendre ou odieuse, ou suspecte. Ils l'appellent Nouvelle, et forgée puis n'aguères. Ils reprochent qu'elle est douteuse et incertaine. Ils demandent par quels miracles elle est confermée. Ils enquièrent si c'est raison qu'elle surmonte le consentement de tant de Pères anciens, et si longue coustume. Ils insistent, que nous la confessions estre schismatique, puis qu'elle fait la guerre à l'Eglise : ou que nous respondions , que l'Eglise a esté morte par tant longues années, ausquelles il n'en estoit nulle mention. Finalement, ils disent, qu'il n'est jà mestier de beaucoup d'argumens, veu qu'on peut juger des fruits quelle elle est : c'est asçavoir, qu'elle engendre une grande multitude de sectes, force troubles et séditions, et une licence desbordée de malfaire. Certes il leur est bien facile de prendre leur advantage contre une cause déserte et délaissée*: principalement quand il faut persuader au populaire ignorant et crédule : mais si nous avions aussi bien lieu de parler, j'estime que leur ardeur, dont ils escument si asprement contre nous, seroit un peu refroidie.
Premièrement , en ce qu'ils l'appellent Nouvelle , ils font fort grande injure à Dieu , duquel la sacrée Parole ne méritoit point d'eslre notée de nouvelleté. Certes je ne doute point, que touchant d'eux, elle ne leur soit nouvelle : veu que Christ mesme, et son Evangile leur sont nouveaux. Mais celuy qui sait que ceste prédication de sainct Paul est ancienne : c'est que Jésus-Christ est mort pour nos péchez, et ressuscité pour nostre justification 1 : il ne trouvera rien de nouveau entre nous. Ce qu'elle a esté long temps cachée et incognue, le crime en est à imputer à l'impiété des hommes. Maintenant quand elle nous est rendue par la bonté de Dieu , pour le moins elle devoit estre receue en son authorité ancienne.
D'une mesme source d'ignorance prouvient ce qu'ils la réputent douteuse et incertaine. Vrayement c'est ce que nostre Seigneur se complaind par son Prophète : Que le bœuf a cognu son posses-
1 Rom. IV, 25.
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seur, et l'asne l'estable de ses maistres : et luy, qu'il est mescognu de son peuple1. Mais comment qu'ils se mocquent de l'incertitude d'icelle , s'ils avoyent à signer la leur de leur propre sang, et aux despens de leur vie, on pourrait veoir combien ils la prisent. Nostre fiance est bien autre, laquelle ne craint ne les terreurs de la mort, ne le jugement de Dieu.
En ce qu'ils nous demandent miracles, ils sont desraisonnables. Car nous ne forgeons point quelque nouveau Evangile : mais nous retenons celuy, pour la vérité duquel confermer, servent tous les miracles que jamais et Jésus-Christ, et ses Apostres ont faits. On pourroit dire qu'ils ont cela particulier outre nous, qu'ils peuvent confermer leur doctrine par continuels miracles qui se font jusques aujourd'huy. Mais plustost ils allèguent miracles qui pourroyent esbranler et faire douter un esprit, lequel autrement seroit bien en repos : tant sont ou frivoles ou mensongers. Et néantmoins quand ils seroyent les plus admirables qu'on sçauroit penser, si ne doyvent-ils aucunement valoir contre la vérité de Dieu : veu qu'il appartient que le nom de Dieu soit tousjours et par tout sanctifié , soit par miracles , soit par l'ordre naturel des choses. Ils pourroyent yci avoir plus d'apparence, si l'Escriture ne nous eust advertis quel est l'usage légitime des miracles. Car sainct Marc dit, que ceux qu'ont fait les Apostres ont servy à confermer leur prédication2. Pareillement sainct Luc dit que nostre Seigneur en ce faisant a voulu rendre tesmoignage à la Parole de sa grâce 3. A quoy respond ce que dit l'Apostre, que le salut annoncé par l'Evangile, a esté confermé en ce que Dieu en a testifié par signes et vertus miraculeuses*. Quand nous oyons que ce doyvent estre seaux pour seeller l'Evangile, les convertirons-nous à destruire son authorité ? Quand nous oyons qu'ils sont destinez à establir la vérité, les appliquerons-nous à fortifier le mensonge ? Pourtant il faut que la doctrine laquelle précède les miracles , comme dit l'Evangéliste, soit examinée en premier lieu : si elle est approuvée, lors elle pourra bien prendre confirmation par les miracles. Or c'est une bonne enseigne de vraye doctrine, comme dit Christ,
» Is. I, 5. » Marc XVI, 20. » Act. XIV, 3. * Héb. II, 4.
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si elle ne tend point à la gloire des hommes, mais de Dieu1. Puis que Christ afferme que telle doit estre l'espreuve, c'est mal prendre les miracles, que de les tirer à autre fin que pour illustrer le nom de Dieu. Et nous doit aussi souvenir que Satan a ses miracles: lesquels combien qu'ils soyent illusion plustost que vrayes vertus, toutesfois si sont-ils tels, qu'ils pourroyent abuser les simples et rudes. Les Magiciens et enchanteurs ont esté tousjours renommez pour leurs miracles : l'idolâtrie des Gentils a esté nourrie par miracles merveilleux, lesquels toutesfois ne sont sufïïsans pour nous approuver la superstition ne des Magiciens ne des Idolâtres.
Les Donatistes estonnoyent anciennement la simplicité du populaire de ceste mesme machine, qu'ils faisoyent plusieurs miracles. Nous faisons doncques maintenant une mesme response à nos adversaires, que faisoit lors sainct Augustin aux Donatistes : Que nostre Seigneur nous a rendus assez advisez contre ces miracleurs, prédisant qu'il surviendroit des faux Prophètes , qui par grandes merveilles et prodiges tireroyent en erreur mesmes les esleus, si faire se pouvoit2. Et sahtct Paul a adverty que le règne d'Antéchrist seroit avec toute puissance , miracles et prodiges mensongers 3. Mais nos miracles, disent-ils, ne se font ne par idoles, ne par enchanteurs, ne par faux Prophètes, mais par les Saincts : comme si nous n'entendions point que c'est la finesse de Satan , se transfigurer en Ange de lumière4. Les Egyptiens autrefois ont fait un dieu de Jérémie , qui estoit ensevely en leur région , luy sacrifians , et faisans tous autres honneurs qu'ils avoyent accoustumé faire à leurs dieux5. N'abusoyent-ils pas du sainct Prophète de Dieu à leur idolâtrie? et toutesfois ils en venoyent là, qu'estans guaris de la morsure des serpens, ilscuidoyent recevoir salaire de telle vénération de son sépulchre. Que dirons-nous, sinon que ce a tousjours esté et sera une vengence de Dieu trèsjuste, d'envoyer efficace d'illusion à ceux qui n'ont point receu la dilection de vérité , pour les faire croire à mensonge 6 ? Doncques , les
•Jean VII, 18; VIII, 50.
* Sur sainct Jean, Tract., XIII; Matth. XXIV, 24.
3 2 Thess. II, 9. * 2 Cor. XI, 14.
5 Sainct Hiérosme, en la préface de Jérémie.
«2 Thess. 11,11.