‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 116 sur 703 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

note que par ceste illuniiDation elle ne peut comprendre Dieu. Pour(|iioy cela ' i)ource qno luut Sun engin,(iuaut a la cugnuissance de Dieu, •est pure obscurité. Car quand le sainct Esprit appelle les lionmies Tenelires. il les despouille de toute l'acuité d'intelligence spirituelle. Pourtant il allernie que les fidèles qui reço\Tent Christ ne sont point naiz de sang, ne de volonté de chair, ne de volonté d'honuue, mais de Dieu seulement (Jean 1, i;î). Connue s'il disoit, que la chair n'est point capable d'une si haute sagesse, (jue de comprendre Dieu et ce qui est de Dieu, sinon (|u"elle soit illuminée i)ar le sainct Esprit. Conuue Jésus Christ testifioit à sainct Pierre, (pie c'estoit une révélation spéciale de Dieu son Père, qu'il l'avoit peu cognoisire (Mattli. l(i, 17).

20. Si nous avions pour résolu ce qui nous doit estre sans doute, c'est que tout ce que nostre Seigneur confère à ses eleus par l'Esprit de régénération, iletaut à nostre nature, nous n'aurions nulle matière d'hésiter et douter en cest endroit. Car le peuple fidèle parle en ceste manière par la bouche du Prophète, Devers toy, Seigneur, est la fontaine de vie : et en ta lumière nous verrons clair (Ps. 36. 10). Et sainct Paul tesmuigne ({ue nul ne peut bien parler de < >hrist, sinon par le sainct Esprit (1 Cor. 12, 3). Item, Jean Baptiste voyant la rudesse de ses disciples, s'escrie que nul ne peut rien comprendre, sinon qu'il luy soit donné du ciel (Jean 3, 27). Ur par ce mot de Don, qu'il entende une révélation spéciale, et non i)oint uneinteUigence commune de nature, il appert bien en ce qu'il se compleind qu'il n'a rien profité entre ses disciples par tant lie prédications qu'il leur avoit fait de Christ: Je voy bien, dit-il, que mes parolles n'ont nulle vertu à instruire les hommes des choses divines, sinon que Dieu les instruise par son Esprit. Pareillement Moyse reprocliant au peu[)le son oubliance, note cpiantet quant ((u'ilne peut rien entendre au mystère de Dieu, sinon que la grâce luy soit donnée. Tes yeux, dit-il, ont veu des signes et miracles tresgrans, et le Seigneur ne t'a point donné entendement pour comprendre, n'oreilles pour ouyr, n'yeux pour voir (Deut. 29, 2). Qu'est-ce qu'il exprimeroit davantage, s'il les appelloit Busches à considérer les œuvres de Dieu ? Pour ceste raison le Seigneur par son Propiiete promet aux Israélites pour une grâce singulière, qu'il leur donnera entendement par lequel ils le cognoistront (Jer. 24, 7) : signifiant que l'entendement de l'homme ne peut avoir davantage de prudence spirituelle, sinon entant (ju'il est illuminé de luy. Cela mesme nous est clairement confermé par la bouche de Jésus Christ, ([uand il dit que nul ne peut venir à luy, sinon (juil luy soit donné du Père (Jean 6, 44). N'est-il pas l'image vive du Père, en laquelle nous est représentée la clairté de la gloire d'ice-

luy (Hebr. 1, 3)? Il ne pouvoit donc mieux de-

monstror quelle est nostre capacité à cognoistre Dieu, ([u'en disant que nous n'avons point d'yeux à contenq)ler son image, quand elle nous est monstrée si evidenuuent. N'est-il pas aussi luy mesme desceniiu en terre pour manifester aux honuues la volonté de son Père (Jean 1, 18)? N'a-il pas fidèlement exécuté sa charge? Nous ne pouvons pas dire du contraire. Mais sa prédication ne pouvoit de rien profiter, sinon entant que le sainct E.sprit luy donnoit intérieurement ouverture au co^ur des hommes. Nul donc ne vi'Mit à luy, ([u'il n'ait esté enseigné du Père. Or le moyen de ceste instruction est, (juand le sainct Esprit par une vertu singulière et mei'veilleuse, donne oreilles pour ouyr et esi)rit pour entendre. Pour confermer cela, nostre Seigneur Jésus allègue une sentence d'Isaie, là où Dieu après a\ oir [iromis de rest<aurer son Eglise, dit f(ue les fidèles (pi'il assemblera en icelle seront disciples de Dieu (Is. o4, 13)? S'U est là parlé d'une grâce spéciale que Dieu fait à ses eleus, il est à conclurre que ceste instruction qu'il promet donner, est autre ([ue celle qu'il donne indiiïeremment aux bons et aux mauvais. Il faut donc enttmdre ((ue nul n'a entrée au royaume de Dieu, sinon que son entendement soit renouveUé par l'illunùnation du sainct Esprit. Mais sainct Paul parle encore plus clairement que tous les autres : lequel déduisant ceste mafiere, après avoir prononcé que la sagesse de l'homme est pleine de folie et vanité, fait une telle conclusion, ([ue l'homme sensuel ne peut comprendre les choses qui sont de l'Esprit : que ce luy est folie, et qu'il n'y peut rien mordre (1 Cor. 2, 14). Qui est-ce qu'il appelle Homme sensuel? assavoir celuy qui se fonde sur la lumière de nature. Voila donc comment l'homme naturellement ne peut rien cognoistre des choses spirituelles. Si on demanile la raison, ce n'est pas seulement pource qu'il n'en tient conte, mais ([ue quand il s'efforcera le plus fort du monde, encore n'y peut-il nullement atteindre : pource ([u'il les faut discerner spirituefiernent, dit sainct Paul. En quoy il signifie qu'estans cachées à l'intelligence humaine, elles sont esclaircies par la révélation de l'Esprit : tellement que toute la sagesse de Dieu n'est que folie a l'homme, jusques à ce qu'il soit illuminé par grâce. Or sainct Paul au paravant avoit eslevé par dessus la veue, l'ouye et la capacité de nostre entendement, la cognoissance des choses que Dieu a préparées à ses serv iteurs : et mesme avoit testiflé que la sapience humaine est comme un voile qui nous empesclie de bien contenq)ler Dieu. (Jue voulons-nous plus ? L'Apostre prononce que la sagesse de ce monde doit estre faite folie (I (^or. 1, 20) : comme à la vérité Dieu l'a voulu faire : et nous luy attribuerons une grande subfiUté, par laquelle elle puisse pénétrer à Dieu et à

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