‹ Institution de la religion chrétienneChapitre 127 sur 703 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

ne l'y attire (Jean 6, il). Et de fjiit, il est facile (le eonclurre jiar les mots de sainct Jean, que les cit'urs des lideles sont youvemcz d"enliaiit. avec tel elfect (|u'ils siuTent d'une alïeetion. la- (|uelle n'est point pour tlecliir (;à et la. mais est arrestée à oLeir. Celuy. dit-il. (jui est de Dieu ne peut pécher: pourcc que la semence de Dieu demeure en luy (1 Jean ;i, 9). Nous voyons que ce mouvement .^^ans vertu, lequel ima;;inent les Sophistes, est exclus. J'enten ce qu'ils disent, que Dieu offre seulement sa grâce, a telle condition que chacun la refuse ou accepte selon (|ue bon luy sendile. Telle resverie, dy-je, qui n'est ne chair ne poisson, est exclue, quand il est dit que Dieu nous fait tellement persévérer, que nous sommes hors de dan^a^r de décliner. 11. Il ne falloit non plus douter de la persévérance, qu'elle ne deust estre estimée don gratuit de Dieu : mais il y a une fausse ojtininn au contraire enracinée au co'ur des liomiius, qu'elle est dispensée à un chacun selon son mérite : c'est à dire, comme il se monstre n'estre point ingrat à la première grâce. Mais pource (|u"une telle opinion est venue de ce qu'on imaginoit, qu'il fust en nostre pouvoir de refuser ou accepter la grâce de Dieu quand elle nous est présentée, il est facile de la réfuter, veu que ceste raison a esté monstrée fausse : combien (|u"ii y a icy douille erreur. Car outre ce qu'ils disent ([u'en bien usant de la première grâce de Dieu, nous mei'itons que par autres grâces suyvantes il renumere nostre bon usage, ils adjoustcnt aussi que ce n'est point la grâce de Dieu seule qui besongne en nous, mais seulement quelle coopère. Quant au premier, il faut avoir ceste resolution, que le Seigneur Dieu en nuiltipliani ses grâces en ses serviteurs, et leur en conférant tous le? jours de nouvelles, d'autant que l'œuvre qu'il a desja commencé en eux luy est agréable, il trouve en eux matière et occasion de les enrichii- et augmenter en telle sorte. Et à cela se douent rapporter les sentences suyvantes : A celuy qui auia, il luy sera donné. Item. Puis que tu t'es monstre serviteur tideie en petites choses, je te constituerav en plus grande charge (Matth. 2o. '21. 23. 29 : Luc 19, 17. '2(U. Mais il nous faut icy donner garde de deux vices : c'est ([u'on nattribue point a riionune en telle sorte le bon usage de la grâce de Dieu, comme si par son industrie il la rendoit \allable. Puis après, (juon ne die point (jue les grâces (jui sont conférées à l'homme fidèle, soyent tellement pour rémunérer ce qu'il a bien usé de la première grâce, comme si tout ne luy provenoit point de la bonté gratuite de Dieu. Je confesse donc que les fidèles doyvent attendre ceste bénédiction, (|ue d'autant qu'ils auront mieux usé des grâces de Dieu, d'autres nouvelles et plus grandes leur seront journellement adjoustées. Mais je dy d'autre part, que ce bon usage

est de Dieu, et que ceste rémunération procède de sa benevolence gratuite. Les Scolasti(pies ont en la bouche ceste distim-tion vulgaire de la grâce opérante et coopérante : mais ils en abusent pour tout pervertir. Sainct Augustin en a bien usé, mais c'a esté avec une bonne déclaration, pour adoucir ce qui pouvoit estre rude : c'est que Dieu parfait en coopérant, ce qu'il a commencé en opérant : c'est à dire, qu'il applique ce qu'il nous a desja donné, pour besongner avec ce qu'il y adjouste : et que c'est une mesme grâce, mais qu'elle prend son nom selon la diverse manière de son elfect. Dont il s'ensuit qu'il ne partit point entre Dieu et nous, comme s'il y avoit quelque concurrence nnituelle entre le mouvement de Dieu et un autre ([ue nous eussions a part : mais que c'est seulement pour monstrer comment la grâce augmente. A quoy appartient ce que nous avons desja allégué, que la bonne volonté précède beaucoup de dons de Dieu, mais (ju'elle e.st du nombre. '° Dont il s'ensuit qu'on ne luy jieut rien attribuer de propre. Ce (|ue sainct Paul nonunément a declairé. Car après qu'il a dit que c'est Dieu qui fait en nous le vouloir et le parfaire (Phil. 2, 13), incontinent il adjouste qu'il fait l'un et l'autre selon sa bonne volonté : par ce mot signifiant sa bénignité gratuite. Quant à ce qu'ils disent, (pi'apres avoir donné lieu à la première grâce, nous coopérons avec Dieu : je respon, S'ils entendent qu'après avoir esté réduits par la vertu de Dieu en obeis-sance de justice, nous suyvons volontairement la conduite de sa grâce, je leur confesse. Car il est tres-cerLiin ijue la où règne la grâce de Dieu, il y a une telle promptitude d'optemperer. Mais dont est-ce que cela vient, sinon d'autant que l'Esprit de Dieu estant conforme à soy-mesme, nourrit et conferme en nous l'alTection d'obéissance, laquelle il a engendrée dés le commencement '^ Au contraire, s'ils veulent dire que l'iiomnie a cela de sa propre vertu, (pi'il coopère avec la grâce de Dieu : je <lv que c'est un erreur [)estilent.

12. Ils abusent faussement a ce propos du dire de l'Apostre, J'ay plus travaillé que tous les autres : non pas moy, mais la grâce de Dieu avec moy M Cor. io, 10). Pource, disent-ils, qu'il eust semblé que c'estoit trop arrogamment parlé, de se préférer à tous les autres, il modère cela, rendant la louange â la grâce de Dieu : en telle sorte neantmoins ([u'il se dit conqiagnon de Dieu en ouvrant. C'est merveilles quand tant de personnages qui n'estoyent point autrement mauvais, ont achoppé à ce festu. Car sainct Paul ne dit point (jue la grâce de Dieu ait besongne avec soy, pour se faire compagnon d'icelle : mais plustosl il luy attribue toute la louange de l'œuvre : Ce ne suis-je point, dit-il, qui ay travaillé, mais la grâce de Dieu, laquelle m'assistoit. Toute la faute est venue, qu'ils s'ar-

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