‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 114 sur 703 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

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jirehcnsion ne fust qu'une souvenance de ce que l'aiiie savoit devant (|u'estre mise dedans le cuijjs, toutesfois la raison nous contraiiU de confesser (|u'il y a quelque principe de ces choses imprimé en l'entendement de riionune. Ces eXL iiqjles donc nous nionstrent (|u"il y a queliiùe appréhension universelle île raison, inqirimée naturellement en tous hommes, et toutesfois cela est tellement universel, (pi'un chacun p(nnsoy en son intelligence doit recoj;noistre une grâce spéciale de Dieu : à kuiuelle recof^noissance luy nous esveille suflisamment, en créant des fols et povres sinqdes. esquels il représente comme en un miioir (pielle excellence auroit lame de l'homme si elle n'estoit esclarcie de sa lumière, laquelle est tellement naturelle à tous. ijue c'est un henelice gratuit de sa largesse envers un chacun. L'invention des arts, la manière de les enseigner, l'ordre de doctrine, la cognoissance singulière et excellente d'icelles, pource que ce sont choses (jui adviennent à peu de gens, ne nous sont point pour argumens certains quelle ingéniosité ont les hounues de uatm'e : toutesfois puis ([u'elles sont conununes aux bons et aux mauvais, nous les pouvons reputer entre les grâces naturelles.

lo. Pourtant, (juand nous voyons aux escrivains Payens ceste admirable lumière de vérité, huiuelle ajjparoit en leurs livres, cela nous doit admonnester que la nature de l'homme, combien qu'elle soit descheute de son intégrité, et fort corrompue, ne laisse point toutesfois d'estre ornée de beaucoup de dons de Dieu. Si nous recognoissons l'esprit de Dieu comme une fontaine unique de vérité, nous ne contenmerons point la vérité par tout où elle apparoistra, sinon que nous vueillions faire injure à l'Esprit de Dieu : car les don.; de l'Esprit ne se peuvent vilipender sans le contemnement et opprobre d'iceluy. Or maintenant pourrons-nous nier que les anciens Jurisconsultes n'ayent eu grande clairté de prudence, en constituant un si bon ordre, et une police si équitable ? Dirons-nous que les Philosophes ayent esté aveugles, tant en considérant les secrets de nature si diligemment, ([u'en les escrivant avec tel artifice ? Dirons-nous (pie ceux qui nous ont enseigné l'art de disputer, qui est la manière de parler avec raison, n'ayent eu nul entendement? Dirons-nous que ceux qui ont inventé la médecine ont esté insensez? Des autres disciplines, penserons-nous que ce soyent folies ? Mais au contraire, nous ne pourrons lire les li\Tes qui ont esté escrits de toutes ces matières sans nous esmerveiller. Or nous nous en esmerveillerons, pom'ce que nous serons contreints d'y recognoistre la prudence qui y est. Et estimerons-nous rien excellent ne louable, que nous ne recognoissions venir de Dieu ? Car autrement ce seroit une trop grande ingratitude en nous, laquelle n'a point esté aux Poètes

payens, qui ont confessé la Philosophie, les loix, la Uiedecine et autres doctrines estre dons de Dieu. Puis donc (pi'ainsi est, que ces personnages, qui n'avoyent autre aide que de nature, ont esté si ingénieux en l'intelligence des choses mondaines et inférieures, tels exemples nous doi\ent instruire condiirn nostrc Seigneur a laissé de grâces à la nature humaine, après ([u'elle a esté despouillée du sou\ei-ain bien.

It). Si est-ce touteslois qu'il ne faut point oublier que toutes telles grâces sont dons de l'Esprit de Dieu, les((uels il distribue à qui bon luy seudjie, jtour le bien conuuun du. genre humain. Car s'il a fallu que science et artilice ayent esté donnez spécialement par l'Esprit de Dieu à ceux (jui construisoyent le Tabernacle au di^sert (E\. ;H, 2 ; :]'), 30), ce n'est point de merveille si nous disons que la cognoissance des choses principales de la vie humaine, nous est conHnuiii(iuée par l'Esprit de Dieu. Si quelcun objecte, Qu'est-ce (pi'a à faire l'Esprit de Dieu avec les ini(pies, (jui sont du tout estranges de Dieu? Je respon que cest argument n'est pas suffisant. Car ce qui est dit, ([ue l'Esprit habite seulement au\ hommes fidèles : cela s'entend de l'Esprit de sanctification, par lequel nous sommes consacrez à Dieu pour estre ses temples. Cependant toutesfois Dieu ne laisse point de remplir, mouvoir, vivifier par la vertu de ce mesme Esprit toutes créatures : et cela fait-il selon la propriété d'une chacune, telle qu'il luy a donnée en la création. Or si le Seigneur a voulu que les iniques et infidèles nous servent à entendre la Physique, Dialectique et autres disciplines, il nous faut user d'eux en cela, de peur que nostre négligence ne soit punie, si nous mesprisons les dons de Dieu là où ils nous sont olTerts. Toutesfois, afin que nul ne pense l'hounne estre fort heureux en ce que nous luy concédons une si grande vertu, de comprendre les choses inférieures et contenues eu ce monde corruptible, il nous faut semblablement noter toute ceste faculté qu'il a d'entendre, et l'intelligence qui s'ensuit, estre chose frivole et de nulle importance devant Dieu, quand il n'y a point ferme fondement de vérité. Car ceste sentence que nous avons alléguée de sainct Augustin est tresvraye, lacpielle le maistre des Sentences et les Scolastiques ont esté contreints d'approuver : c'est que comme les grâces données à l'homme dés le commencement outre sa nature, luy ont esté ostées après qu'il est trebusché en péché : aussi que les grâces naturelles aui luy sont demourées,ont esté corrompues : non pas qu'elles se puissent contaminer entant qu'elles procèdent de Dieu, mais elles ont laissé d'estre pures à l'homme, après qu'il a esté poilu, tellement qu'on ne luy en doit attribuer aucune louange. *^

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