LIVRE II
le contemnement de laquelle es bestes brutes monstre qu'elles sont pleines de stupidité, et sans aucun sentiment de raison : condjieu (pie ce désir tel quel, devant que se mettre en train dt^faut, pouree qu'il decboit en vanité. Car l'entendement humain, k cause de sa rudesse, ne peut tenir certaine voye pour chercher la vérité, mais exlravague en divers erreurs : et comme un aveuf^le qui tastoiuie en teneltres. se lieurti^ ça et la, jusques à s'esgarer du tout. Ainsi en cherchant la vérité, il monstre combien il est mal propre et idoine à la cherciier et trouver. Il y a une autre faute bien grosse, c'est (lu'il nt^ discerne point le plus souvent à quoy il se doit a|)])liquer. Ainsi il se tormente d'une foUe curiosité, à ciiercher choses superflues et de nulle valeur. Quant est des choses nécessaires, ou il les mesprise du tout, ou au lieu de les regarder, il les guigne connue en jiassant. Certes il n'advient (]uasi jamais (fu'il y applicjue son estude à bon escient. De LKiuelle perversité, combien que tous les escrivains Payons se complaignent, neantmoins on voit qu'ils s'y sont tous envelo[)pez. Pourtant Salomon en son Ecclesiaste, après avoir raconté toutes les choses esquelles les hommes se plaisent et pensent estre bien sages, en la tin il les prononce estre vaines et frivoles.
13. Toutesfois quand l'entendement humain s'elTorce à (|uelque estutle, il ne labeure pas tellement eu vain, qu'il ne profite aucunement : principalement, quand il s'adresse à ces choses inférieures. Et mesme n'est j)as tellement stupide, qu'il ne gouste quelque petit des choses supérieures, combien qu'il vaque negligenmient à les chercher : mais il n'a point pareille faculté aux unes et aux autres, (lar quand il se veut eslever par dessus la vie présente, il est lors principalement conveincu de son imbécillité. Pourtant afin de mieux entendre jusques à quel degré il peut monter en cliacuiu> chose, il nous faut user d'une distinction qui sera telle : assavoir que l'intelligence des choses terriennes est autre que des choses célestes. J'appelle choses terriennes, lesquelles ne touchent point jusques à Dieu et son royaume, n'a la vraye justice et immortalité de la vie future : mais sont conjointes avec la vie présente, et quasi encloses sous les limites d'icelle. Les choses célestes, je les appelle la pure cognoissance de Dieu, la reigle et raison de vraye justice, et les mystères du royaume céleste. Sous la première espèce sont contenues la doctrine politique, la manière de bien gouverner sa maison, les arts mécaniques, la Philosophie et toutes les disciplines qu'on appelle libérales. A la seconde se doit référer la cognoissance de Dieu et de sa volonté, et la reigle de conformer nostre vie à icelle. Quant au premier genre, il nous faut confesser ce qui s'ensuit : c'est qu'entant que l'homme
est de nature compagnable, il est aussi enclin d'une affection natmxMle a entretenir et conserver société. Pourtant nous voyons qu'il y a quelques cogitations générales d'une honnesteté et ordre civil, imj)rimées en l'entendement de tous hommes. De la vient qu'il ne s'en trouve nul qui ne recognoisse que toutes assemblées d'hommes se doivent reigler par quelques loix, et qui n'ait quelque principe d'icelles loix en son entendement. De la vient le consentement qu'ont eu tousjours tant les peuples que les hommes particuliers, à accepter loix, pouree (pfil y en a queliiue semence en tous qui procède de nature, sans maistre ou législateur. A cela ne répugnent point les dissentions et combats qui surviennent incontinent : c'est que les uns vouih'oyent toutes loix estre cassées, toute honnesteté renversée, toute justice abolie, pour se gouverner selon leur cupidité : comme pour exemple, les lari'ons et brigans. Les autres (ce qui advient communément) pensent estre ini- (|ue ce qu'un législateur ordonne pour bon et juste, et jugent estre bon ce (lu'il défend comme mauvais. Car les premiers ne hayssent point les loix, pouree qu'ils ignorent qu'elles soyent bonnes et sainctes : mais estans ravis et transportez de leur cupidité, comme d'une rage, combatent contre la raison : et ce qu'ils approuvent en leur entendement, ils le baissent en leur cœur, au- (piel règne la mauvaistié. Les seconds, au différent (ju'ils ont ne répugnent pas tellement ensemble, qu'ils n'ayent tous ceste première appréhension d'équité que nous avons dit. Car puis que leur conti'arieté gist en cela, quelles loix seroyent les meilleures, c'est signe qu'ils consentent en quelque somme d'équité. En (pioy aussi se monstre la débilité de l'entendement humain, lequel pensant suyvre la droite voye, cloche et chancelle. Neantmoins cela demeure tousjours ferme, qu'il y a en tous hommes quelque semence d'ordre politique : ce qui est un grand argument que nul n'est destitué de la lumière de raison quant au gouvernement de la vie i)resente.
14. Quant est des arts tant mécaniques que libéraux, entant que nous avons quelque dextérité à les apprendre, en cela il apparoit qu'il y a quelque vertu en cest endroit en l'entendement Immain. Car combien qu'un chacun ne soit pas propre et idoine à les apprendre tous, toutesfois c'est un signe suffisant que l'entendement humain n'est pas destitué de vertu en cest endroit, veu qu'il ne s'en trouve quasi pas un lequel n'ait quelque pronqititude à y profiter. Davantage, il n'y a pas seulement la vertu et facilité à les apprendre : mais nous voyons que chacun en son art le plus souvent invente quelque chose de nouveau, ou bien augmente et polit ce qu'il a apprins des autres. En quoy, combien que Platon se soit abusé, pensant que telle ap-