‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 128 sur 703 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

restent à la translation commune, laquelle est douteuse : mais le texte Grec de sainct Paul est si clair, (ju'on n'en peut douter. Car si on veut translater à la vérité ce qu'il dit, il ne signifie pas que la grâce de Dieu fust coopérante avec luy : mais qu'en luy assistant, elle tiiisoit le tout. Ce que sainct Augustin declaire pleinement et en brèves parolles, quand il dit que la bonne volonté qui est en l'Iiomme précède beaucoup de grâces de Dieu, mais non pas toutes : car elle est du conte. 11 adjouste consequemment la raison : Pource qu'il est escrit, dit-il, La miséricorde de Dieu nous prévient et nous suit (Ps. 69, 11:23,0): assavoir d'autant (lu'il prévient celuy qui ne veut jjoint, à ce qu'il vueille : et suit celuy qui veut, à ce qu'il ne vueille point en vain. A (luoy s'accorde sainct Bernard, introduisant l'Eglise avec ces mots, 0 Dieu, tire moy aucunement par force et maugré (jue j'en aye, pour me faire volontaire : tire moy estant paresseuse, afin de me rendre agile à courir. ^^

13. Oyons maintenant sainct Augustin parler, à (in que les Pelagiens de nostre temps, c'est à dire les Sophistes de Sorbonne, ne nous reprochent comme ils ont de coustume, que tous les Docteurs anciens nous sont contraires. En quoy ils ensuyvent leur père Pelagius : lequel a molesté sainct Augustin d'une mesme calomnie. Or il poursuit ceste matière au long au livre qu'il a intitulé, De correction et grâce : ^- dont je reciteray en bref aucuns passages, usant de ses propres mots. Il dit que la grâce de persister en bien a esté donnée à Adam, s'il en eust voulu user : qu'elle nous est donnée, à fin que nous vueillons, et qu'en \oidant, nous surmontions les concupiscences. Ainsi, qu'Adam a eu le pouvoir, s'il eust voulu : mais qu'il n'a point eu le vouloir, à fin qu'il peust : qu'à nous, tant le vouloir que le pouvoir nous est donné. Que la première liberté a esté de pouvoir s'abstenir de pécher : que celle que nous avons maintenant est beaucoup plus grande, c'est de ne pouvoir pécher. Les Sorbonistcs exposent cela de la perfection qui sera en la vie future : mais c'est une moquerie, veu (pie samct Augustin se declaire puis après, en disant que la volonté des fidèles est tellement conduite par le sainct Esprit, qu'ils peuvent bien faire, à cause qu'ils veulent : et qu'ils le veulent, à cause que Dieu crée en eux le vouloir (:2 Cor. 1:2, 9). Car si en si grande infirnnté, dit-il, (en laquelle toutesfois pour obvier à orgueil et le reprimer, il tant que la vertu de Dieu se i)arface) leur volonté leur estoit laissée, qu'ils peussent bien faire par l'aide de Dieu, si bon leur sembloit, et que Dieu ne leur donnast point la volonté, entre tant de tentations, leur volonté la(iuelle est infirme, succomberoit, ainsi ne pourroyent persévérer. Dieu a donc survenu ;i l'infirmité de la volonté hu-

maine, la dirigeant sans qu'eUe peust fleschir ca ne la, et la gouvernant sans qu'elle se peust destourner. Car en telle sorte, combien qu'elle soit infirme, elle ne peut faillir. Tantost après il traite comme il est nécessaire que noz cœurs suyvent le mouvement de Dieu (luand il les fire : disant que Dieu tire bien les hommes selon leur volonté, et non par contrainte : mais que la volonté est celle (pi'il a formée en eux. Nous avons maintenant le poinet que nous débattons lirincipalement, approuvé par la bouche de sainct Augustin : c'est que la grâce n'est point seulement présentée de Dieu, pour estre rejettée ou acceptée, selon qu'iï semble bon à un chacun : mais que c'est icelle grâce seule, laquelle induit noz cœurs à suyvre son mouvement, et y produit tant le chois que la volonté : tellement que toutes bonnes œuvres qui s'ensuivent après, sont fruits d'ieelle : et n'est point receue d'honune vivant, sinon d'autant qu'elle a formé son cœur en obéissance. A ceste cause le mesme Docteur dit en un autre lieu, qu'il n'y a que la grâce de Dieu qui face toute bonne œuvre en nous.

14. Touchant ce qu'il dit quelque part que la volonté n'est point destruite par la grâce, mais de mauvaise changée en bonne : et après avoir esté faite bonne, qu'efie est aidée : ** en cela seulement il signifie que l'homme n'est point tiré de Dieu comme une pierre, sans aucun mouvement de son cœur, comme par une force de dehors : mais qu'il est tellement touché (lu'il oljeit de son bon gré. Davantage, que la grâce soit spécialement donnée aux eleus, et de don gratuit, il le dit escrivant à Boniface, en ceste manière. Nous savons que la grâce de Dieu n'est point donnée à tous hommes : et que quand elle est donnée à aucun ce n'est point selon les mérites, ne des œuvres ne de la volonté, mais selon la bonté gratuite de Dieu : quand elle est déniée, que cela se fait par le juste jugement de Dieu. ^^ Et en ceste mesme Epistre il condannie fort et ferme l'opinion de ceux qui estiment la grâce seconde estre rétribuée aux mérites des hommes, d'autant qu'en ne rejettant point la première, ils se sont monstrez dignes d'iceUe. Car il veut que Pelagius confesse la grâce nous estre nécessaire à une chacune œuvre, et qu'efie n'est point rendue à noz mérites, à fin qu'efie soit recognue pure grâce. Alais on ne peut plus sommairement despescher ceste question, que par ce qu'fi en dit en son livre De correction et grâce, au huitième chapitre : où premièrement il enseigne, que la volonté humaine n'obtient point grâce par sa liberté, mais obtient liberté par la grâce de Dieu. Secondement (lue par icelle grâce efie est conformée au bien, à fin de l'aimer et y persévérer. Tiercement, qu'elle est fortifiée d'une vertu invincible, pour résister au mal.

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